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Full text of "La cathédrale de Strasbourg : notice historique et archéologique"

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La Cathédrale ^^ 



DE 



STRASBOURG 



TiOnCB mST01{lQUB "ET A1{CntOLOGlQUE 



QEORQES DELAHACHE 




PARIS 

I). A. LONGUET, ÉDITEUR 
a5o, fai;bouiiu saint-Martin, a5() 

1910 



La Cathédrale 



DE 



STRASBOURG 



DU MÊME AUTEUR 



Alsace- Lorraine — La Carte au Liséré vert 

(Ouvrage couronné par l'Académie Française) 

HACHETTE ET G^% ÉDITEURS 



La Cathédrale 



DE 



STRASBOURG 



T^OTICB mST0J(7QlŒ ET j^J{CKÉOLOGJQlŒ 



PA.R 



GEORGES DELAHACHE 




PARIS 

D. A. LONGUET, ÉDITEUR 

a5o. Faubourg SAizfT-MARTiif, a5o 



V 



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If 



Nft 

S651 



AVERTISSEMENT 

DE L'ÉDITEUR 



Avec ce volume se poursuit la série de Notices histo- 
riques et archéologiques sur les grands monuments, 
publiée sous la direction de M. PaulVitry, conservateur 
adjoint au Musée du Louvre. 

Les deux volumes déjà parus, l'un sur l'Église Abba- 
tiale de Saint-Denis et ses tombeaux, par MM. Paul 
Vitry et Gaston Brière, l'autre sur la Cathédrale Notre- 
Dame de Paris, par M. Marcel Aubert, ont montré à 
quel type d'étude et à quel genre de documentation 
graphique nous nous étions arrêtés. D'autres suivront, 
consacrés à des monuments tant français qu'étrangers 
parmi lesquels nous pouvons dès maintenant désigner : 

Le Palais de Justice de Paris et la Sainte- Chapelle, 
par M. Henri Stein, sous-chef de Section aux Archives 
Nationales. 

L'Abbaye de Westminster, par M. Paul Biver. 

Le Palais des Papes d'Avignon, par M. Robert 
Michel, archiviste paléographe, ancien membre de 
l'École française de Rome. 

La Cathédrale de Burgos, par Emile Bertaux, pro- 
fesseur à l'Université de Lyon. 



CATHÉDRALE DE STRASBOURG 




II- Il JLILl^iLI 



VUE GÉNÉRALE 




NOTICE HISTORIQUE 



LES ORIGINES (JUSQU'AU Xh SIÈCLE) 



Dans l'antique Argentoratam, née d'un poste militaire éta- 
bli par Drusus quinze ans avant Jésus-Christ, et devenue vers 

I . Grandidier (abbé), Essais historiques et topographiqaes sur l'Église calhé' 
drale de Strasbourg, Strasbourg, Levrault, 1782, in-i8. — Schneegans (L.), 
Essai historique sur la Cathédrale de Strasbourg, dans : Revue d'Alsace, i836, 

— Piton (Fréd.), La Cathétlrale de Strasbourg, Strasbourg, Piton, 1861, in-8°. 

— G. ScHMiDT, Notice sur la Ville de Strasbourg, Strasbourg, Schmidt et 
Grucker, i843, in- 16. — Dumont (Albert), La Cathédrale de Strasbourg, 
Remarques archéologiques (tirage à part de Li Revue Archéologique), Paris, 
Didier, 187 1, in-8°. — Kraus (D' ¥t.-\.), Kunst und Allerthum im Unier- 
Elsass, Strasbourg, Schmidt, 1876, in-8'. — Seybotii (Ad.), Strasbourg his- 
torique et pittoresque, vStrasbourg, Imprimerie alsacienne, 1894, in-4°. — 
Dbhio(G.), Das Munster Unserer Lieben Frau, dans Strassburg und seine Bauten, 
Strasbourg, Trùbner, 189^, 'la-li". — Dacbeux (chanoine), La Cathédrale de 
Strasbourg, Strasbourg, Imprimerie alsacienne, 1900, in-fol. — Leitschuo 
(F.-F.), Strassburg, Leipzig, Seemann, 190/1, in-4'. — Welschisgeb (Henri), 



a LA CATHÉDRALE DE STRASBOURG. 

le vi^ siècle la ville des routes (Stratebargum, — Strasbourg), 
les missionnaires du christianisme arrivèrent de bonne heure : 
la voie romaine passait là, qui reliait l'Italie au nord des 
Gaules et qui conduisait vers Mayence, Trêves, Cologne, les 
propagateurs de la foi nouvelle. Que saint Materne, dès le 
milieu du premier siècle, ait évangélisé le pays, où l'apôtre 
saint Pierre lui-même l'aurait envoyé : la tradition n'est donc 
pas sans vraisemblance. 

Au iv^ siècle, Strasbourg était déjà métropole d'un évèché, 
d'un de ces petits évêchés du christianisme jeune, dont 
l'action rayonnait immédiatement d'un centre urbain sur la 
campagne environnante, organisation primitive où l'évéque, 
pour diriger d'une main plus sûre ceux qu'il chargeait de 
porter la bonne parole autour de la ville, aimait à les faire 
vivre en communauté près de lui : première origine de cette 
Cour des Frères (Bruderhof) qui occupait l'emplacement 
actuel du séminaire, à l'orient de la cathédrale, et dont le 
souvenir se retrouve dans le nom d'une des rues voisines, la 
rue des Frères; première origine aussi, sans doute, de cette 
appellation de monasterium sous laquelle on a désigné de bonne 
heure la cathédrale de Strasbourg et dont la tradition s'est 
conservée à travers les siècles, puisque aujourd'hui encore on 
l'appelle, dans le pays, le Munster : appellation d'ailleurs com- 

Slrasbourg, Paris, Laurens, 1906, in-4°. — Wentzcke (P.), Urkunden und 
Regesten zur Baugeschichle des Strassburger Mûnsler. dans Strassburger Mùnster- 
Blalt,lY,Y, Strasbourg, Beust, 1907, 1908, in-^". 

M. Paul Vitry, conservateur-adjoint au Musée du Louvre, qui dirige avec 
tant de compétence et de conscience la collection des Notices historiques et ar- 
chéologiques sur les grands monuments, a bien voulu m'aider de ses conseils au 
cours de mon travail; M. Lucien Gromback, architecte à Strasbourg, m'a éga- 
lement prêté, à plusieurs reprises, son précieux concours; l'un et l'autre ont 
relu les épreuves du présent volume ; qu'ils veuillent bien trouver ici l'ex- 
pression cordiale de mes remerciements. 



NOTICE HISTORIQUE. 3 

mune a beaucoup d'églises de la vallée du Rhin (Constance, 
Bâle, Golmar, Fribourg), sans qu'elle implique nécessaire- 
ment le souvenir de quelque ancien monastère, au sens propre 
du mot. 

Quant à l'édifice lui-même, son origine n'est pas moins 
lointaine et remonte également aux premiers siècles du chris- 
tianisme, mais, jusqu'au commencement de la construction 
actuelle, en ioi5, on ne peut rien affirmer de précis à son 
sujet. Remplaça-t-il, à cet endroit même, un temple païen? 
temple de Mars? temple d'Hercule? On l'a cru longtemps. La 
cathédrale a conservé jusqu'en i525, dans une petite chapelle 
(Saint-Michel), un Hercule de bronze que les gens du pays 
appelaient Crutzmana, Kriegsmann, héros de la guerre, et qui 
a disparu au xvi" siècle; d'autre part, un puits situé dans le 
collatéral droit, près de la chapelle Sainte-Catherine, et qui 
resta ouvert jusqu'en 1766, aurait servi autrefois aux païens 
pour laver les victimes qu'ils sacrifiaient à Hercule, avant 
d'être bénit par saint Rémi pour servir de baptistère : deux 
preuves plus traditionnelles sans doute que réelles, quoi- 
que Albert Dumont s'y soit arrêté. 

On ne sait rien que de traditionnel aussi de la construc- 
tion, en cet endroit, pour remplacer le temple païen, d'une 
église chrétienne au iv* siècle, contemporaine de saint Amand 
et de la fondation de l'évêché ; — ni de la destruction de cette 
première église par les barbares en 406-407 ; — ni de l'église 
qu'aurait élevée Clovis en 5o4-5io, et dont il était trop ten- 
tant de rattacher la construction au célèbre vœu de la bataille 
de Tolbiac : le roi païen se faisant chrétien s'il remporte la 
victoire, et, suivant les vieilles chroniques strasbourgeoises, 
promettant d'ériger des temples à son Dieu nouveau. 
Specklin, au xvi' siècle, a même donné une description de 



4 LA CATHÉDRALE DE STRASBOURG. 

l'église de Clovis * : édifice construit en bois et en mauvais 
moellons, de forme rectangulaire, couvert d'une immense 
toiture, éclairé seulement par une fenêtre ouvrant dans la 
muraille vis-à-vis de la porte d'entrée ; trois nefs séparées par 
des palissades, la nef du milieu dépassant les autres vers 
l'ouest et formant une sorte de vestibule, la nef du nord 
destinée aux femmes, la nef du sud aux hommes, les uns et 
les autres ne se réunissant, dans la nef centrale, que pour la 
prédication et pour la célébration du baptême. Mais, en réa- 
lité, ici encore, nous n'avons, au point de vue de l'histoire ni 
de l'architecture, aucune certitude. Tout ce qu'on peut dire, 
c'est qu'il y eut sans doute, à cet endroit, à cette époque, une 
église chrétienne et construite en bois. Quant à la participa- 
tion de Clovis à cette œuvre, on n'en voit aucune mention 
dans son histoire; il n'en reste que quelques traces plus ou 
moins vagues : une ancienne médaille (aujourd'hui disparue) 
qu'on aurait trouvée dans une maison voisine de la cathé- 
drale, et où l'on voyait, d'un côté, Clovis à cheval, de l'autre, 
son église avec trois tours et trois portails; — une phrase 
d'un chroniqueur, rapportée par Kœnigshoven^, et qui attri- 
buait à Clovis la fondation de la^jcathédrale : — et la pré- 
sence, dès le xiii^ siècle, aux contreforts de la façade prin- 

1. Daniel Specklin, ingénieur et architecte strasbourgeois (i 536-1 689) a 
laissé un ouvrage manuscrit, détruit clans l'incendie de la Bibliothèque de la 
ville lors du bombardement de 1870, et dont M. Rod. Reuss a publié les frag- 
ments qu'il a pu recueillir : Les Colledanées de Daniel Specklin, chronique 
slrasbourgeoise du XVI' siècle, Strasbourg, Noiriel, i8go. in-8°. Voir aussi 
sur Specklin, ainsi que sur les autres historiens anciens de la cathédrale qui 
seront cités dans la suite : Rod. Reuss, De scriptoribas rerum alsaticarum his 
toricis inde a primordiis ad sœculi XVIII exilum, Strasbourg, Bull, 1898, in-8° 

2. Jacques Twinger de Kœnigshoven (i346-i43o), chanoine de Saint 
Thomas, auteur d'une compilation qui est restée, dit Seyboth (ouu. ciT^, p. 480) 
« la chronique strasbourgooise par excellence » . 



NOTICE HISTORIQUE. 5 

cipale, de la statue équestre de Clovis (avec celles de Dagobert 
et de Rodolphe de Habsbourg) comme bienfaiteur de la cathé- 
drale. 

De l'époque carolingienne nous avons du moins un témoi- 
gnage littéraire curieux. Un moine d'Aquitaine, Ermoldus 
Nigellus, exilé à Strasbourg, fit la description de l'édifice dans 
un poème en vers latins dédié à Louis le Débonnaire (826) et 
qui même lui valut sa grâce ^ Il semble bien, d'après le poète, 
que le maître-autel fût dédié à la Vierge Marie — patronne 
de la cathédrale dès cette époque, par conséquent; — qu'il y 
eût, à droite du chœur, un autel à saint Paul, à gauche un 
autel à saint Pierre, au milieu de la nef et dans le fond deux 
autres autels, l'un à saint Michel, l'autre à saint Jean-Baptiste. 

Un incendie survenu en 878 ne nécessita qu'une restau- 
ration partielle ; et l'ensemble de la construction antérieure 
— qu'elle fût d'origine mérovingienne ou carolingienne — 
subsista jusqu'au commencement du xi* siècle, où le ciel et 
les hommes semblèrent s'unir contre elle. Ce fut d'abord — 
Hermann, duc de Souabe et d'Alsace, étant l'un des com- 
pétiteurs [d'Henri II au trône impérial — la lutte de cet 
Hermann contre l'évoque de Strasbourg, Wernher, partisan 
d'Henri, et la ville prise d'assaut, et l'église incendiée et 
pillée (1002). Puis, cinq ans plus tard, le jour et la nuit de 
Saint-Jean-Baptiste (24 juin 1007), un orage déchaîna la 
foudre sur la cathédrale, dont il ne resta probablement rien 
debout. 

I. Carmen elegiacum, liv. lV(Muratori, Rerum Italicarnm Scriplores, Milan, 
1726, t. II, p. 76-77.) 

« Ilsec quoque clam canerem, Slrazburc custode laebar, 

Delicli proprii conscius, atqae reus, 
Virgo Maria tibi quo lempla dicala nilescant... n 



6 [LA CATHÉDRALE DE STRASBOURG. 

II 

LA CONSTRUCTION DE LA CATHÉDRALE (DU Xl« SIÈCLE JUSQU'A 1275)* 

C'est après cette destruction de 1002- 1007 que commença 
la construction nouvelle, celle qui devait, après quatre siècles 
de développements successifs, d'accidents et de réparations, 
produire la cathédrale telle que nous la contemplons encore 
aujourd'hui. 

Les pillages de 1002 qui avaient [ruiné l'église eurent du 
moins la conséquence heureuse et imprévue de procurer à 
Wernher le moyen de la rebâtir : vaincu, le duc Hermann 
avait été contraint par l'empereur de céder à l'évêque la riche 
abbaye de Saint-Étienne. L'évêque s'en servit sans doute avec 
discrétion, se contentant de réduire pour un temps les pré- 
bendes des chanoinesses, n'affectant au rétablissement de la 
cathédrale que la différence ainsi disponible; mais c'était 
déjà un premier fonds, que vinrent grossir, après l'incendie, 
les cotisations des clercs, les libéralités de l'empereur Henri, 
les nombreuses collectes faites dans le peuple, qui ne ménagea 
à Dieu ni son argent ni sa peine. De quinze et vingt lieues à 
la ronde, des corvées de serfs et de paysans amenèrent de 
la vallée du Cronthal (entre Wasselonne et Marlenheim) les 
blocs de grès destinés à l'édification de l'œuvre nouvelle, et 

I. Outre les ouvrages cités p. i, notamment ceux de Grandidier, Schneegans, 
Piton, Dacheux, Kraus, Dehio, et que nous ne citons plus qu'une fois pour 
toutes, ayant eu recours à eux dans presque toutes les parties de notre travail : 
Knautb (J.), Der Letlner des Munsters — Ein verschioundenes Kunstwerk, dans 
Slrasb. M.-Bl., 1" année. igoS-igoA, p. 33 et suiv. — Die Bauschâden am 
Slrassbarger Munster, conférence faite à la cathédrale le i3 décembre 1909. 



NOTICE HISTORIQUE. 7 

dont la teinte rose donne à la cathédrale un si original et si 
séduisant aspect. La place aujourd'hui plantée d'arbres qui 
s'étend au sud, entre la cathédrale et le château de Rohan, a 
même conservé de cette époque, dans le peuple, le nom de 
cour des corvées {FronhoJ^) : pendant des années, on y don- 
nait à manger et à boire aux hommes d'enthousiaste foi qui 
avaient charrié jusque-là, par les pentes et par les plaines, les 
matériaux de l'œuvre à venir. 

En loio, les fondations furent jetées, à une profondeur 
moyenne de vingt-trois pieds sous terre. Dans toute la région 
de Strasbourg, les infiltrations du Rhin et de l'Ill sont nom- 
breuses, et elles l'étaient plus encore à une époque où le cours 
des fleuves et des rivières n'avait pas encore été endigué, 
régularisé, civilisé; aussi plus d'une légende se forma, non 
sans un fond de vérité, mais simpliste jusqu'à la fantaisie, 
et singulièrement tenace : les fondations de l'immense ca- 
thédrale reposant sur des pilotis, ou même sur une grille 
au-dessous de laquelle on peut se promener en bateau jus- 
qu'au Vieux-Marché-aux-Herbes. En réalité, des fouilles 
faites au xvii* siècle, d'autres que nécessita au xix** l'établis- 
sement du paratonnerre, ont montré (outre quelques pilo- 
tis, il est vrai) une couche de pierres de taille, au-dessous 
de laquelle s'étend une terre glaise épaisse artificielle (char- 
bon de terre et brique), puis une épaisseur de terre glaise 
naturelle, et de gravier enfin, jusqu'à la couche pénétrée 
par l'eau, dont le niveau varie en effet avec celui de la ri- 
vière. 

L'église — telle fut l'activité déployée — aurait été achevée 
dès 1028, l'année de la mort de Wcrnher, c'est-à-dire après 

1. D'autres, il est vrai, donnent à ce mot un sens différent: cour du 
seigneur, c'est-à-dire, ici, de l'évêque. 



8 LA CATHÉDRALE DE STRASBOURG. 

treize ans de travail. De quelques événements qui suivirent, 

— comme la confirmation des biens et privilèges de la cathé- 
drale décrétée à Spire par l'empereur Henri III en io48, ou 
la visite, deux ans après, du pape d'origine alsacienne Léon IX 
qui accorda des indulgences pour la continuation des travaux 

— on ne saurait tirer de conclusion précise sur l'état de l'édi- 
fice à ce moment. Mais, à n'en pas douter, on y reconnaîtrait 
fort mal notre cathédrale d'aujourd'hui. S'il nous reste 
quelque chose de celle de Wernher, ce n'est sans doute que 
dans le chœur et dans le transept; la nef, au contraire, si 
elle demeura dans son état ancien au cours du xn" siècle — 
on sait notamment qu'un peuple nombreux s'y pressa, le 
23 décembre ii45, pour entendre saint Bernard célébrer la 
messe, ce qui semble indiquer qu'on n'y faisait pas de grands 
travaux à cette époque, — devait se transformer et se déve- 
lopper au xiir siècle selon le pur style gothique. 

D'ailleurs, pendant tout le xii^ siècle, une série d'incendies 

— en ii3o, en ii4o, en ii42, en ii5o, en 1176 — obli- 
gèrent à rajeunir partiellement le passé. Mais on ne sait pas 
avec exactitude dans quelle mesure ils endommagèrent l'édi- 
fice. Il est probable seulement que les travaux ne furent guère, 
dans les trois premiers quarts du siècle, que de réparation 
et de restauration ; les nouveautés n'apparurent sans doute 
qu'après 1 176. 

C'est alors, en effet, que l'évèque Conrad P' lança des 
lettres d'indulgence pour la reconstruction de la cathédrale : 
(( ...ecclesia Argentinensis, in qua memoria healse Dei genitricis 
veneratur et colitur, in meliorem statum reedijicetur » : lettres 
qu'on attribua longtemps à l'évèque Conrad III de Lichten- 
berg, postérieur d'un siècle, mais qui apparaissent maintenant, 
pour des raisons de style et d'écriture, comme contempo- 



raines de l'in- 
cendie de 
II 76 *. Les 
travaux du- 
rent commen- 
cer aussitôt : le 
fait que l'évê- 
que Henri P' 
fut enterré en 
II 90 dans la 
chapelleSaint- 
André, entre 
le chœur et le 
croisillon sud , 
laisse supposer 
que le transept 
était alors con- 
struit jusqu'à 
une certaine 
hauteur. Ils 
avancèrent, — 
lentement, — 
aidés par les 
générosités des 
particuliers : 
c'est peu après 
celte date que 

I . Ou peut-être 
^ Conrad II(i 190- 
laoa), d'après 1*. 
Wentzcke,ar<.cj7J. 




10 LA CATHÉDRALE DE STRASBOURG. 

se place le premier legs fait à la fondation qui sera connue 
sous le nom d' Œuvre Notre-Dame : celui de u Hugo dictas 
Slegeren )) et sa femme a Metza », le 3i août i2o5. Des 
chapelles dans le cloître furent élevées, celle de Saint- 
Georges, consacrée en 1242, celles de Saint-Grégoire et 
Saint-Biaise, consacrées en i256. 

A la même époque (milieu du xiii® siècle), — et dû peut- 
être à l'architecte Werlinus* de Nordelahe — remontait l'ad- 
mirable jubé qui fut détruit en 1682 et dont quatre estampes 
de Brunn au xvii^ siècle donnent une idée assez précise. Il 
s'étendait à l'entrée du chœur; du côté du sanctuaire, il pré- 
sentait deux ouvertures, une également à chacune de ses ex- 
trémités latérales, et sept du côté de la nef : de celles-ci, dont 
l'arc dessinait un tiers-point, la première et la troisième vers 
le nord étaient partagées elles-mêmes en deux par une mince 
colonne, un quadrilobe s'ouvrant entre le tiers-point de l'arc 
supérieur et les arcs trèfles des baies secondaires ; chacune de 
ces sept ouvertures était couronnée d'un gable élégant ; dans 
chaque tympan, un groupe de petites figures; dans le champ 
libre entre les gables successifs, debout sur des consoles et cou- 
vertes d'un dais, les statues de la Vierge avec l'Enfant, et des 
Apôtres, entre des anges qui planaient, tendant des couronnes 
vers elles; statues longtemps égarées, qu'on retrouva en iSgS, 
à demi cachées entre des moulures, au bas de la tour octo- 
gone, un peu au-dessus de la plate-forme, — beaux spéci- 
mens de la sculpture française du milieu du xiii^ siècle, avec 



I. Architecte de la cathédrale vers laBo. Nous suivrons, pour les noms et 
les dates des architectes de la cathédrale, la liste publiée dans le Strassburger 
Mûnster-Blatl, 2' année, 1906, p. 3i-32, On ne trouve dans cette liste, avant 
Werlinus do Nordelahe, que Hermann Auriga (Pvers 1 300) et Rodolphe 
(vers laSo). 



NOTICE HISTORIQUE. ii 

' beaucoup de grâce tranquille dans les visages, de simplicité 

S dans les attitudes et le vêtement, quelque chose enfin de l'élé- 

i gance fine et délicate des figures du portail sud. L'autel dit 

, frûh-altar (a autel du matin )) , — ainsi appelé parce qu'on y 

; disait la première messe) dut être construit également vers le 

. milieu du siècle (la lettre d'indulgence du cardinal-légat Hugo 

est de 1202), et indiquait par sa situation, sous le jubé entre 

le chœur et la nef, l'achèvement des travaux de la partie est ; 

un autre, à côté de celui-là, fut dédié à la Vierge, par un 

citoyen de Strasbourg, « vir venerabilis Heinricus, civis Argen- 

tinensis, dictus Wehelin )), en 1264. Le renouvellement de la 

nef était commencé depuis 1200 : a œuvre nouvelle », « œuvre 

nouvelle grandiose », disent un cardinal en i255 et un évêque 

en 1264. — œuvre aux aspects variés, qui rappelle les fleurs 

printanières, attire le regard et le séduit*, écrit le troisième 

Conrad dans ses lettres d'indulgence du 28 janvier 1276, — 

l'année même où la nef devait s'achever, le 7 septembre, 

veille de la Nativité de la Vierge^. 

L'église était donc terminée avant la fin du xiii* siècle, — 
mais sans le portail ni les tours ; la façade romane subsistait, 
avec un narthex : un mur de fond, en effet, fermait sans doute 
la nef et la séparait de la façade; il est même probable aujour- 
d'hui que cette disposition subsista lors de l'édification de la 
façade nouvelle et ne disparut qu'à la fin du xiv" siècle, au 
moment de la construction de ce raccord entre les deux tours 
dont nous parlerons plus loin. 

I . « Quia opus ecclesiae argentinensis sicut Jlores maii variis ornatibus consar- 
gens in altam oculos aspicienlium magis et magis allicit et eisdem dulcibas oblec- 
taminibus alludil... » (Kr\u8, oav. cité, p. 863). 

3. (( Anno Domini 1275. 7 id. septembris vigilia Nativilalis beatae Virginis 
compléta est structura média lesludinum superioram. . . » (Annales Argenlinenses, dans 
Kraus, ouv. cité. p. 363). 



13 LA CATHÉDRALE DE STRASBOURG. 

III 

LES TRAVAUX D'ERWIN ET L'ACHÈVEMENT DE LA TOUR (1275-1439)* 

Deux causes activèrent l'achèvement de V œuvre grandiose : 
une institution, et un homme. 

L'institution, c'est l'Œaure 7Voire-Z)ame-. Les modifications 
qui se firent dans l'administration financière de la cathédrale, 
les unes un peu avant, les autres un peu après cette année 
1275, avaient contribué à hâter les travaux et contribuèrent 
plus encore à les rendre réguliers dans l'avenir. Les luttes 

1. D***, L'Œuvre Notre-Dame de Strasbourg, dans : Revue Catholique (C Al- 
sace, t. IV-V-VI, 1862-63-64. — F. Bluhstein et Ad. Setboth, Urkunden des 
Stifs genannt Unser-Lieben-Frauen-Werk (Carlulaire de l'Œuvre de Notre-Dame 
de Strasbourg, Strasbourg, Imprimerie alsacienne, 1900, in-8°. — Gérard (Ch.), 
Les Artistes de l'Alsace pendant le Moyen Age, Colmar, Barth, — Paris, Sandoz 
et Fischbacher, — 1878, 2 voL in-S". — Teutsch(A.), La tombe d'Erwin, dans : 
Revue d Alsace, i836. — Schneegans (L.), L'Epitaphe d'Erwin de Steinbach, 
dans : Revue d'Alsace, 1862 ; — Les Architectes de Strasbourg , dans : Annales Ar 
chêologiques de DmRON, t. VIII, i848. — Chardin (F.), Observations sur une 
médaille commémorative frappée d Strasbourg en 1565 dans : Revue d'Alsace, 
1862 . — MuNTz (Eug.), Les architectes alsaciens à Milan au XV° siècle, dans : 
Revue alsacienne, 1888. — Laugel (A.), L'Art alsacien, ses origines et les 
conditions de son développement, Mulhouse, Bader, 1906, broch. in-8°. 

2. «... La fondation do l'Œuvre Notre-Dame de Strasbourg a pour origine 
la réunion de dons, de legs, de cotisations du clergé, de libéralités des princes, 
de quêtes et d'aumônes, provoqués et recueillis en vue ou à l'occasion de la 
construction, comme aussi de la restauration ou de l'entretien de la cathé- 
drale ; le tout fait en l'honneur et sous l'invocation de la Sainte- Vierge. 
patronne de la Cathédrale et do la ville... Cette Église est ainsi le Monument, 
Opas, Werk, l'Œuvre de la piété des fidèles, voué à la Vierge; d'où le titre : 
Unser-F''owen-Werk, Œuvre Notre-Dame ; par suite aussi la fondation qui a 
pour cause unique et pour objet spécial la construction, la restauration et 
,|entretien de ce monument, s'appelle Fondation de l'Œuvre Notre-Dame. » 
(D***, art. cité, t. IV. , i802, p. 3y 1-392.) 



CATHÉDRALE DE STRASBOURG 




LA GALERIE DES APOTRES 
(Fragment du projet original') 



NOTICE HISTORIQUE. i3 

i perpétuelles dont Strasbourg était le théâtre et l'objet, les 
(hostilités souvent sanglantes entre l'évêque et la bourgeoisie, 
|la pénurie d'argent qui en était la conséquence, avaient plus 
id'une fois, jusqu'alors, entravé le labeur des maîtres et des 
iouvriers. Après la mort de leur évêque Gautier de Géroldseck, 
que les Strasbourgeois avaient battu à la journée célèbre de 
Hausbergen, une transaction fut arrêtée entre la ville et le 
Grand-Chapitre, qui reconnut la justesse des droits de Stras- 
bourg contre ceux que l'évêque avait réclamés; en outre, pour 
qu'à l'avenir aucun évêque ne perçût plus les revenus des 
dons faits pour l'entretien de l'église, « dont les évêques 
jouissaient sans profit pour la bâtisse, qui tombait en ruines », 
1^- chanoines se réservèrent désormais cette gestion, la confiant 
elui d'entre eux qui, dans le Grand-Chœur, possédait la 
nrc'bende de Saint-Florent : il devra administrer la fondation 
io manière à en augmenter le mieux qu'il pourrait l'utilité 
propre ))* (i 263-1 264). De la même époque date le Livre des 
^V' nfaiieurs (conservé aux Archives de la Ville), où furent 
ulièrement inscrites les donations des fidèles destinées à 
mer le fonds de construction et d'entretien de la cathédrale, 
lations variées, témoignages de la foi des humbles comme 

- riches, — vignobles et châteaux, chevaux de bataille 
sommes d'argent, bijoux de nobles dames, tabliers de 
sannes, armures de soldats. De cette époque aussi, l'acqui- 

lon d'une maison où seraient centralisés les services de cette 
lion financière ^. 

Vdministralion et domicile, l'Œuvre Notre-Dame était 
ne constituée, — fabrique uniquement destinée à subvenir 

I ' /.,'/ eidem prxsit et prosil, ipsius ulilltatem, prout melius fueril, promo- 
'0 ». (D"*, art. cite, iSHa, p. iiSo-^Si). 

- En 127/4. La Maison-ISotre-Dume (Frauenhaus) , w quo inhabitare soient 



t4 LA CATHÉDRALE DE STRASBOURG. 

aux frais concernant l'édifice, indépendante de la fabriqu 
qui supporterait les frais du culte, et bientôt complètemen 
indépendante aussi du clergé même. On s'aperçut vite, ei 
effet, que la gestion des chanoines, établie par l'accord d 
1263, n'était pas une garantie suffisante contre le renouvel 
lement des erreurs passées : ils avaient sans doute été j 
mauvaise école, puisqu'en 1290, quand il fut question di 
refaire la toiture de la cathédrale, on constata que les « jeune 
chanoines » , suivant l'expression de Grandidier, avaient dila 
pidé le fonds. S'agit-il là, en vérité, de dilapidations réelles 
ou simplement d'incapacité administrative? Depuis plus d( 
trente ans, les membres nobles du chapitre avaient renoncé ; 
la vie commune, s'étaient séparés des roturiers, ne leu 
laissant que neuf canonicats sur trente-six ; ils avaient formi 
le Grand-Chapitre^ tandis que les roturiers, exclus peu à pei 
de la liste des capitulaires, se constituaient en une corporatioi 
à part, le Grand-Chœur. Peut-être ces trente années avaient- 
elles accru la rivalité entre les uns et les autres, ouvert le 
yeux des « anciens )) chanoines, les chanoines du Grand- 
Chœur, sur la légèreté des « jeunes » , ceux du Grand-Chapitre 
nobles qui n'avaient pas l'habitude et le soin des compte 
financiers ? Ces anciens, ces roturiers, connaissaient-ils, pa; 
contre, les qualités d'ordre et de régularité de la bour 
geoisie? Sentaient-ils même, déjà, confusément que la cathé- 
drale de Strasbourg ne devait pas être et ne serait pas uni- 
quement le signe de l'Église, mais l'âme de la Cité? Ils prièren 
donc l'autorité municipale, le « Magistrat », — qui certes n( 
demandait pas mieux, — de se charger de l'administralior 
de la fabrique et d'en nommer les receveurs. Avec discrétion 

fabricae procuratores ». L'acquisition de cette maison indépendante de réglis* 
est encore un indice de l'indôpondance de l'Œuvre. Voir p. 186. 



I 



NOTICE HISTORIQUE. iS 

— car, malgré ce transfert de gestion, il s'agissait toujours 
; de biens d'origine ecclésiastique et destinés à un édifice reli- 
i gieux — la ville prit l'habitude de nommer un prêtre-rece- 
veur et de lui adjoindre, comme greffier, un chapelain; en 

1 outre, il fut convenu que les chanoines seraient présents à 
la reddition annuelle des comptes. Mais, peu à peu, l'élément 
ecclésiastique devait disparaître, et l'administration de 
l'Œuvre Notre-Dame s'est maintenue municipale, à travers 
tous les changements de régime politique et religieux*. 

L'institution à peine créée, un homme se trouva, qui s'en 
servit aussitôt brillamment : l'illustre Erwin de Steinbach, 
l'architecte de la façade occidentale, dont la renommée s'est 
étendue sur l'œuvre tout entière, qu'on a maintes fois 
appelée la Cathédrale d'Erwin. Son nom se rencontre pour la 
première fois dans un document allemand de 1284 - « Meister 
Erwin Werkmeister )) , «Maître Erwin, maître d'œuvre» ; puis, 
plus tard, « magister Erwin », sur la balustrade de la chapelle de 
Marie qu'il construisit en i3i6 et dont un fragment est 
conservé à la Maison de l'Œuvre ; enfin, a magister Erwin guher- 
natorfabricœ ecclesiœ », sur sa pierre tombale. Aucune de ces 
mentions ne l'appelle de Steinbach : l'inscription où se trou- 
vait cette dénomination, « magister Enuinus de Steinbach^ », 
quoique se rapportant à un fait de 1277, était certainement de 

1. Voir toutefois les réserves que fait A. Hanauer, clans L'Œuvre Noire- 
Dame de Strasbourg (Bev. catli. d'Als., 1901). — (On peut noter ici que de 
Tadministration de i'CEuvre dépend l'atelier des laillears de pierre de la cathé- 
drale, installé, encore aujourd'hui, entre les contreforts de la nef, du côté sud, 

— corps d'ouvriers spécialement et continuellement occupés aux travaux de 
réparation et d'entretien de l'édifice.) 

2. « Anno Di. M. CC. LXX. VIL in die beali Urbani hoc gloriosum opus 
inchoavil Magister Enuinus de Steinbach » : inscription en caractères gothique» 
qui éUiit placée dans la voûte du portail nord de la façade occidentale, et dont 
ne subsiste que le souvenir. 



i6 LA CATHÉDRALE DE STRASBOURG. 

beaucoup postérieure à cette date : ce qui n'empêche pas que 
la tradition maintient le nom de Steinbach accolé à celui 
d'Erwin, et qu'on a même élevé un monument au maître 
célèbre dans un petit village homonyme du grand-duché de 
Bade. 

Ce que fut la pensée d'Erwin, il est difficile de le con- 
cevoir précisément. Il est vrai que, pour l'étude de cette par- 
tie de l'édifice, des documents graphiques invitent à ne pas 
se contenter de l'habituel collationnement entre des dates de 
faits historiques et des examens de détails architecturaux : 
ces documents curieux, conservés à la Maison de l'Œuvre 
Notre-Dame*, ce sont les plans dits d'Erwin, quoiqu'un ou 
deux seulement d'entre eux soient, sinon de sa main, du 
moins de son temps et sans doute de son inspiration : un ou 
deux sont antérieurs à lui, tous les autres sont postérieurs ou 
remaniés postérieurement (xiv^-xv^ siècles). Ce qui est certain, 
d'après l'étude de ces documents, c'est que la façade devait 
toujours comprendre un étage inférieur avec trois portails, uiê 
deuxième étage avec une rose et deux fenêtres latéralesi 
Toutefois, certaines comparaisons qu'on peut faire entre euû 
permettent de suivre les variations par où l'idée a passé. — Ainsi, 
au-dessous des fenêtres du deuxième étage devait courir un0t 
galerie — réminiscence probable d'Amiens et de Paris • 
très importante dans le plus ancien, semble-t-il, de ces docuH 
ments, moins importante dans le suivant, et qui finalement! 
ne fut pas exécutée du tout. — D'autre part, d'après ce 
deuxième document, un de ceux où l'on trouve probable- 
ment la véritable pensée d'Erwin^, l'espace au-dessus de Ifi 
rose serait resté vide, les troisièmes étages des tours, jointf 

1. Voir p. iSli. 

2. C'est ce document que nous reproduisons ci-contre, on le simpliGant. 



CATHÉDRALE DE STRASBOURG 




VUE DU COTÉ NORD 
(d'après une ancienne gravure) 




Reslitulion schûmalique du projet d'Erwin, d'après les dessins 
de l'Œuvre Notre-Dame. 



i8 LA CATHÉDRALE DE STRASBOURG. 

depuis par une maçonnerie intermédiaire, seraient restés isolés 
l'un de l'autre ; d'ailleurs, qu'Erwin n'ait été pour rien dans 
le projet de ce lourd massif de maçonnerie, l'édifice même en 
offre des preuves non douteuses : sur leurs côtés maintenant 
masqués, les tours ont des fenêtres tout à fait pareilles à 
celles des côtés extérieurs; sur la tour du sud, les ornements 
de la corniche supérieure sont achevés au côté masqué 
comme aux côtés extérieurs, et les fenêtres de cette tour sont 
garnies de leurs meneaux; si ces ornements de la corniche 
et si ces meneaux manquent dans la tour du nord, c'est que 
l'on ne conçut l'idée de s'écarter du plan primitif d'Erwin 
pour exécuter le massif intermédiaire que juste au moment 
où la construction et l'ornementation des tours en était 
arrivée à ce point, c'est-à-dire environ cinquante ans après 
la mort d'Erwin. — D'après le même document encore, ces 
troisièmes étages des tours se seraient, à la hauteur de la plate- 
forme actuelle, prolongés chacun en une flèche pyramidale, 
dans le genre peut-être de la flèche à jour qui s'éleva, 
contemporaine de ce document, au milieu de la façade de la 
cathédrale de Fribourg. . . On le voit : entre ce qu'a pu vou- 
loir Erwin et ce qui a été réalisé, les différences ne manquent 
point. 

C'est le 2 février 1276, c'est-à-dire exactement six mois 
après l'achèvement de la nef, que furent jetés solennellement 
les fondements de la façade occidentale. Ce jour-là, jour de 
la Purification de la Vierge, l'évêque, Conrad de Lichtenberg, 
célébra la messe sur l'autel de la patronne de l'église, implora 
sa bénédiction, fit trois fois, suivi de tout le clergé, le tour de 
l'emplacement de la façade, le bénit et le consacra, enfonçant 
une pelle dans le sol et rejetant trois pelletées de terre pour 
préluder au travail des ouvriers... Une rixe s'ensuivit : cha- 



NOTICE HISTORIQUE. 19 

cun des ouvriers voulait travailler avec la pelle de l'évêque et 
à la place même qu'il avait occupée. Il y eut mort d'homme, 
et l'évêque, effrayé de ce présage, fit suspendre les travaux 
pendant neuf jours, au bout desquels il procéda à une nou- 
velle consécration. Un an après, le 26 mai 1277 (S'-Urbain), 
il posa la première pierre de la tour, cérémonie qui fut rap- 
pelée, ultérieurement sans aucun doute, par l'inscription que 
nous avons citée plus haut : Vœuvre glorieuse d'Erwin était 
enfin commencée. En 1291, — malgré l'ébranlement causé 
par le tremblement de terre de 1289, — elle s'élevait assez 
haut pour qu'on pût poser, à la base du deuxième étage 
où elles sont encore aujourd'hui (refaites), les statues éques- 
tres de Clovis, de Dagobcrt et de Rodolphe de Habsbourg. 

Le grand incendie de 1298 contraignit à des réparations 
dans les parties antérieures et retarda sans doute les travaux 
de la façade. L'empereur Albert, fils de Rodolphe de Habsbourg, 
venait de passer quelques semaines à Strasbourg, pour sur- 
veiller de là les partisans que son rival Adolphe de Nassau 
comptait en Alsace. Quand il partit, le jour de l'Assomption, 
un des valets de sa suite laissa par mégarde brûler une lumière 
dans l'écurie d'une maison voisine du Fronhof ; un incendie 
se déclara ; plus de trois cents maisons de la ville furent ré- 
duites en cendres, et, par la corde d'une grue qui servait à 
monter les pierres de la construction nouvelle, le feu gagna 
un des échafaudages, puis le toit de la cathédrale. 

Les critiques ont longuement discuté sur les dégâts qu'avait 
dû causer cet incendie*, mais sans avoir pu jamais les déter- 
miner exactement. Le grand nom d'Erwin dominant toute 
celte époque, on n'était pas fâché, non seulement de faire 

I. Voir surtout Khaus, oav. cité, p. 3G7-373, et aussi Dehio, ouv. cUé, 
p. 172-17G. 



30 LA CATHÉDRALE DE STRASBOURG. 

intervenir l'illustre architecte dans la réparation du dom- 
mage, mais encore de le voir présider à une reconstruction 
totale de la nef que l'incendie aurait rendue nécessaire; 
aussi a-t-on fait valoir, en faveur de cette hypothèse, des 
témoignages d'ordres très divers. — Gomme le contempo- 
rain Ellenhard avait employé l'adverbe penitus en parlant de 
la destruction causée par le feu S certains l'avaient traduit 
par : de fond en comble, traduction plus littérale qu'il ne 
convient aux chroniques de cette époque, particulièrement 
quand elles sont faites de souvenirs écrits par des tiers et seu- 
lement réunis par l'auteur nominal ; peut-être fallait-il faire 
davantage attention au contexte, qui rend possible une autre 
explication : destruction complète des orgues, cloches et autres 
objets mobiliers, laissant subsister le corps de l'édifice malgré 
les atteintes de l'incendie. — Gomme, d'autre part, la nef 
comporte des différences de style sensibles, on en concluait 
qu'Erwin — qui l'aurait refaite — l'avait refaite en deux 
fois, les deux travées de l'est d'abord, les cinq autres ensuite, 
interrompant d'ailleurs pour ce travail celui de la façade : on 
ne remarquait pas que les vingt-cinq années de durée de la 
construction de la nef (i 250-1276) suffisaient à expliquer nor- 
malement ces différences, sans qu'on ait besoin de recourir à 
une intervention d'Erwin après catastrophe, — et que d'ail- 
leurs les différences sont encore plus sensibles entre la nef et 
la façade occidentale qu'entre les différentes parties de la nef. 
Gonçoit-on, au reste, qu'Erwin se soit astreint, dans la nef, à 
la résurrection d'un style antérieur à lui, lorsque, dans 
toutes les œuvres qui lui sont plus sûrement attribuées, il 

I. Voir Khaus, p. 3G7-368, et, pour Ellenhard : Chronique de Godefroi 
dEnsmingen {11 3 2- 13^2), ]iuh\ièG par Joseph Liblin (Strasbourg, Simon, 1868, 
in-S"), p. Sa. 



CATHÉDRALE DE STRASBOURG 




VUE GÉNÉRALE 
(■l'après une ancienne lithographie) 



NOTICE HISTORIQUE. 21 

s'est montré fidèlement passionné d'un art plus jeune ? — On 
a cherché d'autres preuves encore; on a invoqué, par exemple, 
la similitude des marques de tâcherons*, dont plusieurs se 
retrouvent les mêmes à la façade occidentale, au transept, et 
dans diverses parties de la nef, en s'appuyant sur cette con- 
statation comme sur un terrain solide : or, si au xv* et 
au xvi° siècles les marques d'ouvriers, étant alors employées 
suivant des modes déterminés, peuvent fournir des indica- 
tions utiles sur leurs auteurs, il n'en est pas tout à fait de 
même pour le xii% le xin% même le xiv^ siècles, où elles appa- 
raissent plutôt comme des signes commodes en vue du travail 
à répartir ou du compte à régler, que comme des signatures ; 
d'ailleurs, en fait, on rencontre les mêmes marques dans des 
parties de l'édifice qui ne sont évidemment pas contempo- 
raines les unes des autres, ou dans des édifices qui sont d'autres 
époques : à Saint-Georges de Schlestadt, église du style de 
transition, par exemple, on retrouve des signes qui, à la 
cathédrale de Strasbourg, figurent à la coupole du chœur 
— fin du style roman — et à la façade occidentale — du 
style gothique avancé. 

Il est à présumer, dans ces conditions, que l'incendie de la 
toiture en 1298 n'a pas affecté plus profondément la nef 
elle-même que les incendies de i384, de 1769 et de 1870, — et 
qu'on se contenta de faire les restaurations indispensables, 
augmentées sans doute de quelques ornementations nouvelles, 
comme cette célèbre procession animale^, qui fut sculptée à 
ce moment-là sur un chapiteau et qui devint plus tard 

I. KIotz et Didron ont compte a^a variétés de signes lapidaires à la cathé- 
drale de Strasbourg (^Les signes lapidaires au Moyen âge, dans les Annales 
archéologiques de Didron. t. III, p. 3i et suiv.). 

3. Voir p. 112. 



22 LA CATHÉDRALE DE STRASBOURG. 

scandaleuse... S'il n'est donc pas sans vraisemblance qu'Er- 
win, maître de l'œuvre, ait travaillé à la réparation des 
dégâts, il est peu probable qu'ils aient provoqué la naissance 
d'une œuvre nouvelle dont Erwin aurait été le créateur. 

On ne saurait attribuer à Erwin, en dehors de la façade occi- 
dentale, que le tombeau de Conrad de Lichtenberg et la 
chapelle de la Vierge. Le tombeau de Conrad de Lichtenberg 
existe toujours, dans la chapelle Saint-Jean-Baptiste, où 
nous le verrons tout à l'heure. Quant à la chapelle de Marie, 
elle n'existe plus, depuis les remaniements de 1682. Elevée en 
i3i6 entre la chaire et le chœur, à côté du jubé, elle servait 
au Magistrat de la ville, aux princes, aux hôtes de distinc- 
tion, qui s'y plaçaient pour écouter le sermon. Elle portait, 
sur la balustrade, plusieurs inscriptions en grosses lettres, 
y Ave Maria, le Credo, et ce texte commémoratif : « M. CGC. XVI . 
Aedijicavit hoc opus magister Erwin. Ecce Ancilla Domini, 
Fiat mihi secundum verbum tuum. Amen » — dont les derniers 
mots sont peut-être un rappel touchant de la mort de la 
femme d'Erwin, survenue cette même année i3i6. 

Erwin mourut deux ans après. La femme d'Erwin avait 
légué à l'Œuvre sa robe et son manteau, ((togam et tunicam)); 
Erwin, en mourant, lui légua son cheval et une rente de 
quatre onces deniers, uequum et redditus quatuor unciarum)) Al 
fut enterré dans un petit cimetière attenant à la cathédrale, 
qui avait jusqu'en 1290 contenu une chapelle de Saint-Michel 
et qui était situé derrière la chapelle Saint- Jean-Baptiste, à 
l'endroit où une petite cour porte encore aujourd'hui le 
nom de Leichhôfel, u petite cour des cadavres ». Son 
épitaphe, en caractères gothiques du xiv* siècle, y existe 
toujours, (( an S. Johannis Capell an der Seulen », comme 
écrivait Osée Schad au xvif siècle, — sur la partie inférieure 



NOTICE HISTORIQUE. »3 

d'un des contreforts de la chapelle, où elle demeura long- 
temps cachée^. Goethe, au xviii^ siècle, plein de ferveur pour 
Tœuvre d'Erwin, dit éloquemment sa peine d'avoir en vain 
cherché la pierre tombale du maître et dédia à des mânes 
peut-être sans gîte l'hommage de son religieux enthousiasme^. 
C'est seulement en 1816 |que Sulpice Boisserée, le promoteur 
de la reprise des travaux du dôme de Cologne, et le Stras- 
bourgeois Maurice Engelhard retrouvèrent, derrière des tas 
de charbons amoncelés, la pierre tombale du grand archi- 
tecte ^ 

Elle comprend, à la fois, l'épitaphe de la femme d'Erwin* : 
n Anno Domini M CCC XVI XII kalendas augusti obiit domina 
Husa uxor magistri Erwini », — celle d'Erwin : « Anno Domini 
M CCC XVIII XVI kalendas febraarii obiit magister Érwinus 
gnbernator fabricœ ecclesiœ argendnensis )) , — une troisième 
enfin, traversée à la troisième ligne par une raie horizontale 
qui indique une jointure de pierre; c'est la tombe d'un 
autre maître Erwin, fils du grand Erwin'^ : « Anno Domini 

I . Osée Schad (i 586- 1626), diacre de Saint- Pierre-le- Vieux, a laissé une des- 

iption, illustrée, de la cathédrale de Strasbourg, sous le titre de : Summum 

jentoratensium templam... Strasbourg, 1617, in-S". 

3. Von Deulsclier Baukunst, avec la dédicace ; D. M. Ervini a Steinbach 
(Œuvres de Gœthe, édit. Georg Witkowski, Stuttgart, Union Deutsche 
Verlagsgesellschaft, in-i6), tome 26, p. 171. Voir aussi tome 17, dans Wahr- 
heit und Dichtuny, livre 9, et tome 26, Drilte Wallfahrt nach Erwins Grabe. 

3. Lors de la pose du paratonnerre en i835, on creusa la petite cour de la 
chapelle Saint- Jean-Baptiste pour y établir un puisard ; on découvrit, au 
cours de cette opération, un vieux cercueil en pierre, à demi brisé, rempli de 
terre et d'ossements pêle-mêle, des fragments de dalles, d'autres ossements épar- 
pillés dans la terre- 

'i. Nous ne tenons pas compte, dans la citation de ces épitaphes, des abré- 
I allons de l'original ni des singularités orthographiques, comme apprilis ou 
filiitts dans la troisième. 

5. Ou petit-fils, suivant quelques-uns : mais nous ne compliquerons pas 
encore la discussion... 



3& LA CATHÉDRALE DE STRASBOURG. 

M CGC XXXVIIII XV kalendas aprilis obiit magisier Johannes 
Jilius Erwini magisiri operis hujus ecclesiœ ». 

La différence des titres employés dans ces trois épitaphes 
a provoqué naturellement de nombreux commentaires. Il 
semble que magisier, dans la première, veuille dire simple- 
ment maître Erwin, tandis que maître de Vœuvre, magister 
operis y titre qui, à Strasbourg, commençait alors seulement à 
désigner l'architecte plutôt que le receveur, ne se trouve ici 
que dans la troisième épitaphe, postérieure de vingt-deux 
ans à la première. Quant à celui qui figuré dans la deuxième 
épitaphe: gubernator fabricœ ecclesiœ argeniinensis, n'indique- 
t-il pas qu'on dut conférer à Erwin, dans les dernières années 
de sa vie, une sorte de direction supérieure et générale .»^ Ques- 
tions complexes de latinité médiévale et d'architecture, non 
résolues encore définitivement. 

Le xiv*" siècle, après la mort d'Erwin, vit s'ajouter à 
l'œuvre quelques constructions importantes que le maître 
n'avait pu prévoir. 

D'abord, dans les parties de l'édifice auxquelles il ne 
devait s'intéresser que comme gubernator : en i33i, l'édi- 
fice s'accrut de la chapelle Sainte-Catherine que l'évéque 
Berthold de Bucheck fit construire dans l'angle du croisillon 
et du bas-côté sud; et, en i384, après le sixième grand incen- 
die de la cathédrale, on se mit à édifier, au-dessus de la cou- 
pole du chœur, cette toiture à huit faces qui fut connue sous 
le nom de mitre et qui subsista jusqu'en 1759 : sur 
chacune des huit faces, au-dessus de la colonnade, un pignon 
ou gable, orné de lobes aveugles, le faite des huit pignons 
ne dépassant pas la hauteur du toit de la nef. 

C'est à partir de cette époque aussi que l'œuvre artistique 
personnelle d'Erwin, la façade occidentale, changea d'aspect, 



NOTICE HISTORIQUE. 2& 

dans sa partie supérieure du moins.En i365,en effet — si l'on, 
peut se guider avec quelque sûreté dans les expressions de tour 
neuve et de tour ancienne employées par le chroniqueur Kœ- 
nigshoven * — la tour du nord (ou tour neuve) fut achevée, la 
tour du sud (ou tour ancienne) l'ayant été antérieurement ; et 
c'est seulement, on l'a vu, après l'achèvement des tours (donc 
après 1 365) que pouvait naître le projet de les réunir parle mas- 
sif intermédiaire actuel. Quel fut l'auteur de cette construction 
intermédiaire que notre œil est aujourd'hui habitué à confondre- 
dans l'ensemble du monument, mais dont la massivité ne lui 
échappe pourtant point ^ ? quel architecte faut-il accabler sous. 
les critiques dont elle a été l'objet? Gerlach ? Guntz ? Michel 
de Fribourg^? on ne sait. On ne sait même pas à quel des- 
sein répondait exactement cette addition : était-elle vraiment, 
nécessaire pour servir d'appui aux tours?... les cloches ne pou- 
vaient-elles pas trouver un autre logement?... Peut-être y faut- 
il chercher une cause profonde où se mêlent des considéra- 
tions techniques et morales. La bourgeoisie, chaque jour plu& 
puissante, et plus influente aussi chaque jour dans la direction 
des travaux, poussa moins sans doute à la continuation des deux, 
tours selon le projet primitif qu'au prompt achèvement — et 
à la surélévation — d'une d'entre elles* : ainsi l'amour-propre 
des Strasbourgeois éprouverait une plus prochaine satisfaction, 

1. Dans Kraus, oiiv. cité p. 38i ; « ...lurris nova... tarris antiqaior... » 

2. Nous avons reproduit (planche II) un fragment du projet pour cette- 
construction intermédiaire ; le document original est conservé à l'Œuvre 
Notre-Dame. Voir aussi p. i36. 

3. Successeurs immédiats du grand Erwin : Jean Erwin(i3i8-i339), Jean 
Gerlach (1341-1871), Conrad ou Cuntz (1372-1383), Michel de Fribourg. 
'^i383-i397). 

h- Il ne faut d'ailleurs pas oublier que, non loin de Strasbourg, de l'autre 
:^tc du lUiin, la tour de Fribourg s'élevait déjà depuis près d'un siècle, et 
jue l'émulation pouvait n'être pas étrangère aux projets des Strasbourgeois. 



26 LA CATHÉDRALE DE STRASBOURG. 

et plus éclatante; mais, dès lors, tout l'effort étant concentré 
sur une des tours, pour que l'autre ne parût pas disgracieuse- 
ment amputée, la nécessité du massif intermédiaire s'imposait. 
Hypothèses encore . . . 

Pour les travaux de la tourmême, on est mieux renseigné. Le 
premier architecte qui travailla à son prolongement fut Ulrich 
d'Ensingen, un Souabe. C'est le samedi avant la Pentecôte de 
1899 que le nom du nouveau maître apparaît dans les comptes. 
Peut-être aussi faut-il l'identifier avec un Ulrico de Frissingen 
qui avait été appelé à Milan en i386? En tout cas, il avait 
été architecte de la cathédrale d'Ulm, et il interrompit sans 
doute, pour travailler encore à cet édifice, son séjour à 
Strasbourg. A Strasbourg, il avança la construction de la tour 
du nord, désormais octogone, jusqu'au haut des longues baies 
qui en constituent le premier étage au-dessus de la plate-forme. 
Il mourut en 1 419, laissant à l'Œuvre «omnia arma et tunicam)). 

Après les grandes baies d'Ulrich d'Ensingen, nous entrons 
pour un temps dans le domaine d'une histoire très douteuse, 
presque de la légende. La tradition en effet attribue le petit 
étage supérieur de la tour octogone aux Jancker de Prag, dont 
l'existence n'a pas laissé de trace certaine à Strasbourg et dont 
le nom même prête à des interprétations différentes. S'appc- 
laient-ils Jancker de Prag ? ou Juncker était-il un titre * , et 
Prag le nom de la ville de Bohême ? Ils ont certainement 
existé, car on rencontre des marques de leur passage à Ratis- 
bonne, à Nuremberg, à Brcslau. Mais, à Strasbourg, il n'y a 
rien, dans les comptes de l'CEuvre, qui permette de leur 
donner une place comme architectes de la cathédrale entre 
Ulrich d'Ensingen et ses successeurs catalogués ; rien non plus' 

I. « Gentilshommes ». 



NOTICE HISTORIQUE. 17 

qui les décèle, dans l'édifice, entre les monogrammes d'Ulrich, 
lesquels commencent juste au-dessus de la plate- forme pour 
aller jusqu'à l'extrémité des hautes fenêtres, — et ceux de 
Jean Hiiltz, qui commencent immédiatement après. Les Junc- 
ker de Prag se trouvent seulement mêlés à la vague histoire 
d'une statue de la Vierge douloureuse — « tristem imaginem bea- 
tœ Virginis » , dit le Livre des Bienfaiteurs — qui fut transportée 
de Prague à Strasbourg au commencement du xv** siècle, 
offerte à la cathédrale par un appareilleur de l'Œuvre, 
Conrad de Frankenburg, installée dans une niche du « grand 
pilier au-dessous et derrière les grandes orgues » * , — et dont 
ces artistes furent, suivant quelques-uns, les auteurs. On les 
reconnaît aussi dans une médaille célèbre-, mais frappée près 
de deux siècles plus tard : d'un côté, la cathédrale, avec ces 
mots : Turris Argentoraiensis, de l'autre, trois cavaliers en 
costumes romains, avec ces mots : Die drei Junckherren von 
Brag (sic), i565. Témoignages qui ne sont que traditionnels, 
donc insuffisants pour qu'on puisse attribuer aux Juncker de 
Prag un rôle important et précis, mais qui n'excluent pas la 
possibilité d'une collaboration, sous une forme indéterminée: 
soit qu'ils aient fait l'intérim d'Ulrich d'Ensingen au cours des 
années i4o2-i4iA. où le maître d'œuvre retourna peut-être 
à Ulm, soit qu'ils aient été ses aides, travaillant en sous-ordre 
à l'édification de la tour octogone; peut-être même leur 
nom se serait-il, comme on l'a supposé récemment', plus 

I. Gramdidier, ouv. cilé, p. Go. 

a. Signalée par J G. Scuweioha.euser dans son Enumération des monuments 
les plus remarquables du département du Bas-Bhin (Strasbourg, V"' Levrault, 
1842, in-8*), p. 3o, et par Louis Lrvrault, dans son Essai sur l'ancienne mon- 
naie de Strasbourg (SiirAshour g, V" Levrault, i842, in-8*), p. 330. Voir Kracs,. 
oav. cité, p. 388. 

3. Deuio, ouv. cilé, p. i5o. 



^8 LA CATHÉDRALE DE STRASBOURG. 

facilement uni à celui d'Ulrich, à cause des rapports existant 
entre les écoles de leurs pays respectifs, la Souabe et la Bohême ? 
Il est donc probable*, d'après les monogrammes comme 
d'après les comptes, et malgré la tradition relative aux Junc- 
kcr de Prag, que la direction de l'œuvre passa sans intermé- 
diaire d'Ulrich d'Ensingen à Jean Hûltz de Cologne^. Le nou- 
veau maître ne se crut d'ailleurs pas astreint à un scrupuleux 
respect de la pensée de son prédécesseur. On pouvait consi- 
dérer la tour octogone comme terminée à la mort d'Ulrich ; 
Jean Hûltz y ajouta pourtant le petit étage supplémentaire 
au-dessus de l'arc des hautes fenêtres. Hûltz lui-même, du reste, 
varia sans doute dans ses conceptions. Un dessin de l'Œuvre 
Notre-Dame indique qu'une petite pyramide devait surmonter 
chacune des quatre tourelles ^ à escaliers qui flanquent la tour 
octogone, et l'on voit encore aujourd'hui, à l'intérieur des 
tourelles, des traces de la base des piliers destinés à ces pyra- 
mides; or, Jean Hûltz ne donna pas suite à ce projet de cou- 
ronnement et termina carrément les tourelles. Mais l'activité 
de Jean Hûltz ne se borna pas à compléter la tour d'Ulrich. 
C'est à lui que revient l'honneur d'avoir donné à la cathédrale 
son aspect définitif : « Vollbringer des Hohen Thurns hier zu 
Strasburg » ^, disait son épitaphe voisine de celle d'Erwin 
et aujourd'hui disparue. En 1439, le 24 juin, jour de la 
Saint-Jean-Baptiste, on posa la croix et le bouton sur lequel 
s'éleva la statue de la Vierge. 



I . La question a d'ailleurs provoqué de vives discussions (voir, par exemple, 
J.W. Ranck., Dos Slrassburger Munster and seine Baumeisler, Stuttgart, Grei- 
ner et Pfeiffer, i883, in- 18) et elle n'est peut-être pas absolument éclaircie. 

3. Qui la conserva trente ans, de 1^19 à i4/tg. 

3. C'est sous ce nom de quatre tourelles qu'elles sont couramment désignées.] 

II. « Qui acheva la haute tour ici à Strasbourg. » 



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NOTICE HISTORIQUE. 39 

La cathédrale chaque jour plus célèbre attirait à elle l'admi- 
ration enthousiaste des étrangers. C'est alors (i 432) qu'^Eneas 
Sylvius Piccolomini * parla de cette tour « merveilleuse qui va 
cacher sa tête dans les nuages » ''■. Et bientôt Ludovic le More, 
régent du duché de Milan pour le compte de son neveu Jean 
<jaleas Sforza, écrira (i48i) aux membres du Magistrat de 
Strasbourg, en vantant la magnificence de leur cathédrale, 
pour leur demander un architecte capable de diriger la con- 
struction du dôme de Milan. 

Entre ces deux dates, la gloire grandissante de l'œuvre fit 
rendre à ses ouvriers et à ses maîtres un hommage qu'il est 
intéressant de noter dans l'histoire de la cathédrale. Lorsque 
les associations de maîtres-architectes-tailleurs-de-pierre de 
l'Empire, réunies à Ratisbonne en 1469, s'organisèrent en une 
association commune, elles arrêtèrent que Jodoque Dotzinger, 
architecte de l'Œuvre Notre-Dame de Strasbourg^ ei ses suc- 
cesseurs seraient grands-maîtres et juges suprêmes des ateliers 
de l'Empire, et que l'atelier de Strasbourg serait le grand- 
chapitre de l'association. 

Ce double hommage, rendu à |la gloire de la cathédrale 
par les autres cathédrales, au labeur de son atelier par les 
autres ateliers, venait saluer jusque dans le passé déjà lointain 
la mémoire du grand Erwin, le premier artisan de « Vœuvre 
glorieuse » et aussi le créateur traditionnel de la corporation qui 
en avait après lui poursuivi et parachevé l'exécution. Tel avait 
été, en effet, le renom de l'architecte de la façade occidentale 
que la tradition ne s'était pas contentée pour Erwin d'une seule 

i. Ancien étudiant de Strasbourg, humaniste illustre, et futilr pape (Pie II). 

3. « duabus ornala lurribus, quarum altéra, qnx perfecla est, mirabile 

cpas, capnt inter nubila condit. » (Germania, ch. IX.) 
3. De lUbi à 1473. 



3o LA CATHÉDRALE DE STRASBOURG. 

gloire, mais qu'elle avait ramené à lui toute l'histoire de 
l'édifice, qu'elle avait fait du maître des dernières années du 
xiu^ siècle l'organisateur de l'avenir même : c'est ainsi qu'Erwin 
aurait constitué ses collaborateurs en une association, sous la 
tutelle de l'évêque Conrad et de l'empereur Rodolphe, asso- 
ciation qui aurait obtenu une lettre d'indulgence et des pri- 
vilèges du pape Nicolas III dès 1278. Beau rôle d'homme d'ac- 
tion, belle vision de précurseur. Mais les preuves manquent. 
Ce qui est probable, c'est simplement qu'il y avait, dès 
l'époque d'Erwin, dans l'atelier des tailleurs de pierre de 
l'CËuvre Notre-Dame, des habitudes qui devinrent peu à 
peu des traditions, — et que l'éclat de la construction de 
Strasbourg assura vite à cet atelier un des premiers rangs dans 
les communautés de tailleurs de pierre qui s'établirent ensuite 
dans toute l'Allemagne. A Strasbourg même, l'importance 
des tailleurs de pierre de la cathédrale continua de grandir 
au cours du xiv*" siècle. Confondus, par l'organisation des 
tribus consécutive à la révolution populaire de i332, dans 
les métiers qui formèrent alors la tribu des tailleurs de pierre 
et des maçons * , ils s'étaient reconstitués en communauté indé- 
pendante en i4o2, à la suite de contestations relatives à la 
grande bannière de la tribu et d'un jugement du grand sénat; 
enfin, — probablement à l'époque d'Ulrich d'Ensingen, — ils, 
avaient jeté, d'après des traditions remontant à Erwin, les 
bases de cette association que, quelques années plus tard, 
Jodoque Dotzinger de Worms, maître d'œuvre de Strasbourg, 



I. Le maîlre-tailleur-tle-pierre est supérieur, à Strasbourg, au maître-maçon. 
Tandis que, de l'autre côté des Vosges, les maçons étaient les maîtres d'œuvre 
des édifices religieux, ils ne sont ici que des gens de métiers, employés surtout i 
aux constructions civiles ; les vrais artistes, ce sont, au contraire, les tailleurs- ' 
de-pierre. 



NOTICE HISTORIQUE. 3i 

réorganise et étend à toutes les associations de tailleurs de 
pierre de l'Empire, convoquées par ses soins*. Les statuts 
communs qu'adoptèrent ces réunions générales de Spire, de 
Strasbourg, de Ratisbonne, furent à plusieurs reprises contre- 
signés par l'autorité impériale, et la « loge ))^ de Strasbourg 
conserva sa situation prépondérante jusqu'à ce que, la ville 
ayant passé sous la domination française, les autres ateliers 
furent déclarés indépendants de sa juridiction par décision 
impériale et la grande maîtrise attribuée au maître d'oeuvre 
de Saint-Étienne de Vienne, — mais à une époque où l'archi- 
tecture et les mœurs avaient changé de caractère... 

L'honneur que l'assemblée de Ratisbonne faisait à Jodoque 
Dotzinger, maître de l'œuvre en l'an 14^9, allait, en même 
temps qu'à lui, à tous ses prédécesseurs et, d'avance, à tous 
ses successeurs, — à tous les maîtres et à tous les ouvriers de 
l'œuvre, — à l'œuvre même. 



IV 

U CATHÉDRALE ET LA RÉFORME^ 

Au milieu du xv° siècle, l'œuvre était donc achevée. Seules, 
peu après ce moment, l'addition de la chapelle Saint-Laurent 

I. On sait que ces associations (l'association de Strasbourg, d'abord, puis 
son extension à tout l'Empire) ont été considérées parfois comme l'origine de 
la franc-maçonnerie. La cathédrale, c'est le « Nouveau temple de Salomon » ; 
l'ouvrier tué à coups do pelles devant Conrad de Lichtenberg, lorsqu'on 
jeta les fondements de la tour et que l'évêque tira les premières pelletées de 
terre, c'est l'histoire d'Hiram,un des ouvriers du temple de Salomon, qui fut 
tué par trois de ses compagnons ; etc. (VoirGRAMoioiER, oav. cité, p. 4i5 et s.). 

3. Hûtle en allemand. L'atelier des tailleurs de pierre attaché à la cathédrale 
s'appelle en allemand Bauhûlte. 

3. Dacheux (Abbé L.), Un réformateur catholique à la fin du XV* siècle : 



3a LA CATHÉDRALE DE STRASBOURG. 

à l'extrémité du croisillon nord par Jacques de Landshut 
(i495-i5o5)*, et la construction de la chapelle Saint-Martin 
dans l'angle de ce croisillon et de la nef (i5i5-i52o)^ 
vinrent affecter le plan de l'édifice du côté nord-est. Dans son 
ensemble, l'extérieur de la cathédrale se présentait aux yeux, 
dès lors, tel que nous le voyons aujourd'hui, et si l'aspect inté- 
rieur n'est plus le même, ce n'est pas seulement qu'un art 
nouveau ait prétendu — au xvn^ siècle — à corriger l'ancien : 
désormais, c'est l'histoire religieuse ou politique de la cité 
même qui dominera et dirigera, pour ainsi dire, l'histoire de 
la cathédrale. 

Sans doute, si Jodoque Dotzinger fit exécuter, en i453, le 
baptistère que nous admirons encore aujourd'hui devant le 
(( portail roman » à l'intérieur du croisillon nord, et Nicolas 
de Haguenau, en i5oi, le beau maître-autel en bois sculpté 
que nous ne connaissons plus que par une estampe de Brunn ; 
si le chœur fut réparé en 1 455-1 46o, la voûte de la nef et la 
toiture refaites en 1459, le contour du chœur bâti et sa voûte 
peinte en i486; si la statue de la Vierge fut remplacée au 
sommet de la flèche par une pierre octogone (i488), et si 
elle se dressa cinq ans plus tard au portail sud, en même 
temps qu'on y construisit la galerie entre les deux étages et 

Jean Geiler de Kaysersberg (Paris, Delagrave; Strasbourg, Derivaui, 1876, 
in-8"): voir aussi sur Geiler de Kaysersberg, Tarticle de Rod. Reuss à propos 
du livre de Dacheux (Mulhouse, Bader, 1B77, in-S"). — Sur les « Roraffen », 
les articles du D' O. Winckelraann, dans : Zeilschrifl fur die Geschichle des 
Oberrheins (t. xxii, fasc. 2), et dans : Slrassburger Posl (^20 mai 1906). 

I. Il fut maître de l'œuvre de 1/49/» à 1609. Jean Hammerer lui succéda 
(i5io-i5i5). 

3. Par Conrad Wagt, suppléant de Jean Hammerer? pour l'évêque 
Guillaume de Honstein qui voulait en faire sa sépulture, mais que les troubles 
de religion survenus peu après obligèrent à se retirer à Saverne, où il 
mourut. 



CATHÉDRALE DE STRASBOURG 




LE PILIER DES ANGES 



NOTICE HISTORIQUE.; 33 

qu'on éleva au-dessus des deux roses la statue de saint Arbo- 
gast : ce sont encore là des manifestations de la vie normale 
de l'édifice. 

Mais déjà la construction de la chaire en i486 n'est 
pas sans quelque rapport avec l'état religieux de l'époque. 
Luther venait seulement de naître et la Réforme ne devait se 
déclarer que trente ans plus tard, mais, avant même son 
apparition, l'hérésie des Yaudois, la doctrine de Hûss, qui 
s'étaient répandues peu à peu en Alsace, lui avaient créé dans 
la région une atmosphère favorable* ; déjà beaucoup d'esprits 
étaient ébranlés, et les discussions devenaient plus libres. 
D'autre part, la considération dont jouissaient autrefois les 
Dominicains, chargés de la prédication à la cathédrale, avait 
beaucoup diminué : « exaltant les saints de leur ordre », 
« exagérant sans cesse la vertu des indulgences » , ils énon- 
çaient trop complaisamment « des maximes pernicieuses à la 
morale et aux droits du clergé séculier^ ». C'est pour remé- 
dier à cette situation dangereuse que Pierre Schott, un des 
premiers citoyens de la République strasbourgeoise, constitua 
avec quelques amis un fonds pour l'entretien d'un prédicateur 
séculier et qui serait docteur en théologie : cette fonction fut 



I . Peut-être trouverait-on, dans l'histoire de la cathédrale même, quelque 
trace contemporaine de cette inquiétude qui devait aix)utir à la Réforme ; 
les fresques, attribuées au maître Lienhart de Strasbourg, qui décoraient depuis 
i48G la voûte du chœur, représentaient, au milieu, le Christ et Isaïe, Isaïe 
montrant d'une main le clergé qui officie dans le choeur et tenant de l'autre 
un phylactère avec ces mots(/5., ch. xxix) que Schi^eegans (ouv. cité, p. ii8) 
donne en vieil allemand : « Dis Volk ehrel mich mit iren lipen, aber ir herz 
st fera von mir », Gérard, (oav. cité, t. II, p. 3ii-3i3) en latin : « Popalas 
tte appropinquat, ore suo et labiis glorijîcat me, cor aulem ejus longe est a me, » 
— et dont l'allusion est très significative : les lèvres semblent chanter la 
gloire de Dieu, mais le cœur est loin de lui. 

3. Grandidier, oav. cilé. p. 273. 



34 LA CATHÉDRALE DE STRASBOURG. 

attribuée à Jean Geiler de Kaysersberg* en 1478, qui l'occupa 
jusqu'à sa mort (i5io); et c'est en l'honneur de ce premier 
prédicateur séculier de la cathédrale, dont l'éloquence rude, 
honnête, pleine d'anecdotes personnelles, imagée et simple 
à la fois, savait attirer et retenir le peuple^, que fut cons- 
truite la belle chaire en pierre richement sculptée, d'après les 
dessins de Jean Hammerer. 

Du haut de cette chaire, Geiler de Kaysersberg vitupéra le 
relâchement de la foi et des mœurs, la facilité avec laquelle, 
comme il disait, a on mettait des coussins sous tous les coudes 
et des oreillers sous toutes les tètes » ; de là, pendant trente ans, 
jusqu'à sa mort, il lutta contre des abus dans lesquels il 
pouvait reconnaître parfois d'anciens usages touchants, mais 
déformés maintenant et qui ne s'accordaient pas avec le 
respect dû au saint lieu, — Ainsi, pour la fête de la Dédicace, 
les fidèles, ceux de Strasbourg et ceux de la campagne envi- 
ronnante, se réunissaient en foule à la cathédrale, dès la veille 
de la fête ; un tonneau de vin était installé dans la chapelle 
Sainte-Catherine; et la nuit était joyeuse de joies toutes pro- 
fanes... — Ainsi encore, suivant l'ancien rituel de la cathé- 
drale, la fête des Innocents devait être célébrée par les clercs 
des ordres inférieurs, qui étaient primitivement de paisibles 
élèves de l'école épiscopale, et ne manquaient sans doute pas 
de gravité en tenant l'office, ni même, au sortir de la céré- 
monie, en allant par la ville chanter des cantiques, représenter 
le Mystère de la Nativité ou celui de l'Adoration des Mages ; 

1 . Ainsi appelé du nom de la petite ville de Kaysersberg, en Alsace, où il 
avait été élevé chez son grand-père. Il était né à Schaffhouse, en Suisse. 

2. Il n'y avait jusqu'alors à la cathédrale qu'une petite chaire placée dans 
le croisillon nord, où se faisait l'office de la paroisse (Saint-Laurent), et où la 
ouïe des auditeurs de Geiler devint bientôt si nombreuse qu'il fallut trans- 
porter le sermon dans la nef. 



NOTICE HISTORIQUE. 35 

mais les enfants de choeur qui leur avaient succédé, mêlèrent 
à ces jeux sacrés quelque irrévérence : ils avaient pris l'habi- 
tude d'élire évêque l'un d'entre eux, et lorsque aux vêpres de 
la Saint-Jean le chœur chantait le Déposait patentes du Magni- 
ficat, l'évêque des enfants de chœur, « episcopas puerorum », 
en habits pontificaux, disait les oraisons, donnait la bénédic- 
tion, puis, le jour de la fête, se faisait promener en pompe dans 
toute la ville. — Ainsi encore les audacieuses satires des ce Ror- 
affenï), le jour de la Pentecôte. Les « Roraffen » * étaient trois 
grandes figures de bois sculpté et peint, placées l'une à la partie 
inférieure du buffet d'orgue, les deux autres sur des consoles 
de chaque côté de l'orgue et un peu plus haut que la première; 
celle-ci représentait Samson ouvrant la gueule du lion ; celle 
de gauche, un héraut avec une trompette à la main ; celle de 
droite, un bourgeois barbu, le chef couvert d'un bonnet rouge 
et blanc — couleurs de la ville — . Ces figures étaient arti- 
culées, et, de l'orgue, on pouvait aisément les manœuvrer par 
des fils. Or, le jour de la Pentecôte, — où les paysans des 
environs venaient en foule à la cathédrale, avec bannières et 
reliques, — à peine leur procession avait-elle franchi le seuil 
de l'église que les Roraffen s'agitaient : Samson ouvrait et 
fermait la gueule de son lion, le héraut faisait le geste d'em- 
boucher sa trompette, et le troisième personnage, non con- 
tent de remuer tête et bras, lançait des quolibets sur la foule, 
ricanait, chantait, criait, fût-ce au beau milieu du sermon 
ou de la messe; et le bedeau qui, placé derrière ou peut-être 
dans la statue, lui prêtait ainsi sa verve cynique, touchait 
même un pourboire sur les fonds de l'Œuvre Notre-Dame ! . . . 

I . Sans doute de deux mol« dvi haut allemand ; rôren ou rèren, crier, 
bramer, et Affe, singe, poupée grotesque, — fréquent dans cette dernière 
acception au moyen âge. 



36 LA CATHÉDRALE DE STRASBOURG. 

Geiler de Kaysersberg obtint qu'on supprimât les fêtes noc- 
turnes de la Dédicace ; il obtint qu'on défendît à l'évêque des 
enfants d'encenser l'autel et de chanter l'oraison, la veille des 
Innocents; mais, contre les Roraffen, il ne put rien : la tra- 
dition, à laquelle tenait jalousement la bonne humeur volon- 
tiers railleuse des Strasbourgeois, fut plus forte que les indi- 
gnations de l'ardent prédicateur*. 

Geiler de Kaysersberg n'était, comme l'a appelé son bio- 
graphe Dacheux, qu'un « réformateur catholique », fidèle 
aux dogmes et respectueux des mystères ; il s'attaqua surtout 
aux mœurs de ses contemporains, et ne toucha, dans la ca- 
thédrale, qu'à des traditions qui n'avaient plus rien de reli- 
gieux. La Réforme de Luther alla plus loin. Non pas, certes, 
tout d'un coup, et comme un régime religieux depuis long- 
temps constitué qui serait survenu du dehors pour remplacer 
de toutes pièces le régime existant : la doctrine nouvelle pré- 
tendait pénétrer dans l'Eglise pour la réformer, non pour la 
détruire. Et ce fut, pendant plusieurs années, une lutte de 
tous les jours, — avec d'étranges promiscuités dans le même 
édifice, le culte nouveau se développant à côté de l'ancien. 



I. La Réforme seule mit fin à cet usage. Mais les Roraffen restèrent à 
leur place, et ce n'est que tout récemment qu'on les a relégués au Musée de 
l'Œuvre Notre-Dame. — Quant à l'activité de Geiler, elle ne se contenta pas,, 
comme bien on pense, de lutter contre des messes d'enfants et des plaisanteries 
de mannequins. Il fit, en i5oo, pour répondre au Magistrat — qui lui 
demandait des explications sur la violence de ses attaques constantes — un 
mémoire en vingt et un articles où il exposait ses idées et ses critiques ; il y 
était question des Roraffen, certes, mais aussi des legs aux ecclésiastiques, 
des legs faits aux pauvres ou pour le service de Dieu par des laïques, du tes- 
tament des ecclésiastiques, de l'insuffisante sévérité dans la punition de l'homi- 
cide et du viol, des impôts exigés à tort du clergé ; « avant-coureur ». de 
la Réforme, peut-être, a dit de lui M. Reuss, mais avant-coureur « incon- 
scient et surtout involontaire ». 



NOTICE HISTORIQUE. 87 

lequel n'abandonnait la place que pied à pied, — avec de 
singuliers personnages aussi (au regard de notre temps, du 
moins, habitué à voir une démarcation nette entre le catho- 
licisme et le protestantisme) : des curés prêchant les idées de 
Luther, et qui veulent rester curés, — de grands dignitaires 
de l'Église qui les encouragent, les protègent, les couvrent de 
leur autorité, mais sans se démettre de leurs titres et fonc- 
tions. 

Il y eut d'abord(i5i8) quelques bourgeois pour afficher à la 
porte de la cathédrale les propositions contre les indulgences 
que Luther venait de soutenir; puis un curé, Pierre Philippi, 
qui prêcha la doctrine de Luther dans son église de Saint- 
Pierre-le-Vieux (i52o); puis d'autres curés S Antoine Firn, 
de Saint-Thomas, et ce Mathieu Zell, curé de Saint-Laurent 
à la cathédrale, orateur si emporté contre les dogmes de 
l'Église romaine qu'on lui interdit la chaire de sa chapelle 
et qu'on mit une serrure à celle de la nef pour l'empêcher 
d'v monter! — et les « prédicateurs », successeurs de Geiler : 
Pierre Wickgram, son neveu, remplacé, à cause de ses impru- 
dences de langage, par Symphorien Pollion (i52i), remplacé 
lui-même par Gaspard Hédion (i523) : les prédicateurs se 
succédaient rapidement, parce que, de l'un à l'autre, se trans- 
mettaient les mêmes audaces rapidement punies. 



I. Toutefois, le chanoine Hàcheux (Cathédrale de Strasbourg, p. 6i)faitro- 
luer qu'il n'y avait pas, à proprement parler, de curés à cette époque à 
-l>ourg. Les titulaires des bénéfices ne résidaient pas, et faisaient rem 
plir leur fonctions par des prêtres « mercenaires », ou « plébans », comme 
on les appela; il cite nommément Firn et Zell comme les plébans de Saint- 
Thomas et de la cathédrale; et l'on devrait rechercher, ajoute-t-il, le rôle que 
jouèrent lors de l'introduction du protestantisme l>eaucoup de ces hommes 
M pleins de talent et instruits, mais forcément mécontents et aigris, car ils 
représentaient en quelque sorte les exploités, le prolétariat du clergé ». 



38 LA CATHÉDRALE DE STRASBOURG. 

Mais le Magistrat soutenait les réformateurs, et le grand- 
doyen de la cathédrale, Sigismond, comte de Hohenlohe, lent 
était également favorable. Si bien que dans le tumulte qui agi- 
tait la ville et sous couleur de ramener la paix, le Magistrat 
en vint rapidement à prendre des pouvoirs qu'on s'étonne de 
trouver entre ses mains; il donna à Mathieu Zell, à Antoine 
Firn, et à quatre autres réformateurs l'autorisation de prêcher 
l'Evangile suivant le texte pur et simple des Écritures ; bientôt 
même, malgré l'émotion que souleva le rnariage de Zell et de 
quelques autres prêtres, malgré les sentences d'excommuni- 
cation que l'évêque prononça contre eux, Mathieu Zell fut 
solennellement installé par le Magistrat dans la cure de la ca- 
thédrale (29 novembre i524) et il y communia sous les deux 
espèces avec Catherine Schûtzin, sa femme. Quant au grand- 
doyen, au même moment, il préparait pour le Grand-Chœur 
une instruction qui « renferma ou découvrit la plupart des 
nouvelles opinions » , dit l'abbé Grandidier, mais tout envelop- 
pées (( sous le voile de l'onction et de la pureté de l'Écriture 
Sainte » *. Il est vrai que le Grand-Chœur en porta plainte au 
Grand-Chapitre, lequel déposa son doyen (1527)^. Mais le 
mouvement était déjà trop fort pour que le Grand-Chœur ni 
le Grand-Chapitre pussent l'arrêter. Il ne restait plus aux 
catholiques, dans la cathédrale, que le chœur : le nouveau 
culte occupait dès lors la nef, ainsi que la chapelle parois- 
siale de Saint-Laurent; et ses partisans faisaient restreindre 
peu à peu le nombre des messes en latin, supprimer la béné- 

1. Grandidier, ouv. cilê, p. 91. 

2. Sigismond de Hohenlohe quitta Strasbourg et se rendit à la cour d 
François I", roi de Franco, où la protection de Marguerite, sœur du roi, lu 
valut le commandement d'un régiment. Il se retira ensuite à Augsbourg, 01 
il mourut, en i53/t, « dans les mêmes sentiments, dit Grandidier, qu'i 
avait voulu introduire dans la cathédrale ». 



NOTICE HISTORIQUE. 89 

diction des Rameaux et les autres cérémonies de la Semaine 
Sainte, lever l'interdiction de la viande pendant le Carême. 
Enfin, le 20 février 1629, l'assemblée des trois cents échevins 
convoquée par le Magistrat, décida, par i84 voix sur 279 
membres présents, qu'il fallait a suspendre la messe jusqu'à 
ce que ceux qui la maintenaient eussent prouvé qu'elle était 
un culte agréable à Dieu » ^ 

En même temps on peut suivre à l'aspect intérieur de l'église 
les progrès du culte nouveau. La Vierge douloureuse venue de 
Prague, qui était l'objet d'une grande dévotion populaire et re- 
cevait beaucoup d'offrandes, avait été enlevée, dès i523,etson 
emplacement marqué par une pierre avec un texte significatif 
de saint Luc rappelant les fidèles à leur devoir d'adoration en- 
vers Dieu seul ^. Puis ce fut la Vierge de la chapelle d'Ervvin 
qui disparut, puis le grand crucifix du chœur, et les autels, et 
toutes les images, et les drapeaux pris à Morat et à Nancy sur 
Charles le Téméraire, que les contingents strasbourgeois, 
avaient, au retour, consacrés à la Vierge. Une table de cène en 
bois fut placée devant le jubé. Enfin, comme le Magistrat avait 
interdit d'enterrer désormais dans les églises, on fut d'autant 
plus à l'aise pour enlever et briser les épitaphes et refaire en 
pierres unies le pavage de la cathédrale (i534). 

La victoire, toutefois, n'était pas encore assurée aux protes- 
tants. Les deux religions restaient hostiles en face l'une de 
l'autre, incapables de renoncer à la possession de la cathédrale 
ou à l'espoir de la reprendre. On sait que Charles-Quint crut à 
cette époque rétablir la paix dans l'Empire par le règlement 
provisoire connu sous le nom d'Intérim d'Augsbourg (i548) : 
concessions réciproques des deux partis, et modas vivendi jus- 

I. Grandidier, oai;. cité, p. 9^1. 

a. << Deum Inam adorabis et illi soli servies ». (Luc, iv, 8). 



ào LA CATHÉDRALE DE STRASBOURG. 

qu'au règlement définitif par un concile. La ville de Strasbourg 
se soumit à l'Intérim à la fin de i549. D'après ^^ transaction, 
la cathédrale fut rendue au culte catholique. Non pas com- 
plètement sans doute, puisque Gaspard Hédion conservait 
encore la liberté d'y prêcher les dimanches et fêtes, sous 
réserve de ne rien dire contre l'Intérim. Mais, comme le 
Grand-Chapitre voulut encore exiger de lui qu'il prêchât en 
surplis, selon l'usage catholique, Hédion s'y refusa, et les 
catholiques restèrent seuls maîtres de la cathédrale (i" fé- 
vrier i55o) : le Magistrat donna aux protestants, en compen- 
sation, l'ancienne église des Dominicains (qui fut connue 
désormais sous le nom de Temple-Neuf). Solution pratique, 
qui ne fut qu'une solution provisoire, quoique la Paix 
d'Augsbourg eût confirmé, en 1 555, la situation que l'Intérim 
avait faite à la cathédrale. C'est qu'en effet le Magistrat veillait: 
il voulait bien que la cathédrale n'appartînt qu'à un seul 
culte, à la condition que ce fût au nouveau. On était en i559. 
Il rappela que, s'il avait promis sa protection aux membres 
du Grand-Chœur lors de l'établissement de l'Intérim, ce 
n'était que pour dix ans, et que la dixième année approchait : 
le Grand-Choeur devait en conséquence cesser de faire le ser- 
vice divin le 2 février suivant (i56o), jour anniversaire de 
celui où le culte catholique avait recommencé à la cathédrale 
dix ans plus tôt. Le peuple, impatient, n'attendit pas jusque-là: 
le dimanche 19 novembre i559, tandis que Jean Delphius, 
évêque de Tripoli, suffragant de l'Évêché et membre du 
Grand-Chœur, expliquait en chaire la première Épître de 
saint Paul aux Colossiens, une foule surexcitée pénétra dans 
l'église ; des pierres, des boules de neige, des chaises volèrent 
en l'air, des bancs furent brisés, des chapelets arrachés aux 
mains des femmes ; le malheureux évêque de Tripoli et les 



CATHÉDRALE DE STRASBOURG 




DÉTAILS DU PILIER DES ANGES 
(Moulages du Musée du Trocadéro à Paris) 



NOTICE HISTORIQUE. 4» 

autres prêtres eurent beaucoup de peine à échapper à la fureur 
de la populace, a Un si indigne traitement, que le clergé de 
la cathédrale venait d'essuyer, lui fit voir, dit Grandidier, la 
nécessité d'abandonner une église où il ne lui était plus 
possible de se maintenir. )) Après que la cathédrale, à la suite 
de ces incidents tumultueux, eut été laissée quelques mois à 
l'abandon, le Magistrat la fit fermer, le i8 août i56o; puis, 
quelques mois plus tard, quoique l'empereur Ferdinand P' 
eût rappelé à la ville les prescriptions de la Paix d'Augsbourg 
qui confirmaient aux catholiques le droit d'exercer leur culte 
dans la cathédrale, le Magistrat la fit rouvrir, non pour les 
catholiques, mais pour les protestants, le 17 mai i56i. 
Depuis ce moment jusqu'à la prise de possession de la ville 
par Louis XIV en 1681, la cathédrale resta protestante. 

Pendant ce long espace de temps, presque rien n'y fut 
changé. Mais les passions continuèrent à s'agiter autour 
d'elle : l'histoire religieuse, ce fut, pendant près de deux 
siècles (xvi^-xvif), presque toute l'histoire de Strasbourg. 
C'est l'époque où la France et l'Allemagne sont le plus 
violemment troublées par les luttes religieuses. Quant à 
Strasbourg même, la réouverture de la cathédrale avec un 
régime qui devait pourtant durer plus de cent ans, n'était 
qu'un incident, et qui ne réglait rien. Les deux religions 
n'étaient pas encore assez complètement séparées l'une de 
l'autre, assez dégagées, si l'on peut dire, de tout esprit de 
pénétration réciproque, et derrière les questions de dogmes 
et de pratiques apparaissaient trop d'intérêts territoriaux et 
politiques, pour que la paix fût possible. Aussi, ce fut la 
guerre : division du chapitre en chanoines catholiques et 
chanoines protestants ; les uns et les autres élisant leur évêque ; 
la Guerre des Évêques qui pendant plus de dix ans désola 

h. 



hi LA CATHÉDRALE DE STRASBOURG. 

l'Alsace (1592-1604); l'élu des chanoines catholiques, Charles 
de Lorraine, reconnu comme seul évêque de Strasbourg, exclu 
pourtant de sa cathédrale, et transférant à Molsheim, ville du 
domaine de l'évêché, les débris du Chapitre et du Grand- 
Chœur ; l'empereur Ferdinand II ordonnant de remettre 
toutes choses en l'état prescrit par la Paix d'Augsbourg, 
c'est-à-dire, entre autres mesures, de restituer la cathédrale 
aux catholiques ; le Magistrat louvoyant — on était en pleine 
guerre ^ — jusqu'à l'arrivée des troupes de Gustave- Adolphe ; 
le roi de Suède payant l'alliance de la ville en lui abandonnant 
tous les biens des églises, des couvents et de l'évêché même ; 
et, enfin, les traités de Westphalie (1648) rendant leurs biens 
aux États ecclésiastiques tels qu'ils étaient en leur possession 
au I" janvier 1624..- Par ces mêmes traités, on lésait, comme 
récompense de l'appui prêté par le roi de France aux princes 
protestants d'Allemagne, l'Alsace, presque tout entière, deve- 
nait française ; et, en 168 1, par suite d'un arrêt de la Chambre 
de réunion du Conseil de Brisach^, par suite surtout des 
tergiversations où l'indépendante République de Strasbourg 
s'était parfois maladroitement complu au cours de la guerre 
dite de Hollande, les troupes de Louis XIV enveloppèrent la 
ville, qui, le 3o septembre, signa sa capitulation : depuis les 
traités de Westphalie, il était fatal qu'un jour ou l'autre 
Strasbourg achevât de se détacher de ce a vaste Empire sans 

1 . La Guerre de Trente ans. 

2. 22 mars 1680. Le traité de Nimègue (1679) venait de confirmer ceux de 
Westphalie en ce qui concernait l'Alsace ; l'arrêt du Conseil supérieur de 
lirisach ne fut qu'une sorte de commentaire, à fin d'unité, du traité do 
Nimègue; il proclamait le principe de la souveraineté absolue du roi dans la 
basse Alsace aussi bien que dans la haute, et, par voie de conséquence, il 
« réunissait » la dernière enclave, Strasbourg, que les troupes impériales 
avaient évacuée depuis la paix. Par le traité de Ryswick (1697), la ville fut 
rayée de la matricule de l'Empire. 



NOTICE HISTORIQUE. 43 

homogénéité )) ^ dont la séparait le Rhin, pour tomber dans 
l'unité française. 



DE LOUIS XIV A LA RÉVOLUTION (1681-1789)2 

L'unité française, c'était aussi — Ludovico régnante — 
l'unité religieuse et l'unité artistique. Non que Louis XIV ait 
voulu étendre à la ville de Strasbourg sa politique d'hostilité 
violente contre la religion prétendue réformée : le texte de la 
capitulation que les délégués du Magistrat avaient soumis à 
Louvois et à Montclar, porteurs des pleins pouvoirs du roi, 
confirmait à la ville ses droits et privilèges, son régime muni- 
cipal, SCS institutions ecclésiastiques, et les représentants de 
Louis XIV avaient presque tout accepté; mais, parmi les trois 
ou quatre conditions que Louvois avait imposées en retour, se 
trouvait celle-ci : que la cathédrale serait rendue au culte catho- 
lique^. Le 21 octobre i68i, l'évcquc, François-Egon de Fûrs- 

1. \. LzGKZLLZ, Loais XIV et Strasbourg, p. 9 (Paris, Hachette, 188 1, in-S»). 

3. Uel'ss (Rod), L'Alsace au XVII' siècle, Paris, Bouillon, 1897-98, 2 vol. 
in-4''. — Marcel (Pierre), Inventaire des Papiers manuscrits du cabinet de 
Robert de Cotte..., Paris, Champion, 1906, in-8°- — D' Eissen, Un chapitre 
inédit de l'Histoire de la Cathédrale de Strasbourg, dans: Revue tC Alsace, i854- 

3. Comme d'ailleurs les empereurs l'avaient en vain demandé depuis long- 
temps. — Les protestants retournèrent alors au Temple-Neuf. — Par Tar- 
ticle 3 de la capitulation, la ville demandait que le roi laissât « le libre 
exercice de la religion, comme il avait été depuis l'année 1634 jusques alors, 
avec toutes les églises et écoles, et ne permît, à qui que ce fût, d'y faire des 
prétentions, ny aux biens ecclésiastiques, fondations et convents, mais les 
conservât à perpétuité à la ville et à ses habitants. » Le roi accorda la demande 
— « à la réserve du corps de l'église de I\otre-Dame, appelée autrement le Dôme, 
qui doit être rendu aux catholiques, n La garantie donnée quant aux droits de la 



44 LA CATHÉDRALE DE STRASBOURG. 

temberg, réconcilia solennellement la cathédrale; deux jour» 
après, Louis XIV entra en grande pompe dans la ville, et, le 2^^ 
l'évêque, qui d'ailleurs avait été l'auxiliaire dévoué de la poli- 
tique royale, recevait le roi à la porte de l'église, avec une joie 
pareille, dit-il, à celle du bienheureux Siméon recevant 
l'Enfant Jésus au Temple de Jérusalem. La cathédrale était 
désormais de la religion du roi. Et l'art du roi allait y entrer 
à son tour. On voulut faire grandiose, étendre la vue : on 
détruisit le jubé, qui arrêtait les regards à l'entrée du 
chœur, et, en même temps que le jubé, la chapelle de 
Marie, œuvre d'Erwin* ; puis, on donna à l'abside une forme 
demi-circulaire par un mur désormais sans saillie où l'on pût 
adosser boiseries et stalles, les arcs en retrait des côtés et 
ceux du chevet furent murés, le tout formant une « espèce 
de décoration en plâtre d'un goût détestable », dira plus 
tard Mérimée^; enfin, le maître-autel de Nicolas de Hague- 
nau fut remplacé (i685) par celui de Frémery, qui s'éleva 
entre quatre colonnes de marbre avec bases et chapiteaux de 
métal, sous un lourd baldaquin sculpté en bois avec la cou- 
ronne de France au milieu et quatre anges aux coins, portant 
l'encensoir, la navette, les burettes et le missel. 

L'agrandissement du chœur fut encore repris plus tard : 

ville et des habitants tels que les formulait Tarticle 3 de la capitulation, était 
une nouvelle consécration de l'indépendance de l'Œuvre Notre-Dame (Voir D**, 
art. cité, t. IV, i863,p. i48-i49). 

1. L'évêque, Guillaume-Egon de Fùrstemberg, frère et successeur 
de François-Egon, paya tous les frais : l'architecte reçut de lui pour ce tra- 
vail onze mille livres, trois foudres de vin et trente sacs d'orge. L'architecte 
était alors Jean-George Heckler, qui avait hardiment réparé en i654 le dégât 
«ausé par la foudre à la flèche de la cathédrale : il avait dû pour cela démolir 
et reconstruire la flèche sur une hauteur de plus de vingt mètres. 

2. Rapport d la Commission des Monuments historiques (séance du 24 mai 
i844). Voir p. G4. 



CATHÉDRALE DE STRASBOURG 








^ 



TSBBSfL.^ 



LA CHAPELLE SAINT ANDRÉ 



I 



NOTICE HISTORIQUE. 45- 

en 1782, on y ajouta la première travée de la nef. Il semble 
même qu'on procéda assez sommairement pour mettre le 
sol de cette travée de la nef au niveau du chœur, puisque les 
remaniements du siècle suivant firent découvrir qu'un amas 
de décombres avec quelques couches de maçonnerie servait 
de fondation aux marches et au dallage supérieur. En même 
temps que le chœur s'étendit ainsi jusque dans la nef, deux 
tribunes furent construites de chaque côté de la nouvelle 
travée conquise par le chœur, entre les énormes piles qui limi- 
taient le chœur jusqu'alors et les anciens premiers piliers de la 
nef. En même temps aussi, les deux escaliers de pierre qui 
conduisaient de la nef à la crypte furent détruits et cette com- 
munication fut reportée du côté des croisillons, où les deux 
escaliers nouveaux vinrent s'ouvrir au pied des deux forte» 
colonnes latérales du carré du transept ; un mur à hauteur du 
premier étage sépara le chœur et les croisillons. — Quelques 
années plus tard, en 1744, Massol, architecte du cardinal de 
Rohan, artiste élégant et somptueux, accola à la cathédrale, 
entre la sacristie Saint-Laurent et la chapelle Saint-Jean- 
Baptiste, la belle sacristie octogonale du Grand-Chapitre, qui 
n'a d'autre défaut que d'être une addition sans harmonie 
avec le reste de l'édifice : « plutôt un élégant boudoir qu'une 
sacristie », dit un peu sévèrement Seyboth*. 

Ainsi déchargée d'une partie de son gothique et rajeunie 
peu à peu au goût du temps, la cathédrale parut sans doute 
plus digne des aimables et brillants cortèges du siècle de 
Louis XV : d'abord, en 1725, à l'aurore du règne, celui qui 
accompagna Marie Leczinska-, lorsque Louis, duc d'Orléans, 

1. Oav. cité, p. 554, 

2. Elle résidait en Alsace, à Wissembourg, avec son père, le roi détrôné 
de Pologne. 



46 LA CATHÉDRALE DE STRASBOURG. 

premier prince du sang, vint l'épouser par procuration au 
nom du roi; puis, en 1744» le triomphe du Bien-Aimé lui- 
même, dans l'allégresse populaire, après la maladie de Metz; 
— et ce sera, plus tard (1770), dans la douceur ensoleillée 
d'une de ces matinées de mai où l'avenir même semble sou- 
rire, le passage de Marie-Antoinette, venant de Vienne pour 
épouser le futur Louis XYI, reçue à la cathédrale par l'élé- 
gant coadjuteur, le prince Louis de Rohan^ — V Autrichienne 
saluée par le Cardinal Collier : « ...La France vous attend 
pour couronner ses vœux... C'est l'âme de Marie-Thérèse qui 
va s'unir à l'âme des Bourbons : d'une si belle union doivent 
naître les jours de l'âge d'or... » 

Malgré l'universel besoin de corriger et d'embellir auquel 
on doit la disparition du jubé et la réfection du chœur en style 
de luxe, le dernier grand travail exécuté à la cathédrale avant 
la Révolution fut un curieux essai d' harmonisme * : la recon- 
struction « gothique » des vieilles boutiques adossées à l'édi- 
fice, qui en masquaient la partie inférieure sur tous les côtés 
et permettaient à peine l'entrée de l'église : « flacons d'eau- 
de-vie )), tabac, savon, harengs, « fromages puants- », se débi- 
taient au pied de la cathédrale et souvent des piles de poteries 
barraient le grand portaiP. 

Or, on s'occupait précisément alors de mesures d'ordre et 
de précaution. En 1769, un des innombrables coups de ton- 
nerre qu'on rencontre à toutes les époques dans les annales de 
l'édifice, avait provoqué un incendie particulièrement grave : 
en moins d'une heure, le toit de la nef, puis toute la voûte 

1. Le mot est du D' Eissen, dans son article intéressant et plein de verve. 

2. Document du commencement du xviii' siècle, dans Seybotu (ouw. cilé, 
p. 554). 

3. Grandidiei», oav. cilé, p. 198. 



I 



NOTICE HISTORIQUE. 47 

en feu, le plomb fondu du toit tombant sur le pavé de la 
nef, sur le maître-autel de Frémery qui fut détruit ; la mitre * 
consumée par les flammes, deux de ses pignons s'écroulant, 
l'un sur la voûte de la salle du premier étage au-dessus de 
la chapelle Saint-André, l'autre dans la première travée de 
la nef. Des travaux importants s'ensuivirent : le toit de la 
nef fut refait en cuivre rouge, la mitre remplacée par une 
simple toiture octogonale, en cuivre également, un nouveau 
maître-autel élevé d'après les dessins de Massol, quatre cent 
mille livres dépensées en quatre ans pour réparer le dom- 
mage. 

L'abbé Antoine Rauch, maître des cérémonies, profita de 
ce grand travail de rénovation pour mettre fin à quelques 
abus : il dégagea le chœur, où les officiers de la garnison 
venaient s'asseoir dans les stalles des chanoines et que les 
chaises des dames encombraient jusqu'à côté du maître-autel, 
il créa deux emplois de Suisses pour faire observer la police 
dans l'intérieur de la cathédrale, il attira enfin l'attention du 
Grand-Chapitre (1765) sur l'indécence du voisinage des petites 
boutiques et les dangers qu'elles faisaient courir à l'édifice : 
deux fois le feu y avait pris. Toutefois le Grand-Chapitre n'agit 
pas tout de suite ; il fallut, pour le convaincre, qu'on eût trouvé, 
un matin, « sur la petite galerie, qui est près des fenêtres infé- 
rieures ))^ le cadavre d'un «garde » de la cathédrale, percé de 
vingt-trois blessures, et, en même temps, constaté la dis- 
parition de huit chandeliers neufs de cuivre argenté qui se 
trouvaient dans la chapelle Sainte-Catherine : l'abbé Rauch 
saisit cette occasion pour faire de nouvelles représentations au 

I La conslniclion octogonale qui couronnait la coupole du chœur depuis 1 384 
3. Grasdidier, ouu. cj<t', p. 19O. Sans doute, le chemin de ronde. «A la qua- 
trième colonne du collatéral méridional. » 



48 LA CATHÉDRALE DE STRASBOURG. 

Grand-Chapitre et l'engager plus énergiquement à demander 
la suppression des vieilles boutiques qui avaient peut-être 
facilité aux assassins l'entrée de l'église. Le Magistrat ayant 
décidé alors de démolir celles des boutiques qu'il donnait lui- 
même à location et de ne laisser subsister que celles qui appar- 
tenaient à des particuliers, Rauch proposa un plan dont l'ini- 
tiative semble appartenir à celui qui l'exécuta, Jean-Laurent 
•GœtzS architecte de la cathédrale; ce plan consistait à dé- 
gager complètement toute la façade occidentale, à établir un 
parvis sur toute sa longueur, et à rebâtir de nouvelles bou- 
tiques sur les côtés nord et sud de la cathédrale, mais — me- 
sure de prudence — en laissant un vide entre ces bâtiments 
extérieurs et le corps de l'église, et — conception artistique 
•originale à cette époque — en les construisant « dans une 
forme d'ornement et dans un goût analogue au reste de l'édi- 
fice))^. Gœtz édifia donc (i 772-1 778) dix-huit boutiques nou- 
velles, sur un modèle uniforme, et en les entourant d'une 
ligne d'arcades en style gothique, du reste assez fantaisiste, qui 
existent encore aujourd'hui sur les côtés de la cathédrale. Mais 
contre le « roturier )) strasbourgeois les clameurs avaient été 
grandes « dans le camp des petits-maîtres connaisseurs^ )), et, 
pour se venger d'eux, il affubla de différents spécimens des 
coiffures à la mode, coifi'ure u à la grecque )) , «petite palissade )) 
-et (( double palissade )) , quelques-unes des têtes de monstres 
xjui servirent de gargouilles à sa corniche. 

I. Le D' EissEN, art. cilé, et Ad. Setboth (^oav. cité,, p. 555), l'appellent 
Jean-Georges Gœtz. Mais celui-ci ne fut architecte de la cathédrale que plus 
•tard, de 1785 à 1794 (d'après la liste publiée par le Slrassburger Mûnster-Blatl, 
1905). Il vaut mieux sans doute, avec Grandidier (p. a 00), attribuer ce tra- 
vail à Jean-Laurent Gœtz, prédécesseur de Jean-Georges (1764-85). 

3. Grandidier, ouv. cilé, p. 200. 

3. D' EissEN, art. cilé. 



CATHÉDRALE DE STRASBOURG 




TRANSEPT MÉRIDIONAL 



NOTICE HISTORIQUE. Ag 

Mais c'en était bientôt uni des sacristies à la Pompadour 
et des gargouilles ironiques. Le « beau tapage » prédit par 
Voltaire approchait. 



VI 

LA CATHÉDRALE DEPUIS LA RÉVOLUTION JUSQU'A NOS JOURS* 

Plus d'une cause devait, dès le début de la période révolu- 
tionnaire, éveiller les passions autour de notre cathédrale. 
Aucun chapitre dans tout le royaume ne pouvait rivaliser en 

I. Reuss (Rod.), La Cathédrale de Strasbourg pendant la Révolution, Paris, 
Fischbacher, 1888, in- 16. Nul ne saurait écrire sur la Cathédrale pendant 
cette période sans recourir presque constamment à ce livre du grand histo- 
rien de Strasbourg et de l'Alsace, à la science et à la bienveillance duquel nous 
sommes heureux de rendre ici un hommage de gratitude respectueuse. (Voir 
aussi : Herhakk (J.-F.), Notices historiques, statistiques et littéraires sur la ville de 
Strasbourg, SiTSisbouTg, Levrault, 1817, 2 vol. in-8°. — Spach (Louis), Frédéric 
de Dietrich, Strasbourg, Berger-Levrault, 1857, in-S". — Seinguerlet (E.), 
Strasbourg pendant /a /îéuo/u/ion, Paris, Berger-Levrault, i88i,in-8°.) — Pour le 
XIX* siècle : Reiner, Restaurations de la Cathédrale, dans Revue d'Alsace, i835 
(suite à sa polémique avec F. Fries, ibid. , i834). — Congrès scientifique de France, 
/0°fesston(i842), Paris, Derache, i843,2 vol. in-8*. — Congrès archéologique de 
France^ 26' session (iSoçj), Paris, Derache, 1860, in-S*. — Laugei, (Anselme), 
Ph. Grass, sa vie et ses œuvres, dans: Revue alsacienne illustrée, VIII, if)o6. — 
FiscHVA.cii(G.), Le Siège de Strasbourg, Strasbourg, Imprimerie alsacienne, 1897, 
in-4°. — Raymond Sigrouret(P.), Souvenirs du Rombardement et de la capitulation 
de Strasbourg, Rayonne, Cazals, 1873, in-i8. — Klotz(G.), Réparation des dégâts 
causés au sommet de la Jlèche par le bombardement (Rapport présente à M. Kuss, 
maire de la ville), Strasbourg, Winter, 1871, in-8' ; — Réparation générale des 
dégâts causés par le bombardement (Rapport à M. Lauth^ maire), ibid., 1872, 
in-8*; — Projet de couronnement à établir sur la coupole du chœur, Strasbourg, 
Schultz et Winter, 1876, in-8'; — a* rapport, 1878. — Mésard (René), L'Art 
en Alsace-Lorraine, Paris, Delagrave, 1876, in-ti'. — Bcb8willwald(E.), flapporf 
sur la Cathédrale de Strasbourg, Strasbourg, F. X. Le Roux, 1889, in-8*. — 
KsAUTH, Windfanganlage am nôrdlichen Seitenschiffe, Strassb. M.-Bl., II, igoS. 



5o LA CATHÉDRALE DE STRASBOURG. 

noblesse et en richesse avec celui de la cathédrale de Stras- 
bourg, et si le clergé devait souffrir un jour du mouvement 
révolutionnaire, le clergé d'Alsace aurait à perdre plus que 
tout autre au nouvel ordre de choses. L'évoque de Strasbourg 
est prince d'Empire et landgrave d'Alsace — et l'évêque 
d'alors était un des plus grands personnages du royaume, ce 
cardinal Louis-René-Édouard de Rohan, qui avait été am- 
bassadeur du roi à Vienne et grand aumônier de France, et 
que l'Affaire du Collier venait de rendre trop célèbre. Ses 
chanoines, des Rohan, des Hohenlohe, des Groy, des- La Tré- 
moïlle, des Salm, des Kœnigsegg, sont presque tous princes; 
Louis XVI a reconnu au Grand-Chapitre de Strasbourg des 
prérogatives qui lui assurent « le premier rang parmi tous les 
corps ecclésiastiques affectés à la haute noblesse » et accordé à 
ses chanoines une décoration particulière qu'ils pourront porter 
partout, même hors de leur église et de leur ville, contrairement 
aux autres chanoines de France. L'étendue des territoires du 
prince-évêque en Alsace, et même au delà du Rhin, est consi- 
dérable, son influence très forte, dans les villes, sur toute une 
bourgeoisie de fonctionnaires ecclésiastiques, dans les cam- 
pagnes, sur la masse des paysans, dévouée à l'Église; et, à 
Strasbourg, en dehors même de l'influence du clergé, beau- 
coup de bourgeois, fiers d'une sorte d'indépendance qu'ils ont 
toujours conservée à leur ville, attachés à tous ses anciens 
droits, ne verront pas disparaître sans regret son organisation 
ecclésiastique. 

En revanche, à côté de ceux-là, d'autres bourgeois, et 
surtout beaucoup d'habitants non admis au droit de bour- 
geoisie, fonctionnaires royaux, officiers, professeurs, com- 
merçants, forment une société libérale moins fermée aux 
idées du dehors, et attendent la Révolution avec plus de 



NOTICE HISTORIQUE. 5i 

confiance que de crainte. Quant au populaire, mécontent 
d'être toujours tenu à l'écart par les grandes familles bour- 
geoises de la ville, il se laissera facilement gagner, lui aussi, 
par l'espoir du changement; bientôt, du reste, le libéralisme 
d'une élite éclairée ne lui suffira plus, des hommes nouveaux 
le dirigeront, venus d'iVllcmagne, comme Euloge Schneider, 
ou de l'intérieur de la France, comme Téterel, Lyonnais, ou 
Monet, Savoyard, — également étrangers à la ville, à ses 
traditions, au bon sens strasbourgeois. En outre, les protes- 
tants, nombreux à Strasbourg, n'avaient pas les mêmes raisons 
que les catholiques d'être attachés au passé, — et leur part 
d'influence sera grande sur les destins de l'Église même et de 
la cathédrale, soit comme membres de la municipalité ou du 
({ Département », soit simplement comme électeurs : sans 
distinction de culte, en effet, tous les citoyens actifs seront 
appelés, de par la Constitution civile du clergé, au scrutin 
pour l'élection des curés, et tous les électeurs du second degré 
pour l'élection des évêques. Enfin, plus que toute autre raison 
peut-être, la proximité de la frontière devait accroître, ici, 
l'eflcrvescence révolutionnaire : lorsque le cardinal de Rohan 
se sera retiré dans la partie transrhénane de son diocèse, 
inspirant de là ses fidèles restés en Alsace, — lorsque l'affaire 
des {( princes possessionnés » * aura provoqué le conflit avec 
l'Empire, — Strasbourg tressaillira d'autant plus fiévreuse- 
ment qu'elle se sentira plus directement menacée par l'inva- 
sion étrangère. 

I . On appelait ainsi un certain nombre de princes d'Empire (dont le prince- 
évêque de Strasbourg), qui possédaient de vastes domaines en Alsace, où ils 
exerçaient encore quelques-uns do leurs anciens droits féodaux ; l'Assemblée 
Nationale ayant aboli, le [\ août 1789, le régime féodal dans tout le royaume, 
les princes possessionnés protestèrent, puis en appelèrent à l'empereur. 



52 LA CATHÉDRALE DE STRASBOURG. 

Sans doute, le dimanche i5 mars 1789, quand lecture lut 
donnée au prône de l'arrêté du Magistrat de Strasbourg qui, 
conformément à l'ordonnance royale du 7 février, fixait la 
date des opérations électorales en vue de la réunion des États- 
Généraux, l'auditoire n'imaginait pas de quels tumultes sa 
cathédrale allait bientôt retentir. Quelques beaux élans d'en- 
thousiasme donnèrent d'abord l'illusion de la concorde. Le 
18 mars 1790, la municipalité élue en conséquence de l'or- 
ganisation nouvelle, célébra solennellement son entrée en 
fonction; le maire, Frédéric de Dietrich, et ses collègues, 
après avoir, à l'Hôtel de Yille, reçu le pouvoir des mains du 
Magistrat intérimaire et prêté le serment civique sur la Place 
d'Armes, se remirent en marche, au son des cloches, au 
bruit du canon, vers la cathédrale. Là, montant en chaire, 
l'abbé de Kentzinger rendit hommage au zèle et aux talents 
de Dietrich, « avec autant d'empressement, lui dit-il, que si 
vous étiez né dans notre Église », prévoyant l'union de tous 
pour le salut de la patrie, l'union aussi dans « le respect que 
les peuples les plus éclairés se sont fait une gloire » d'accorder 
à la religion ; en un mot, termina-t-il, « nous serons chrétiens, 
frères, amis. Français, nous crierons tous : Vive la Nation, 
vive la Loi, vive le Roi!» Quelques semaines plus tard, à 
l'occasion de la grande fête patriotique des gardes nationales 
d'Alsace, de Lorraine et de Franche-Comté, le maire — ce 
même Dietrich chez qui, bientôt. Rouget de Lisle chantera 
son Chant de guerre pour l'Armée du Rhin — reçut leurs délé- 
gués sur la plate-forme de la cathédrale : ils avaient obtenu 
(( la permission de pavoiser les tourelles et la pointe de la 
flèche de pavillons aux couleurs de la Nation ». Ce furent les 
premiers drapeaux tricolores déployés à Strasbourg, et « ce 
spectacle vu des rives opposées du Rhin, dit le procès-verbal 



NOTICE HISTORIQUE. 53 

officiel, apprit à l'Allemagne que l'empire de la liberté est 
fondé en France ». 

Mais la concorde ne pouvait être qu'illusoire et passagère. 
Le décret sur les biens ecclésiastiques mis à la disposition de 
la nation (novembre 1789), le départ du cardinal de Rohan 
pour sa résidence d'Ettenhcim — sur territoire allemand, au 
delà du Rhin — (juin 1790), la promulgation de la Consti- 
tution civile du clergé (juillet-août 1790), la protestation du 
cardinal (novembre 1790), soulevaient violemment l'émotion 
publique. Pourtant, malgré l'agitation des esprits, la cathé- 
drale était encore intacte. On y toucha pour la première fois 
à la suite de l'élection de l'évêque constitutionnel, l'abbé 
Brendel (6 mars 1791) : le Conseil général de la Commune 
décida de faire enlever, avant la célébration de la messe d'in- 
tronisation du nouvel évêque, les armoiries des Rohan sculp- 
tées sur le trône épiscopal et celles des chanoines du « ci- 
devant )) Grand-Chapitre sculptées sur les stalles du chœur, 
emblèmes survivants d'une féodalité abolie. C'était une dé- 
gradation encore timide et qui ne fut, pendant longtemps, 
suivie d'aucune autre. Même, avec l'imminence de la guerre, 
avec l'ouverture des hostilités, avec l'invasion de la France, 
la surexcitation eut beau grandir : à ce moment, et jusqu'au 
dernier trimestre de 1793, un reste de respect faisait encore 
hésiter, retenait les gestes dans les limites d'une honnête au- 
dace. Quelques brutalités entre « jureurs » et « non-jureurs», 
comme l'évêque Brendel et le curé Jaeglé, un jour de mars 
1791, devant l'autel de saint Laurent; quelques sermons 
étranges, comme celui du vicaire épiscopal Schwind, sur « les 
Papes dans toute leur nudité, parallèle entre la vie de Jésus 
et celle de ses successeurs »; et c'était tout. Il est vrai qu'en 
transmettant aux Strasbourgeois l'ordre de l'Assemblée Lé- 

5. 



54 LA CATHÉDRALE DE STRASBOURG. 

gislative du i4 août 1792 de convertir en canons le bronze 
de tous les monuments publics, l'arrêté municipal ajouta que 
tous les emblèmes de la féodalité et du fanatisme qui se 
trouvaient encore dans les édifices publics devaient être dé- 
truits immédiatement, et qu'en exécution de cet arrêté sans 
doute, on enleva leurs sceptres et leurs couronnes de pierre 
aux trois statues équestres de Glovis, Dagobert et Rodolphe 
de Habsbourg qui se trouvaient dans les contreforts évidés de 
la façade occidentale, au-dessus des portails, à la hauteur du 
premier étage. Mais on apporta beaucoup de ménagements à 
l'opération, et ce découronnement de trois statues n'apparais- 
sait pas nécessairement comme une manifestation haineuse 
contre la religion. De même, quand, près d'un an plus tard, le 
12 juillet 1793, on installa le télégraphe optique sur la plate- 
forme de la toiture qui, depuis l'incendie de 1769, remplaçait 
l'ancienne mitre au-dessus de la coupole du chœur; ou que, 
le II septembre, les délégués du Comité de Salut Public re- 
quirent la municipalité de faire exécuter les décrets relatifs à 
la fonte des cloches ordonnée par toute la République*, on 
ne peut pas considérer non plus qu'il s'agit déjà de prescrip- 
tions vexatoires ou méchamment destructrices. 

Cependant d'autres indices apparaissaient, plus inquiétants. 
La situation générale dans la ville, l'état des esprits s'étaient 
peu à peu modifiés. Les meneurs des clubs étaient arrivés 
au pouvoir. Les sincères de l'Église catholique conformiste 
n'avaient plus personne pour les soutenir; et les violents, 
abjurant le sacerdoce, allaient de plus en plus à la politique. 
La chaire de la cathédrale, une fois par semaine, devenait 
laïque, le citoyen Lanfrey étant chargé d'y lire et commenter 

I. Voir p. i83. 



NOTICE HISTORIQUE. 55 

tous les huit jours, au nom de la municipalité, les pièces 
envoyées par la Convention. On n'en était plus au temps où 
Euloge Schneider, \icaire épiscopal, lui aussi, comme le fou- 
gueux Schwind, et dès lors ardent révolutionnaire, engageait 
encore ses auditeurs à ne pas haïr leurs frères « malades du 
fanatisme», comme il disait. Libre maintenant de tout lien 
avec son ancienne carrière, il s'était fait nommer accusateur 
public près le Tribunal criminel du Bas- Rhin, réclamait l'éta- 
blissement d'un tribunal révolutionnaire affranchi des formes 
légales, et ne gardait guère de son passé que des habitudes de 
style : quand le représentant Dentzel apporta à Strasbourg (le 
8 juillet) le texte de la Constitution de 1793, Euloge Schneider 
salua en lui « le porteur du nouveau Livre de vie )) . . . L'au- 
tomne de 1793 approche. Le danger national grandit. La levée 
en masse, décrétée par la Convention le 23 août, est promul- 
guée à Strasbourg depuis le 9 septembre. Voici octobre, les 
lignes de Wissembourg forcées par l'ennemi, l'entrée triom- 
phale des émigrés à Haguenau, la population de quelques 
villages catholiques allant tout entière à leur rencontre, 
drapeau blanc en tête; Saint-Just et Lebas, représentants 
en mission, organisent le tribunal révolutionnaire, frappent 
un impôt forcé de neuf millions de livres sur les riches, 
réquisitionnent deux mille lits, dix mille paires de sou- 
liers... 

C'est dans cette atmosphère que naquit le projet de fête de 
la Raison. Le 20 brumaire ^ la municipalité avait reproduit 
la défense du Département relative à l'exercice d'un culte 
quelconque. Le 27, à l'instigation du maire, Monet, elle 
arrête que le décadi sera le seul jour de repos à l'avenir et 

I. .\n II î i5 novembre 1798. 



56 LA CATHÉDRALE DE STRASBOURG. 

que (( l'édifice de l'église catholique sera destiné à servir à la 
célébration du culte national » . Aussitôt grande réunion pré- 
paratoire à la cathédrale : discours de Monet : « Le prêtre a 
toujours été d'accord avec le tyran... » ; serment du peuple 
déclarant qu'il ne veut plus reconnaître de prêtres; enfin, au 
milieu des acclamations générales, le maire annonce qu'au 
prochain jour décadaire le lieu de la séance sera consacré à un 
Temple de la Raison. Fol enthousiasme qui ne manquait pas 
de générosité : cette foule n'éprouvait pas seulement la joie 
d'avoir entendu pour la première fois — dit Schneider dans 
son journal ^r^os — « l'antique cathédrale retentir de paroles 
inspirées par la Raison pure » ; un autre sentiment encore 
l'animait, quand s'éleva sous les voûtes, entonné par des mil- 
liers de voix, l'hymne qui était parti de Strasbourg pour 
devenir celui de la nation : Amour sacré de la Patrie! 

Le grand jour arriva, « le jour de la troisième décade ». 
(( A la voix de la Philosophie » , dit une relation contempo- 
raine*, la cathédrale avait été a purifiée », entre le 27 et le 
3o brumaire, de « tous les ornements ridicules qui servaient 
aux cérémonies du fanatisme » : coût de cette destruction : 
SgS livres. Quand le cortège populaire, précédé du buste de 
Marat au milieu de faisceaux et de piques, arriva à la cathé- 
drale, il put voir un immense drapeau déroulant ses plis au- 
dessus du grand portail de la façade, et un écriteau portant 
ces mots : « La lumière après les ténèbres ». Puis, le portail 
franchi, au bout de la nef ornée de drapeaux tricolores, à la 
place de la vieille chaire de Geiler de Kaysersbcrg — qui avait 
été démolie, avec précaution, heureusement — une largo 

I. « Description de la fête de la Raison, cclébréo pour la première fois à 
Strasbourg, le jour de la 3" décade de brumaire de l'an II de la Répu- 
blique », dans II. Reuss (oav. cilé, p. I\Z2 et suiv.). 



Monument élevé dans le chœur de la Cathédrale pour la fête do la Raison 
(3o brumaire an II). (D'après une cravTire du temps.) 



58 LA CATHÉDRALE DE STRASBOURG. 

tribune, sur laquelle flottaient deux bannières portant en 
lettres d'or, l'une : « Le trône et Vautel avaient asservi les 
hommes », l'autre : « La raison et la force leur ont rendu leurs 
droits)). Enfin, au fond du chœur, un échafaudage en planches, 
supportant une espèce de décor de théâtre hâtivement brossée 
Tout au sommet, une figure en terme, la Nature aux nom- 
breuses mamelles ; près d'elle, la Liberté brandissant au bout 
d'une pique le bonnet phrygien; de chaque côté, des génies 
ailés (on voudrait les appeler des anges) font gracieusement des 
gestes énergiques : deux d'entre eux, à droite, unissent leurs 
forces pour porter un faisceau a lié par un ruban tricolore, 
symbole des quatre-vingt-cinq départements réunis, appuyé 
sur la tête du fanatisme » qui gît à leurs pieds ; le troisième 
petit génie, à gauche, manie la forte massue dont il frappe 
encore tous ces « monstres à face humaine » enfin abattus, le 
fanatisme et ses amis, avec leurs attributs, livre trompeur, 
ciboire, encensoir, tous ces « reptiles à demi ensevelis sous 
les éclats de rocher » par cette « catastrophe terrible » qui 
« s'était nouvellement passée dans le sein » de la montagne. 
Plus bas, (( des prêtres de toutes les sectes : des rabbins avec 
les feuilles lacérées du Talmud, des ministres catholiques et 
protestants qui semblaient se charger encore de leurs ana- 
thèmes réciproques. Parmi ces prêtres on en remarquait un 
surtout, couvert d'un costume religieux, cachant la perversité 
de son âme sous les dehors de la pénitence et cherchant à 
séduire l'innocence d'une jeune vierge qu'il voulait cor- 
rompre... » Et, tout au bas de la montagne, « un marais 

I. Voir R. Reuss (ouv. cité, p. ^36). Ce n'étaient certainement pas des 
figures sculptées, et c'était probablement autre chose qu'une simple peinture. 
Ou peut-être des tableaux vivants? On manque de renseignements précis sur 
ce point. 



NOTICE HISTORIQUE. 5c^ 

d'où semblaient s'élever des exhalaisons impures », symbo- 
liques, apparemment, des « impostures )> du passe... Voilà 
pour le décor. — Quant à la cérémonie, elle ne fut pas moins 
pompeuse. La foule frémissante s'installe sur de vastes gra- 
dins étages le long des murs; l'u Hymne à la Nature » s'élève, 
entonné par dix mille chanteurs, dit le procès-verbal ; puis, 
le maire Monet monte à la tribune, puis le citoyen Adrien 
Boy, chirurgien en chef de l'armée du Rhin, puis Euloge 
Schneider; puis de nouveaux chants se font entendre, et des 
prêtres défilent, abjurant « leurs erreurs », promettant a de 
ne plus tromper le peuple » ; — et la place de la Cathédrale 
va s'appeler place de la Responsabilité. 

Pourtant, si la religion était travestie, l'édifice lui-même 
n'avait pas encore subi les irrémédiables dégradations. 
L'heure en était proche, maintenant. Le 4 frimaire an II 
(24 novembre 1793), les représentants en mission chargèrent 
la municipalité « de faire abattre dans la huitaine toutes les 
statues de pierre qui sont autour du temple de la Raison » . 
La majorité du corps municipal temporisa, résista même, 
déclarant, par sa délibération du 12 frimaire, que l'administra- 
teur des travaux publics avait déjà « donné les ordres pour 
faire abattre toutes les statues isolées placées à l'extérieur dudit 
temple ^ ; qu'une partie en était actuellement abattue [proba- 
blement les statues équestres de Clovis, Dagobert et Rodolphe] et 
que l'autre le serait aussi vite que la rareté actuelle des ou- 
vriers le permettait; que, quant au grand nombre des statues 
qui font partie de l'architecture même, et qui ne pourraient 
être enlevées sans dégrader l'édifice », l'administrateur des 
travaux publics u croyait que la loi s'opposait à leur démoli- 

I. (( Qui auraient pu, — lit-on dans une des picces-annexes — , nous rap- 
peler le souvenir dg notre esclavage ou réveiller nos anciens préjuges. » 



6o LA CATHEDRALE DE STRASBOURG. 

tion )) ; qu'en effet le décret de la Convention Nationale du 
6 juin 1793 (( prononce la peine de deux années de fers contre 
quiconque dégradera les monuments nationaux » ; qu'il y a 
lieu d'approuver « les mesures susdites prises par l'adminis- 
trateur des travaux publics » ; qu'il en sera fait part auxdits 
représentants du peuple, et qu' « il leur sera observé en même 
temps que l'édifice de la Cathédrale tenant un rang distingué 
parmi les monuments nationaux, la commission municipale 
croit que ce serait contrevenir à la susdite loi en abattant les 
statues qui font partie de l'architecture dudit édifice. » 

Le maire, Monet, essaya de faire rapporter cette partie de 
l'arrêté, ou d'en restreindre la portée : il voulut demander la 
conservation des seuls ornements dont la destruction nuirait 
à la solidité de la cathédrale. La municipalité résista au maire. 
Elle ne changea rien à sa motion. Et pourtant, à cette heure 
même, elle donnait plus d'un témoignage non douteux de son 
dévouement au culte de la Raison. Mais elle aimait sa Cathé- 
drale, tandis que Monet, Savoyard, n'avait sans doute pas les 
mêmes raisons de l'aimer. Irrité de n'avoir pu convaincre ses 
collègues, il ordonna directement et immédiatement à l'admi- 
nistrateur des travaux publics, Gérold, « de faire enlever dans 
le plus bref délai, en conséquence de l'arrêté des représen- 
tants du peuple Saint-Just et Lebas, toutes les statues du 
temple de la Raison ; en conséquence, de requérir non seu- 
lement les ouvriers, mais les citoyens en état de se servir d'un 
marteau, pour les abattre le plus promptement possible, n 
Dernière tentative de résistance : l'administrateur des travaux 
publics fît desceller, avec précaution, par quelques ouvriers 
experts, les statues qui couvraient la façade; il en sauva ainsi 
soixante-sept, qu'il cacha soigneusement. Mais il ne put faire 
davantage : les « citoyens en état de se servir d'un marteau )) 




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NOTICE HISTORIQUE. 6i 

survinrent, et les marteaux firent leur office. Par bonheur les 
ouvriers de l'Œuvre Notre-Dame ne mettaient aucun entrain 
à cette besogne de destruction, et les autres, iconoclastes sans 
héroïsme, ne se risquaient pas à monter très haut dans l'édi- 
fice. Au bout de deux jours, le 19 frimaire, on déclara le tra- 
vail terminé*. Pendant l'opération, un savant professeur de la 

I. J. F. Hermann, t. I, p. 383, a donné une nomenclature de ces destruc- 
tions et mutilations d'après le procès-verbal du 6 germinal an III : « Au grand 
portail, on démonta quinze grandes statues sur piédestaux; on abattit un grand 
nombre de figures représentant soixante et dix faits historiques de la Bible, 
taillées dans des cannelures en bosse ou bas-reliefs. On détruisit encore [en 
partie, nous le verrons plus loin] le grand bas-relief placé au-dessus de la porte 
et représentant un grand nombre de faits historiques ; vingt-quatre statues 
placées entre des colonnes de très petit module, très artistement travaillées ; 
de même douze statues appelées les musiciens [disposées sur un des deux gables 
au-dessus du grand portail]. — Aux deux portails latéraux, on démonta vingt- 
[juatre statues sur piédestaux ; . . . toutes les figures en bosse placées dans les 
cannelures des cintres des deux portails ; les deux bas-reliefs au-dessus des 
deux portails ; les trois grandes statues équestres représentant les rois Clovis 
et Dagobert et l'empereur Rodolphe d'Habsbourg; treize statues au-dessus de 
la rosace avec des figures en bas-relief, travaillées en bosse... Quatre pommes 
Je pin, servant d'ornement aux tourelles, furent abattues ; les ignorants van- 
dales les prenaient pour des fleurs de lis. — Au portail connu sous le nom 
de Saint-Laurent furent abattues dix statues sur des piédestaux ; sous un bal- 
daquin, saint Laurent couché sur un gril, au-dessus du portail ; trois autres 
statues dans l'intérieur du baldaquin... — A la façade vis-à-vis du château 
royal, ci-devant palais épiscopal : quinze statues sur piédestaux; deux bas- 
reliefs en bosse au-dessus des deux portes... — A la prétendue croix, au som- 
met de la flèche, on a abattu les ornemens arabesques et les extrémités 
regardées à tort comme des fleurs de lis... — Dans la chapelle de la Croix 
)u de Sainte-Catherine, cinq statues... » — Malgré l'apparente précision de 
nomenclature, il règne encore, à notre avis, quelque incertitude sur les 
^ causés à l'édifice pendant ces journées révolutionnaires : ainsi, le fait 
|ue certaines séries de ces statues ont été conservées presque intactes et que 
telle autre a complètement disparu (les Apôtres du portail du croisillon sud), 
pourrait provoquer plus d'une question. Peut-être la nomenclature rapportée 
par Hermann mériterait-elle un examen approfondi, au lieu de servir simple- 
ment de base à des appréciations diverses où apparaissent parfois des velléités 
de comparaison entre le « vandalisme » de la Reforme et celui de la Revo- 



6a LÀ CATHÉDRALE DE STRASBOURG. 

ville, Hermann*, avait eu le courage d'écrire au Département 
pour rappeler que, d'après la volonté de la Convention, « les 
pièces de l'art et de la curiosité qui pourront servir à l'instruc- 
tion » doivent être conservées ; que les statues de la cathédrale 
méritent « d'être conservées dans le cabinet national servant 
à l'histoire de l'art de la sculpture, du costume des temps où 
elles ont été faites et à l'histoire en général, plusieurs étant 
allégoriques et exprimant le génie et les idées de ces siècles 
reculés » ; qu'en conséquence il convient « de ménager ces 
statues le plus possible et de leur faire assigner une place où 
elles soient à l'abri de toutes injures, jusqu'à ce qu'elles 
puissent en trouver une où elles seront disposées d'une ma- 
nière qui réponde aux vues de la Convention Nationale )). 
Hermann réussit à recueillir un certain nombre de têtes mu 
tilées qu'il déposa à la Bibliothèque de la ville en les ornant 
d'épigrammes latines contre Monet et ses amis. 

Avant la fin de l'époque troublée, la cathédrale faillit subii 
une dégradation plus grave encore que celle des journées d( 
frimaire. En floréal-prairial an II (mai-juin 1794)» le citoyer 
Téterel — un Lyonnais, comme on l'a vu — reprit comme 
officier municipal la motion qu'il avait faite quelques moi: 
auparavant aux Jacobins, de faire abattre la flèche de h 
cathédrale, qui blesse profondément le sentiment de l'égalité 
La municipalité eut recours à un subterfuge : mieux valait 
pour produire le même efl'et et à meilleur compte, arborer su 
la croix, tout en haut de la flèche, au-dessus de la couronn^ 
le symbole de la liberté. On hissa donc jusqu'à cette place ui 
immense bonnet phrygien en tôle, de couleur rouge vive, d'oi 

lution (Voir G. Save, La Panagla du Dôme de Strasbourg, Strasbourg, i! 
p. 64 et suiv.). 

I. Frère de l'aulcur des Notices... ci-dessus. 



NOTICE HISTORIQUE. 63 

descendaient, pour couvrir les bras de la croix, d'immenses 
guirlandes de feuilles de chêne, en tôle également'. — C'est 
ainsi que le dévouement des Strasbourgcois à leur cathédrale 
retarda, puis limita les effets de la fureur où s'égaraient quel- 
ques révolutionnaires généralement venus du dehors; pour 
ceux-ci la cathédrale n'était qu'une église, — pour ceux-là, 
elle était quelque chose de leur vie et de leur cœur. 

D'autres fêtes aussi que la fête de la Raison, souvent cal- 
quées sur elle, furent célébrées dans la cathédrale, jusqu'à ce 
qu'y revînt définitivement la paix de l'Église catholique. Fête 
des défenseurs invalides de la patrie ou installation solennelle 
de la nouvelle Commission révolutionnaire, fête en l'honneur 
de l'Être Suprême, fêtes décadaires, anniversaire de a la juste 
punition du dernier roi des Français » ou cérémonie funèbre 
en l'honneur des plénipotentiaires français assassinés à Rastatt, 
fête de la Souveraineté du peuple, fête de la Reconnaissance, 
— ce fut toujours la même fureur philosophique, le même 
lyrisme pompeux, la même musique de Pleyel, et des «acces- 
soires » sans doute de plus en plus nombreux, puisqu'on 
dut créer, au temple de l'Être Suprême, un « magasin de tous 
les objets de représentation pour orner les fêtes publiques )). 

Enfin, après avoir, à travers les vicissitudes religieuses des 
dernières années du siècle, servi parfois simultanément aux 
catholiques apostoliques romains, aux prêtres constitution- 
nels, aux associations religieuses de laïques, au culte décadaire, 

I. Quelques semaines après la motion de Téterel, les Administrateurs du 
Bas-Rhin écrivaient à Ilentz et Goujon, représentants en mission (7 thermidor 
an II, a5 juillet I79'4) : « .. Ordonnez donc, citoyens reprcsenUints, que tous 
les clochers et tours soient abattus, excepté cependant ceux qui, le long du 
Rhin, seront reconnus être utiles aux observations militaires, et celui du 
temple dédié à l'Être Suprême, à Strasbourg, qui présente un monument 
ftossi hardi que précieux et unique do l'ancionno architectuve... » 



64 LA CATHÉDRALE DE STRASBOURG. 

sans que jamais la municipalité, quoique en majorité protes- 
tante, songeât à la reprendre pour ses coreligionnaires, — la 
cathédrale fut rendue, définitivement et exclusivement, au 
culte catholique, le 4 octobre 1801 *. 

Au cours du xix^ siècle, — outre la réparation des dom- 
mages causés par les révolutionnaires et à laquelle s'em- 
ployèrent énergiquement les trois sculpteurs Malade, Vallastre 
(1765-1833) et Grass (1801-1876), — quelques additions et 
suppressions ont été faites à l'édifice. Une statue équestre de 
Louis XIV a été placée, sous la Restauration (182 3), dans la 
niche vide du quatrième contrefort de la façade^. On a établi 
le paratonnerre, en i835^. Le parvis a été abaissé d'environ 
un mètre, ce qui « a allongé démesurément les jambages des 
trois portes » ^ et ne permet plus de voir que « sous un angle 
aigu » les belles statues du portail ^. A la même époque, on 

I. Par suite d'une application erronée du décret du i3 frimaire an II con- 
cernant les Fabriques, les biens et les revenus de l'Œuvre Notre-Dame furent 
mis à la disposition de la nation (4 thermidor an III). L'ancien état de choses 
fut rétabli par le décret du 3 frimaire an XII. 

3. Au premier étage; les trois niches des autres contreforts étant occupées, 
comme on sait, par les statues de Clovis, Dagobert et Rodolphe de Habsbourg. 

3. Dès 1780, Barbier de Tinant, commissaire des guerres, avait, dans un 
mémoire à l'Académie des sciences, proposé l'établissement d'un paratonnerre 
sur la flèche de la cathédrale ; et Franklin, rapporteur lui-même du projet 
avait conclu favorablement. 

U- Rapport de Viollet-le-Duc {Inspection générale des Monuments Diocésains, 
i853). 

5. Rapport de Prosper Mérimée à la Commission des Monuments historiques 
(séance du 2I1 mai i844)- Nous avons consulté ces deux rapports inédits, 
ainsi que la lettre de Mérimée dont il est question plus loin, au Sous-Secré- 
tariat d'État des Beaux-Arts. Que MM. Paul Léon, chef de la division d'ar- 
chitecture, et J. Berrde Turique, chef du bureau dos Monuments historiquea 
dont l'aimable obligeance nous a facilité l'accès de ces documents, veuillei 
bien recevoir ici nos remerciements sincères. 



CATHÉDRALE DE STRASBOURG 




L'ANCIEN ET LE NOUVEAU TESTAMENT 
(Portail méridional) 



NOTICE HISTORIQUE. 65 

a supprimé les petites boutiques sur le côté nord, en laissant 
seulement subsister, et après de vives polémiques*, les arcades 
qui leur servaient de façade (1848); mais on ne vida point le 
côté sud, où l'atelier des tailleurs de pierre continue de s'abri- 
ter derrière l'ingénieuse construction de Gœtz. Le télégraphe 
à bras de la coupole a été enlevé (i852). 

Mais d'autres travaux, ou d'autres circonstances, ont affecté 
plus généralement la cathédrale, pendant les cent dernières 
années, que ces modifications de détail"^. 

D'abord, le badigeonnage de i836^, badigeonnage de l'inté- 

I . On perçoit sans doute un écho de ces discussions dans les appréciations fort 
divergentes de Mérimée et de Viollet-le-Duc {Rapports ci-dessus). La destruc- 
tion de ces arcades, dit Mérimée, « serait regrettable sans aucun doute. Il est 
à remarquer que cette construction exécutée au xvui* siècle, imite assez bien 
le style de la cathédrale, et que l'efTet général en est satisfaisant. Enfin qu'elle 
empêche d'approcher du pied des contreforts et d'y apporter des immondices. 
La suppression des boutiques, et l'ouverture des arcades donnerait de l'air 
aux murs de l'église, et la clôture les protégerait de toute insulte. Cette dis- 
position consacrée par un siècle d'existence paraît devoir être respectée «. 
Viollet-le-Duc, au contraire : « Dans le siècle dernier on a élevé des deux 
côtés de la nef des boutiques avec devanture en pierre ayant la prétention de 
rappeler le style de la cathédrale ; du côté nord les boutiques ont été vidées et 
il ne reste que la devanture que l'on considère probablement comme une 
œuvre d'art remarquable. Cette devanture n'est qu'une clôture percée de 
fenêtres à meneaux fort laides et sans aucune utilité ; quoique ce mur ne soit 
qu'une claire-voie, il entretient cependant de ce côté l'humidité à la face de 
l'édifice. Du côté sud, les boutiques servent de magasins et de chantiers, on 
a l'intention de les vider comme celles du nord et de restaurer ces fenêtres 
sans but; le mieux serait de dégager franchement l'édifice d'une ridicule 
décoration qui le déshonore, d'autant plus que les anciens bas-côtés sont fort 
beaux » . 

3. On ne parle pas ici des travaux concernant les vitraux, l'horloge, etc., 
dont il sera question plus loin (voir p. i53 etsuiv.). 

3. Ce n'était pas le premier : il y en avait eu au moins deux auparavant ; mais 
ce fut le dernier. Le précédent — blanchissage à la chaux, 17G9 — avait déjà 
provoqué les regrets de Grandidier (ouv. cité, p. 26o) : la nef, disait-il, « a 
perdu par là cette teinte vénérable et cette obscurité imposante, qui augmente 
dans les temples le respect religieux ». 

6. 



66 LA CATHÉDRALE DE STRASBOURG. 

rieur de la nef, puis des murs et des piliers du transept, le 
tout en « couleur de nankin )) *, entrepris malgré de violentes 
discussions où faillirent se rallumer « les vieilles querelles de 
religion», dit Prosper Mérimée, inspecteur général des Monu- 
ments historiques, dans une lettre au Ministre^ : « car les 
badigeonneurs étaient soutenus par les protestants et les anti- 
badigeonneurs, catholiques pour la plupart, se plaignaient que 
la direction des travaux d'une église catholique fût confiée à 
un protestant ». En même temps, on rétablissait l'ancienne 
peinture — bleu, rouge et or — aux nervures des chapelles 
latérales, et « le pitoyable badigeon qui couvre tout le reste » 
en ressortit encore davantage : ainsi, ajoute Mérimée, « ces 
jeunes gens qui laissant croître leur barbe et leurs cheveux, 
d'ailleurs portant des fracs et des pantalons, se croient un cos- 
tume du moyen âge. » Il fallut cette intervention énergique 
pour provoquer l'ordre de ne pas pousser plus loin « ce bar- 
bouillage ». 

Vint, en revanche, quelques années plus tard, une période 
de restauration raisonnée. En 1842, la Société française d'ar- 
chéologie, tenant à Strasbourg son 10*' Congrès, s'occupa de 
la question du chœur, pour essayer de lui rendre enfin son 
caractère primitif trop longtemps défiguré par des transfor- 
mations successives. Les principales conclusions de la com- 
mission furent : qu'il fallait le débarrasser de la décoration 
dont l'avaient orné les dernières années du xvii® siècle et que 
le xviii^ avait perfectionnée à sa manière ; le restaurer en se 
conformant au type romano-byzantin de transition ; et, entre 
autres mesures complémentaires, couvrir d'une fresque à fond 

1. D' Eissen (arl. cilé, p. 199). 

2. Datée de Strasbourg, i5 juin i830. (^Archives des Monuments historiques). 
Yoir Bévue alsacienne illustrée, n" III de 191 o. 



NOTICE HISTORIQUE. 67 

d'or la voûte de l'abside, ainsi que celle delà coupole. Il y eut 
bien une protestation : celle d'André Friederich, le sculpteur 
strasbourgeois : « vouloir faire de l'histoire dans une église, 
non seulement en conservant, mais en restaurant des parties 
qui ne s'harmonisent pas à l'ensemble, ce n'est pas servir 
l'art. . . * » , il ne faut pas « faire de l'histoire » , mais de l'unité ; 
et Friederich, même après la décision du Congrès, essaya de 
faire triompher son opinion, dans une lettre destinée au Mi- 
nistre, et qui se terminait par cette formule énergique : 
(( point de peintures, point de byzantin-... )> Ce fut en vain. 
Les travaux furent exécutés selon le programme de iS^a. 
iVctivement et ingénieusement, l'architecte Klotz^ s'appliqua 
à réaliser la pensée du Congrès (i 848-1 85o). C'est dans la 
préparation ou au cours de son travail qu'on s'aperçut que 
les ornements du xvii' et du xyiii" siècles, en bois et plâtre, 
avaient été simplement fixés au mur de l'abside par des cram- 
pons de fer; que cette décoration n'avait, par son exécution, 
et malgré son luxe apparent, qu'un caractère provisoire; et 
que rien d'essentiel n'avait été enlevé à la construction primi- 
tive. En même temps, Klotz ramena le chœur à ses dimensions 
d'autrefois, rendant à la nef la première travée qu'elle avait 
abandonnée au chœur en 1732; et cette opération fit décou- 
vrir le vieil escalier central de la nef à la crypte, sous un mon- 

1. Congrès scientifique, t. I, p. 482. 

2. Lettre du 3 mai i843 à M. E. Grille de Beuzelin {Archives des Monuments 
historiques). 

3. Les architectes titulaires do la cathédrale au xn* siècle ont été : Antoine 
Klotz (i79'4-i8ii), — Spindier (i823-i835), —Gustave Klotz (i838-i88o), 
— Aug. Hartel(i889-go), — Fr. Schraitz (1890- 189/,),— Louis Arntz (1897- 
1902). L'architecte actuel est l'éminent M. J. Knauth. M. Knauth a bien voulu 
nous donner les plus grandes facilites pour poursuivre utilement notre élude 
6ur place ; qu'il nous permette do lui réitérer ici nos remerciements pour l'ama- 
bilité de son accueil. 



68 LA CATHÉDRALE DE STRASBOURG. 

ceau de décombres qui servaient de fondations et parmi les- 
quels se retrouvèrent des fragments du jubé. Pourtant, ce 
n'est pas par cet escalier central enfin dégagé qu'on rétablit la 
communication ordinaire avec la crypte, mais par deux nou- 
veaux escaliers latéraux qu'on disposa à la place même où 
descendaient autrefois ceux qui avaient été purement et sim- 
plement détruits en 1782. En conséquence, les deux escaliers 
construits en 1782 dans les croisillons, au pied des grosses 
colonnes latérales du chœur, furent supprimés; détruits, de 
même, les murs à hauteur du premier étage qui, depuis la 
même époque, séparaient à cet endroit le chœur des croisil- 
lons ; détruites aussi les deux tribunes, contemporaines égale- 
ment, de l'avant-chœur. 

Et ce fut, en 1870, le bombardement. Des 198000 pro- 
jectiles allemands qui tombèrent, jour et nuit, sur la ville, 
entre le i4 août et le 27 septembre, la cathédrale, qu'une artil- 
lerie exacte ne ménageait point, reçut vaillamment sa part. 
C'est dans la nuit du 18 au ig août qu'elle fut touchée pour la 
première fois. Dans la nuit du 26 au 26, les projectiles mirent 
le feu aux toitures de la nef et du chœur; c'étaient, charpente 
et cuivre, celles qui avaient été construites à la suite de l'in- 
cendie de 1759. Le feu s'étendit sur 60 mètres de longueur, 
i5 mètres de largeur, dévorant 600 stères de bois, 12 000 ki- 
logrammes de cuivre, mais il n'entama pas les voûtes. L'in- 
cendie éteint, les obus continuèrent à pleuvoir, pendant un 
mois encore. Clochetons et balustrades, escaliers et gargouilles, 
couronnements de niches, statues, piliers, il y eut des dégâts 
partout, dans toutes les parties de l'édifice, à toutes les hau- 
teurs, sur tous les côtés, particulièrement au nord, à l'angle 
nord-ouest, qui se trouvait sous le coup des batteries fixes 
établies près de Schiltighcim. Heureusement, les arcs-boutants 



CATrîÉDRALE DF: STRaSBOURC 




'ANCIEN TESTAMEN 
CFrapnsr.t) 



NOTICE HISTORIQUE. 69 

et les contreforts restèrent indemnes : sans ce hasard, c'en était 
t'ait de la cathédrale. La flèche elle-même fut endommagée : 
elle reçut en tout treize projectiles, dont un, lancé le i5 sep- 
tembre un peu après midi, l'atteignit tout en haut, à la partie 
supérieure du dais en forme de pyramide qui couvre les huit 
colonnes de la couronne et qui supporte la croix; l'endroit 
frappé était à 4 mètres au-dessous du point extrême de la flèche, 
et la déviation de la verticale au sommet, qui s'ensuivit, fut 
de o'°,6o environ; la chute de la croix n'a été empêchée que 
par les crampons de fer qu'avaient nécessités des réparations 
antérieures, et par les conducteurs du paratonnerre. C'est le 
jour même de la capitulation, le 27 septembre, que la cathé- 
drale reçut son dernier projectile : il pénétra, à une heure et 
demie de l'après-midi, dans l'intérieur de l'église par la sep- 
tième fenêtre du côté nord de la nef (la fenêtre à demi 
aveuglée entre les orgues et la tour). Quelques heures plus 
tard, le drapeau blanc était hissé sur une des quatre tourelles, 
celle du nord-est. 

La plupart des travaux qui suivirent la reddition de la place 
curent pour objet la réparation des dégâts causés par le bom- 
bardement : redressement de l'extrémité de la flèche, qu'il 
iallut opérer immédiatement pour empêcher la chute mena- 
anle de la croix; réparations de la pierre de taille, recon- 
struction de toitures, réparations au mobilier. D'autres tra- 
vaux, retardés par les événements, comme l'achèvement de la 
série des statues aux contreforts des tours sur le type des trois 
anciennes statues équestres du premier étage, furent menés à 
bien en même temps. Enfin, le nouveau couronnement de la 
coupole du chœur, quoiqu'on en eût parlé près de vingt ans 
avant la guerre, fut une conséquence directe du désastre. Le 
couronnement ancien — que ce fût la mitre détruite en 1 769 



70 LA CATHÉDRALE DE STRASBOURG. 

OU la toiture à pyramide tronquée avec terrasse qui portait le 
télégraphe optique — n'avait jamais été en harmonie avec la 
galerie romane du xu^-xiii* siècle qui lui servait de base; 
d'autre part, il était depuis longtemps écrasé, contrairement 
sans doute aux conceptions premières, par le voisinage d'une 
nef trop haute par rapport à lui. Aussi la question d'un 
couronnement nouveau fut-elle posée dès l'enlèvement du 
télégraphe en i852 ; mais, au milieu d'opinions trop diverses, 
elle avait été laissée en suspens. L'incendie du 25-26 août 1870 
imposa la nécessité d'une solution; et, en 1878, on dressa 
le couronnement actuel, continuation de la galerie romane 
ancienne, laquelle conserva sa place primitive, mais fut sur- 
élevée par un étage de hautes baies, puis par un étage d'arca- 
tures aveugles, enfin surmontée d'une toiture pyramidale; 
en même temps, le mur de l'abside était exhaussé par un 
pignon flanqué de deux hautes tourelles. Ainsi on obtint le 
double résultat d'une plus grande harmonie dans le style de 
la tour du chœur et d'un moindre écrasement dans l'aspect 
extérieur du chœur et de l'abside par rapport au transept et à 
la nef. 

D'autres travaux encore, d'ordres très divers, ont été exé- 
cutés pendant cette dernière période de l'histoire de la cathé- 
drale : ainsi, en 1877-79, ^^^ peintures de l'abside d'après le 
programme de 1842 (par Steinlé, de Francfort) et celle du 
Jugement dernier au-dessus du grand arc d'entrée du chœur 
(par Steinheil, de Paris) * ; ainsi, en 1903-1904, la construction 
d'un vestibule dans l'angle du collatéral nord et du mur ouest 

I. Voir p. 7g. Un premier traite relatif à ces travaux avait été conclu en i855 
avec le peintre Flandrin et rarchitocle Denuelle; quand on passa à la réalisa- 
tion vingt ans après, Flandrin était mort ; Denuelle conserva la direction de 
la partie décorative. 



NOTICE HISTORIQUE. 7r 

de la chapelle Saint-Laurent (en style gothique de la fin du 
w" siècle, par M. Knauth, architecte de la cathédrale); ainsi, 
les travaux actuellement (1910) en cours pour la consolida- 
tion des fondations du gros pilier, entre le narthex et la nef, 
qui soutient la tour nord, et du dernier pilier de la nef. du 
même côté, qui supporte également une partie du poids de la 
tour. 

La Cathédrale a vécu toute la vie de la cité. Au centre de 
Strasbourg et de l'Alsace, « comme un écho sonore », elle a 
répercuté toutes les vicissitudes d'une histoire mouvementée. 
Elle a grandi avec les évoques, puis avec la bourgeoisie; la 
Réforme y a passé, ennemie des images, « servante de Dieu 
seul * » ; et la majesté de Louis XIV, irrespectueuse du go- 
thique ; et les enthousiasmes et les colères de la Révolution ; et, 
plus près de nous, les obus, qui l'ont enlevée à la France. Elle 
demeure, elle continue de vivre, dominant tous ces villages 
de la plaine dont les noms chantent mélancoliquement au 
souvenir de ceux qui sont partis, et faisant trembler d'une 
émotion un peu fébrile, dès qu'ils la devinent dans le loin- 
tain, le regard de ceux qui reviennent. 

I Voir p. 89. 





II 



DESCRIPTION ARCHÉOLOGIQUE 



ASPECT GÉNÉRAL 



Le plan général figure une croix latine. L'abside, qui consti- 
tue la branche supérieure de la croix, étant très peu déve- 

I . Pour cette description archéologique, on a consulté principalement 
outre quelques-uns des ouvrages précédemment cités et ceux qui seront indi- 
qués au cours des pages suivantes : Chapuy, Vues pittoresques de la Cathédrale 
de Strasbourg, texte de J.-G. Schweighaelser, Strasbourg, F. -G. Levrault, 
1827, in-V- — Baron F. de Guilbermt, Cathédrale île Strasbourg (notes de 
1838 et de i852, rédigées en iSoG-iSôy), dans sa Description (manuscrite) 
des localités de la France, t. xvi (Département des Manuscrits de la Bibliothèque 
Nationale). — V'iollet-le-Duc, Dictionnaire raisonné de l'architecture fran- 
çaise du XI' au XVI' siècle, Paris, 1860, 10 vol. in-S", passiin. — ScnxA\SE 
(I)' Cari), Geschichte der bildenden Kûnste, V («m Mittelalter, t. 3), Dûsseldorf, 
Jul. Buddeus, 1873, in-8*. — Mitscher (G), Zur Baugeschichle des Strass- 
burger Munsters, Strasbourg, Schultz, 187G, in-8°. — Woltmasn (D' Alf.), 
Geschichte der dcutschen Kunst im Elsass, Leipzig, Scemann, 187G, in-8'. — 



74 LA CATHÉDRALE DE STRASBOURG. 

loppée, le chœur occupe également le carré du transept. La 
nef est flanquée de deux bas-côtés simples. Deux chapelles, 
de chaque côté de l'abside, s'ouvrent sur les bras du transept; 
deux autres, sur les deux premières travées des bas-côtés. 

La longueur totale de l'édifice est de io3 mètres (Notre- 
Dame de Paris : i3o mètres; Saint-Denis, io8; Amiens : 
i45; Cologne : i43), dont 3i pour le chœur, 63 pour 
la nef, 9 pour le narthex. La hauteur de la nef est de 
32 mètres (Paris : 35 mètres; Saint-Denis, 29 mètres; Amiens, 
42 mètres; Cologne, 45 mètres). La longueur du transept est 
de 56 mètres, la largeur de la nef de i4 niètres, celle de cha- 
cun des bas-côtés de 8 mètres. 

L'axe de la nef, par rapport à celui du chœur, dévie légère- 
ment vers le sud , j usqu'à ce que le narthex le ramène vers le nord . 

L'élévation de la façade occidentale forme un parallélo- 
gramme complet, puisque le raccordement établi à la fin du 
XIV® siècle au-dessus du deuxième étage entre les deux tours ne 
laisse entre elles aucun espace vide ; mais au-dessus de cette 
masse imposante de 45 mètres de largeur, de Q6 mètres de 
hauteur, la tour du nord se prolonge pour se terminer en 
flèche à 142 mètres du sol. 

La pierre employée à la construction de la cathédrale pro- 

Grad (Gh.), L'Alsace, le pays et ses /iafei7an/5, Paris, Hachette, 188g, in-fol. — 
Ungewitter (G.), Lehrbuch der gotischen Konstractionen, 3' édit. (^nea bearbeitet 
von K. Mohrmann), Leipzig, Weigel, 1 889-91, 2 vol. in-4°. — Polagzek 
(Ernst), Der Uebergangsstil im Elsass, Strasbourg, Heitz, 1894, in-S". — 
Enlart (Camille), Manuel d'Archéologie française, I, Architeclare religieuse, 
Paris, Alph. Picard, 1902, in-S". — Grandriss des Munsters, dans : Stras- , 
barger Mixnsler-Blalt, hjoS-/». — Clauss (Jos. M.-B.), Das Munster als Begràb- ' 
nissldtte und seine Grabinschriften, dans : Strassb. M.-Bl., 1906. — Knauth(J.), 
Dos architeklonische Ornament am Strassbarger Munster, dans : Strassb. 
M.-BL, 1907, i9o8; — Das Strassbarger Munster und die Cheopspyramide , 
Bâtsel der Baukunst, dans : Bévue Alsacienne illustrée, Strasbourg, 1907. 



DESCRIPTION ARCHÉOLOGIQUE. 76 

vient de la région vosgienne à l'ouest de Strasbourg (du Gron- 
thal, entre Wasselonne et Marlenheim, et, un peu plus au 
sud, de la haute vallée de la Bruche, entre Gresswiller, Ober- 
haslach et Niederhaslach) ; c'est ce grès des Vosges, qui donne 
à l'édifice un charme de coloris très captivant et dont Mérimée 
a écrit un jour avec une manière d'enthousiasme : « grès 
compact et très fin, de couleur rose lorsqu'il vient d'être 
taillé, mais qui prend avec le temps une teinte foncée comme 
celle du fer exposé à l'air; d'ailleurs cette pierre se prête 
admirablement à toute la délicatesse de l'ornementation 
gothique, et sa dureté, qui augmente avec les années, permet 
de l'employer pour les moulures les plus fines, pour tous les 
détails précieux dans l'exécution desquels excellaient les 
artistes du moyen âge » *. 

La cathédrale présente des parties d'époques diverses; dans 
l'ensemble, elle s'est développée régulièrement de l'est à l'ouest. 
Nous suivrons ce développement dans notre description : nous 
commencerons par la crypte, puis nous étudierons le chœur 
et le transept, puis la nef et les bas-côtés, et, pour chaque 
partie, l'intérieur d'abord, l'extérieur ensuite. 



II 

LA CRYPTE, LE CHŒUR ET LE TRANSEPT^ 

La crypte, le chœur et le transept sont les parties les plus 
anciennes de la cathédrale actuelle. 

1. Lettre citée (i836). Voir p. 60. 

2. SciiHEEGAifs (L.), La statuaire Sabine et les slataes et sculptures des por- 
tails (lu transept méridional de la Cathédrale de Strasbourg, dans ; Revue a' Al- 



76 LA CATHÉDRALE DE STRASBOURG. 

La crypte. — La crypte de la cathédrale de Strasbourg 
est une des rares cryptes d'Alsace, et la plus importante. Sa 
longueur totale est de 2 6", 70; sa plus grande largeur, de 
i3"',4o; la largeur de la nef du milieu, 4", 75; la hauteur 
moyenne de ses voûtes, ô^jôo. Elle comprend à peu près 
l'espace qui s'étend au-dessous de l'abside et du carré du 
transept, et incline sensiblement vers le sud par rapport à 
l'axe de la partie correspondante de l'église, supérieure. 

C'est une construction romane à trois nefs, qui se termine 
en hémicycle. Au fond s'ouvre le sanctuaire, taillé dans le 
massif du mur de l'abside ; de chaque côté du sanctuaire, les 
parties de l'hémicycle faisant face aux nefs latérales sont per- 
cées chacune de trois niches. 

La crypte se compose de deux parties d'époques différentes. 

La partie orientale est la plus ancienne et appartient sans 
doute à la construction de Wernher, au début du xi* siècle. 
Elle comprend les deux premières travées, qui sont voûtées 
en berceau et portées alternativement sur des piliers et des 
colonnes. Ces colonnes ont une base presque attique, sans 
griffe; les chapiteaux sont à feuillages plats, d'acanthe 
romane qu'enlace le sarment des écoles germaniques; aux 

sace, i85o. — Congrès archéologique de France. 26' session (1869), (Mémoire 
de G. Klotz, résumant les faits observés dans la visite à la cathédrale), 
Paris, Derache, 1860, in-8°. — Save (G.), La Panagia du. Dôme de Stras- 
bourg, Strasbourg, Hubert et Haberer, 1877, in-12. — Metér-Altona 
(E.), Die Sculpluren des IStrassburger Munsters (!'" Theil : Die âlteren 
Sculpturen bis 1789, Strasbourg, Heitz, 1894, in-8°. — Mâle (E.), 
L'Art religieux du XIII* siècle en France, Paris, Leroux, 1898, in-8'. — 
Haussmann (S.), LEiTSCHon (Fr.) et Setboth (Ad.), Les monuments dart de 
l'Alsace et de la Lorraine, Strasbourg, Heinrich, [1900], i vol. gr. in-/j° 
(texte) et 2 vol. in-fol. (planches). — FRA^CBL (K.), Der Meisler dcr Ecclesia und 
Synagoge am Slrassburger Munster, DûsseldorS, igoSyin-li". — Michel (André), 
Histoire de l'Art, t. II, 2* partie, chap. VIII, La sculpture en France et dans les 
oavs du nord jusqu'au dernier quart du XIV* siècle, Paris, Colin, 1906, in-A". 




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DESCRIPTION ARCHÉOLOGIQUE. 77 

angles de deux d'entre eux, des figures bizarres représentant 
des monstres ou des lions. L'arc doubleau qui sépare les 
travées, ainsi que les arcs latéraux qui relient ensemble les 
colonnes et piliers, sont formés de pierres alternativement 
blanches et rouges, disposition très rare dans ces contrées et 
dont on ne trouve guère d'autre exemple que dans l'an- 
cienne église de Murbach (Haut-Rhin). — Quelques pierres 
du mur sud de cette partie de la crypte présentent des traces de 
cette taille en stries à combinaisons symétriques, appareil à 
taille décorative, qui remonte à l'époque mérovingienne : on 
> s'est servi d'éléments provenant d'une construction antérieure, 
{^ à moins que ces traces ne soient une preuve de la persistance 
d'un procédé qui, effectivement, resta en usage jusqu'au 
cours du xiii^ siècle dans la région germanique. 

La partie occidentale de la crypte, qui date de la fin du 
'S XI* OU du début du xii' siècle et qui correspond au carré du 
transept, se compose de la réunion de douze voûtes d'arêtes 
divisées entre les trois nefs, voûtes de plan carré dans les nefs 
latérales, de plan rectangulaire dans la nef centrale, portées 
par six colonnes libres et huit colonnes engagées dans les 
murs. Les doubleaux s'affaissent, dans cette partie occiden- 
tale, en arcs surbaissés, et l'on y retrouve l'alternance de la 
pierre blanche et de la pierre rouge. Quant aux colonnes, leurs 
bases présentent de ces griffes qui commencent, au xii' siècle, 
à sauver la transition du tore circulaire à la plinthe carrée cl 
dont on pourra suivre désormais le développement dans la 
cathédrale jusqu'à la pleine époque gothique: et leurs chapi- 
teaux dessinent cette forme qu'on a définie la pénétration 
d'un cube et d'une sphère, qui provient peut-être des tradi- 
tions de l'école byzantine d'Aix-la-Chapelle et qui, d'usage 
fréquent en Alsace et sur les bords du Rliin, est le seul cha- 



78 LA. CATHÉDRALE DE STRASBOURG. 

piteau, aux yeux de Mérimée, « dont le profil soit tout à fait 
propre au moyen âge » * . 

La crypte de Strasbourg ne renferme aucun tombeau, et 
la petite niche creusée dans l'une des parois du sanctuaire 
est vide. 

Deux escaliers conduisent de la crypte à l'église supérieure ; 
ils y aboutissent de chaque côté des degrés qui conduisent de 
la nef au chœur. 



■X- 



Rien de ce qu'on voit actuellement de l'église supérieure 
ne remonte plus haut que le milieu du xii^ siècle : les nom- 
breux incendies de cette époque et, en dernier lieu, celui de 
1176, avaient sans doute rendu nécessaire une reconstruction 
presque totale. Peut-être même les parties les plus anciennes 
n'ont-elles été commencées qu'après 1 176. Mais on respecta les 
lignes principales de l'ancien édifice, soit par piété, soit qu'on 
en pût utiliser les fondations et les débris au fur et à mesure 
qu'on en suivait le plan ; et, si la construction actuelle est re- 
lativement récente, elle offre pourtant, à défaut de réalités 
datant d'époques plus anciennes, un souvenir indirect et cer- 
tain de ce passé : l'appui de l'abside au mur oriental du 
transept sans l'intermédiaire d'un avant-chœur, serait une 
singularité dans un projet du xii^ siècle, qui, au contraire, ne 
surprend pas si elle n'est qu'une survivance des débuts du 
xi" siècle^. 

1. Prosper Mérimée, Éludes sur les Arts au Moyen ii^re (Paris, G. Lévy, 
1875, in-i8), p. [ii-f[2. 

2. Voir Deuio, ouv. cité, p. iGo. 



DESCRIPTION ARCHÉOLOGIQUE. 79 

Le chœur. — Le mur qui forme le fond de l'abside, 
plat dans sa partie extérieure, demi-circulaire à l'intérieur, 
est de construction ancienne (fin du xii*' et commencement du 
XIII* siècle), mais l'ornementation ne date que de la restauration 
faite par l'architecte Klotz en i848-5o d'après le programme 
du Congrès de 1842. Au milieu, une arcature en forme d'arc 
brisé très ouvert, encadrant trois tores épais et un arc festonné, 
abrite le siège de l'évêque. De chaque côté, deux autres 
arcatures : la première à droite et la première à gauche sur- 
montent deux larges niches à fond plat percées chacune d'une 
petite porte étroite; les deux dernières sont, comme celle du 
milieu, accompagnées d'épais boudins en retrait contournant 
une ouverture festonnée. 

En retrait sur la galerie qui joint les sommets des arcs, le 
pourtour est percé de trois grandes fenêtres en tiers point, et 
surmonté, sans autre intermédiaire qu'une moulure, par la 
voûte qui vient buter au-dessus du grand arc est du carré du 
transept. 

Les peintures qui ornent l'abside et l'entrée du chœur sont, 
on l'a vu, l'œuvre récente de Steinlé, de Francfort, et Steinheil, 
de Paris. Tandis que Steinheil donnait, poursa'part, ce Jugement 
dernier, immense autant qu'étriqué, qui occupe toute la surface 
murale qu'on aperçoit dominant le vaisseau central de l'église, 
entre le grand arc ouest du chœur et la haute voûte de la nef, 
Steinlé s'acquittait de la décoration de l'abside, où il imitait 
des mosaïques byzantines, Ravenne et Venise. En haut, sur 
un fond d'or, Marie couronnée par Jésus, et les neuf chœurs 
des anges; plus bas, au milieu, la croix entourée des Apôtres 
vêtus de blanc ; entre la voûte supérieure et les arcatures de 
l'étage inférieur, de cliaque côté de la grande fenêtre du fond, 
sur deux rangs, des Pères, des Saints (sainte Odile, saint 



8o LA CATHÉDRALE DE STRASBOURG. 

Arbogast),ctDagobcrt II; enfin, en bas, dans les tympans des 
deux niches, Abel et Melchisédech, et le sacrifice d'Abraham. 

La cathédrale n'est pas dégagée de ce côté. Le lycée et le 
séminaire y sont immédiatement attenants et en masquent 
tout l'orient. Le mur extérieur plat de l'abside, prolongé, 
comme on le verra tout à l'heure, par celui des chapelles Saint- 
André et Saint-Jean-Baptiste, sert d'appui à la galerie cou- 
verte du séminaire construite au xviii'' siècle pour rappeler 
l'ancien cloître. A la base de ce mur, et au milieu, vient 
s'ouvrir au ras du sol la fenêtre du fond de la crypte ; — au 
sommet, la construction ancienne est surmontée du pignon 
en retrait flanqué de deux poivrières qui fut destiné à rehausser 
le mur de l'abside en même temps qu'on couronnait la cou- 
pole du chœur de sa haute pyramide octogonale. 

Le sol du carré du transept, de quatre marches plus bas que 
celui de l'abside, s'élève de treize marches au-dessus de celui 
de la nef. Une coupole couvre le carré du transept, coupole 
romane sur pendentifs, de plan octogone, percée de huit 
petites fenêtres, et sans peintures : le programme général de 
1842, d'où sont nées les fresques de l'abside et du tympan, ne 
lui a pas encore été appliqué. Cette coupole porte sur quatre 
faisceaux de colonnes engagées, à chapiteaux romans, et dont 
les bases, comportant de larges griffes, reposent sur d'énormes 
piles : celles de l'avant du chœur — auxquelles se transmet, 
non seulement, pour une part, le poids de la coupole, mais 
encore, aux angles opposés, la retombée des arcs d'entrée du 
transept et des premiers formerets de la nef — offrent une 
masse imposante, de plan carré, dont les côtés ont plus do 
quatre mètres. Tandis que les deux grands arcs brisés qui 
limitent la croisée à l'est et à l'ouest, passent d'un seul tenant 
d'un pilier à l'autre, les deux arcs latéraux se subdivisent ne 




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DESCRIPTION ARCHÉOLOGIQUE. 8i 

deux autres, moins largement tendus, qui se réunissent sur le 
chapiteau octogone de fortes colonnes rondes annelées de 
dix-neuf mètres de hauteur sur plus de deux mètres de 
-diamètre; comme ces colonnes semblent se rapporter — 
on le verra plus loin — à la division du transept en deux 
nefs, on a cru souvent qu'elles avaient été introduites à leur 
place postérieurement à la construction de la coupole, 

La coupole du chœur est couronnée à l'extérieur par la 
construction octogonale de 1878 qui a pour base l'ancienne 
galerie romane du xii'-xiii^ siècle; au-dessus de celle-ci, 
un étage de hautes baies ouvertes à tous les vents, puis un 
petit étage d'arcades aveugles que surmonte enfin la pyramide 
de la toiture. 

Le transept. — Il n'est pas probable que le commence- 
ment de la construction du transept soit antérieur au milieu 
du XII* siècle; les travaux se prolongèrent jusqu'au milieu 
du xiii". Le transept marque le passage du style ancien au 
style nouveau; on y trouve des témoins du roman qui s'achève 
et du gothique qui commence : un portail roman, aveuglé, 
dont nous reparlerons en détail, et des arcatures gothiques; 
aux nervures des voûtes, des profils de diverses époques, 
prismatiques dans le bras sud, déjà en boudins amincis 
•qu'arrête un léger méplat, dans le bras nord; deux roses, au 
haut de chacun des murs de clôture du sud et du nord, mais, 
au nord, étrésillonnées en arcatures rayonnantes, au sud, 
formées par deux séries circulaires de petits cercles autour 

j d'un œil central; des colonnes de l'une et l'autre époques, 

I sans parler des morceaux inachevés où se devine l'hésitation 

I des maîtres entre les deux styles. 

I Du reste, malgré la différence des temps et des styles entre 



82 LA CATHÉDRALE DE STRASBOURG. 

lesquels s'est répartie la construction du transept, l'unité de 
plan n'en est pas absente. Des arcs aveugles en plein cintre 
d'égale hauteur divisent en deux parties chacun des bras du 
mur est; deux de ces arcs, les plus proches du chœur, de 
chaque côté, surmontent les entrées des chapelles contiguës 
au transept, vers l'est (chapelle Saint-André et chapelle Saint- 
Jean-Baptiste); les deux autres contournent, l'un, l'horloge 
astronomique (depuis la fin du xvi' siècle), l'autre, le vieux 
portail roman. Chacun des bras du transept est voûté de 
quatre croisées d'ogives autour d'un appui commun : un pilier 
rond à chapiteau octogone roman, dans le bras nord du tran- 
sept; dans le bras sud, un pilier flanqué de quatre colonnes 
engagées, entre lesquelles s'élèvent trois étages de statues, et 
qui est connu sous le nom de Pilier des Anges. 

La ligne droite formée par ces deux piliers et par les deux 
colonnes qui divisent les grands arcs latéraux du chœur, 
partage ainsi le transept en deux nefs sur toute sa longueur. 
Piliers et colonnes ont d'ailleurs été considérés les uns et les 
autres comme une marque du changement qui s'opéra au 
cours du travail, entre le projet et l'exécution, entre le der- 
nier quart du xii" siècle et le deuxième quart du xiii'. En 
effet, la lourdeur des colonnes abandonnées qui figurent 
encore au mur ouest de chacun des deux bras du transept, 
surtout les contreforts extérieurs qui s'avancent en saillie 
hors des deux portails et que ne justifient pas suffisamment 
les voûtes actuelles, sont autant de souvenirs probables, à 
défaut de renseignements historiques, d'un ancien projet qui 
aurait consisté à jeter une voûte unique sur chaque bras du 
transept. La construction en quatre croisées d'ogives qui suc-^ 
céda en fait au projet délaissé, provoqua la nécessité d'un ||| 
soutien central : d'où, certainement, le Pilier des Anges et son 



DESCRIPTION ARCHÉOLOGIQUE. 83 

correspondant sans sculptures du bras nord ; d'où également, 
aux yeux de quelques-uns, les deux fortes colonnes annelées 
du chœur : car, d'une part, elles sont plus hautes que les piliers 
de soutien des quatre angles, — d'autre part, la croisée, dans 
ce système de construction, communique généralement par une 
arche unique avec les ailes, et il est peu probable que le pro- 
jet primitif ait été en contradiction avec cette règle : deux 
raisons qui confirmeraient l'introduction ultérieure des deux 
colonnes sous les arcs latéraux du chœur, comme consé- 
quence de la division du transept en deux nefs, mais qui 
pourtant demeurent trop exclusivement théoriques pour être 
convaincantes ; il ne semble pas que l'examen de la structure 
même de cette partie de l'édifice leur laisse une suffisante 
autorité, et les plus récents historiens de la cathédrale se sont 
prononcés contre cette opinion. 

Le Portail roman. — Du début de la construction du 
transept le témoin le plus curieux se trouve dans le bras 
nord : c'est ce Portail roman du mur de l'est, qui encadre 
maintenant un admirable baptistère du xv' siècle. Fermé au 
fond — à une époque ultérieure — par une baie aveugle en 
tiers point qui se divise, au-dessous d'une rose à quatre 
lobes, en deux baies secondaires, le portail est lui-même de 
construction essentiellement romane. Surmonté d'un fronton 
triangulaire, il est constitué par une suite de boudins en plein 
cintre en retrait les uns sur les autres, qui portent sur les 
chapiteaux de colonnes engagées, dont les bases n'ont pas 
encore de griffes. La ligne des chapiteaux de droite présente 
un dessin continu : à la suite d'une sirène allaitant son petit, 
des oiseaux s'entrelacent par leurs cous et leurs queues. De 
même les chapiteaux de gauche ont leurs dessins liés : des 



84 LA CATHÉDRALE DE STRASBOURG. 

rubans garnis de pointes de diamants se nouent les uns aux 
autres; des figures tournées vers le sol reçoivent les extré- 
mités des rubans, au premier et au dernier chapiteau. 

Quelle était la destination de ce a portail »? On a fait 
maintes hypothèses sur ce point; aucune n'a jusqu'ici triom- 
phé absolument. Ancien portail du bras nord du transept 
qu'on aurait transporté à sa place actuelle? Mais, en exami- 
nant de près sa structure, on a constaté qu'il faisait corps 
avec le massif du mur. Ancien portail d'une chapelle qui au- 
rait été contiguë à la grande église? Mais il n'en reste pas de 
traces historiques ou architecturales péremptoires. Porte 
d'entrée vers le Bruderhof, l'enclos des chanoines qui s'allon- 
geait du nord au sud sur tout l'orient de la cathédrale? 
Peut-être : il semble en tout cas certain que ce portail a tou- 
jours occupé la place où il est maintenant et qu'il a toujours 
fait partie de l'architecture intérieure; rien ne s'oppose donc, 
en ce qui le concerne, à l'usage que lui attribue cette dernière 
hypothèse; mais, comme il n'est pas probable que le Bruder- 
hof ait toujours, lui, occupé son emplacement actuel, qu'il 
n'y fut établi peut-être qu'à une époque postérieure à la 
construction du portail, qu'enfin les vraies communications 
entre le transept et le Bruderhof sont constituées par les 
deux chapelles Saint-André et Saint-Jean-Baptiste, la raison 
d'être du portail roman comme porte d'entrée du cloître, 
apparaît moins évidente. D'ailleurs, la richesse même de 
sou ornementation ne serait-elle pas singulière, pour un 
portail intérieur? Il y en a bien un autre exemple, mais 
postérieur, lointain, et qui ne prouve rien pour Strasbourg : 
c'est, à la cathédrale de Burgos, la porte qui conduit du tran- 
sept méridional au oloître (deuxième moitié du xiii' siècle). 
11 reste plus probable qu'en réalité le portail roman du tran- 



DESCRIPTION ARCHÉOLOGIQUE. 8S 

>ept de Strasbourg ne servit jamais de porte. On a remarqué, 
lans le mur correspondant de l'autre bras du transept, der- 
rière l'horloge actuelle, des traces d'un arc roman analogue^ 
i propos duquel il existe même un témoignage historique : 
['allusion d'un chroniqueur à une niche qui se trouvait à cet 
îndroit et qui abritait un tombeau du Christ. Il n'y a aucune 
raison pour qu'au croisillon nord le portail roman n'ait pas 
îgalement abrité un autel, ou même peut-être un baptistère, 
;omme aujourd'hui : le mur est de la cathédrale de Spire, 
X)ntemporain de celui qui nous occupe, offre le même 
îxemple de deux niches avec deux autels^ — Discussion un 
3eu longue, mais qu'on ne peut se dispenser d'exposer, parce 
ju'elle est toujours ouverte, — et que le portail qui en est 
'objet mérite de retenir l'attention. 

Le Pilier des Anges. — La construction la plus inté- 
ressante du bras sud, est, au contraire, une œuvre gothique : 
:'est ce Pilier des Anges où vient s'appuyer le centre des 
coûtes de cette partie du transept. Il remonte au deuxième 
juart du xiii" siècle, entre 1280 et 1260. C'est un pilier garni 
ie quatre colonnes engagées, dont les bases circulaires en sur- 
plomb sont soutenues par de fines consoles de feuillages, 
între ces colonnes, — au-dessus de quatre socles où sont 
igurés les attributs traditionnels des Évangélistcs, l'ange, le 
ion, le bœuf et l'aigle, — quatre autres' colonnes s'élèvent, 
nterrompues par trois étages de statues. D'abord, ce sont les 
livangélistes eux-mêmes, en longs vêtements à multiples plis, 
es phylactères à la main ; au-dessus d'eux, quatre anges son- 
lant de la trompette; puis, au sommet, le Christ, et trois 

I. Voir Dehio, ouu. cité. p. iG4-i68. 



86 LA CATHÉDRALE DE STRASBOURG. 

anges portant les instruments de la Passion : l'ensemble 
figure un Jugement dernier en raccourci. Ces statues offrent 
plus d'un caractère commun avec l'Eglise et la Synagogue du 
portail sud, avec d'autres manifestations encore de la sculp- 
ture française contemporaine : on a remarqué, comme dans 
les statues de l'Église et de la Synagogue, la grâce des plis, 
les corps apparaissant sous la finesse ondoyante du vêtement, 
on a rappelé, à leur propos, les draperies des statues des 
portails de Chartres et les visages des Apôtres du tympan de 
la Vierge à Notre-Dame-de-Paris. Elles restent d'ailleurs ar- 
tistement subordonnées à leur destination architecturale : les 
statues des quatre Evangélistes sont comme engagées dans le 
Pilier ; les anges du deuxième rang, dont le visage tranquille 
souligne encore l'inutilité de leur geste, tiennent leurs trom- 
pettes basses, et leurs ailes d'ornementation pure s'appuient 
modestement aux colonnes voisines; chez ceux du haut, la 
partie inférieure du corps est à peine traitée, parce qu'elle 
disparaît pour l'œil dans l'harmonie du mouvement général. 
Le gros pilier de l'avant du chœur, à l'entrée du bras sud 
du transept, porte plusieurs épitaphes : Jean de Pfettisheim 
(i368), Rodolphe de Lûttishofen (i4ii), et, plus intéres- 
santes, deux de celles qui furent faites pourGeiler de Kaysers- 
berg. La mort de Geiler au commencement du xvi* siècle 
provoqua en effet une véritable floraison d'épitaphes dont il 
était le héros : les littérateurs du temps, Beatus Rhenanus, 
Wimpheling, Jean Botzhcim, Sébastien Brandt, célébrèrent 
à l'envi, sur le mode classique, les vertus du grand prédi- 
cateur, qu'ils comparaient à Périclès, à Socrate, à Numal 
Pompilius, et pourtant, sur sa pierre tombale, au pied de laâ 
chaire, on se contenta, dit-on, de graver la simple inscription 
chrétienne : « Anno Domini ...Reqaiescat anima ejus in pace!)) 



DESCRIPTION ARCHÉOLOGIQUE. 87 

Mais des projets plus pompeux tout n'a pas disparu, et ce 
gros pilier de l'entrée du transept garde fidèlement, d'une 
part, les deux premiers distiques de l'épitaphe composée par 
Sébastien Brandt, sur la prière des religieux de Saint-Jean 
avec lesquels Geilcr avait été très lié pendant sa vie et qu'ils 
firent placer à la cathédrale à leurs frais* ; d'autre part, l'épi- 
taphe qu'ils avaient apposée en souvenir de lui dans leur pro- 
pre église 'et qui fut, après la destruction de celle-ci en i633, 
transportée à la cathédrale -. 

Dans le même bras sud, devant le mur ouest, en face du 
Pilier des Anges, la statue (moderne, par Friederich) de 
l'évêque Wernher contemplant à ses pieds ce qui fut sa ca- 
thédrale et dont il ne reste plus grand'chose : « Son regard, 
dit spirituellement le chanoine Dacheux, semble chercher des 
formes qu'il ne retrouve plus, et peu s'en faut qu'on ne croie 
l'entendre murmurer tristement : Etiam periere ruinas!)) — 
Au mur opposé, à l'est du Pilier, l'horloge^. 

La chapelle Saint-André. — Dans le même mur, entre 
l'horloge et le chœur, s'ouvre la chapelle Saint-André. Ce 
mur est, à lui seul, une superposition d'architectures de plu- 
sieurs siècles. Au-dessous du grand arc aveugle dont le cintre 
apparaît dans le mur — un des quatre grands arcs que nous 

I Les lettres initiales des vers alternativement en rouge et en bleu ; 

« Quem merito défies, urbs Argenlina, Joannes 

Geiler, Monte quidem Caesaris e genilas, 
Sede suh hac recubal quam rexit praeco lonantis 

Sex prope lustra docens verba salulifera. » 

En noir sur fond d'or : 

« Johanni Geiler Keyserspergio . . . » 
3. Voir p. 173. 



«8 LA CATHÉDRALE DE STRASBOURG. 

avons signalés, contemporains de la construction, se répétani 
sur tout le mur est du transept, — trois ouvertures en tiers 
point ont été percées, au xiii* siècle, celle du milieu dépas- 
sant les autres; elles reposent sur [des colonnes à jolis chapi- 
teaux feuillages, devant lesquelles s'étend une balustrade du 
xv'' siècle; au coin de ce balcon, vers le chœur, un person- 
nage en costume du temps s'appuie, le visage curieusement 
tendu vers le Pilier des Anges; puis, sous le balcon, se dessi- 
nent encore les traces d'une ancienne ouverture cintrée dans 
le mur, laquelle se dédouble un peu plus bas en deux voûtes 
également cintrées de chaque côté d'un robuste pilastre, 
trois colonnes dégagées recevant ces pleins cintres sur des 
chapiteaux qui rappellent encore ceux de la partie occidentale 
de la crypte : cubiques, mais divisés en deux sur chaque face 
et ornés de filets gracieux contournant les bords ; les bases ont 
des griffes encore simples comme dans la même partie de la 
crypte. 

Dans la surface murale qui s'étend au-dessus de cette 
double voûte apparaît encore avec beaucoup de netteté et de 
couleur une belle fresque de la fin'du xv' siècle ou du début 
du XVI®. Des rares fresques d'Alsace, les unes cachées par le 
badigeon, les autres, à Strasbourg, détruites pendant le bom- 
bardement de 1870*, c'est la seule qui subsiste. Elle forme un 
triptyque. Au milieu, la Naissance du Christ : dans une cabane 
en ruines, la Vierge à genoux, devant l'Enfant couché sur un 
pan du manteau, dont elle tient un autre pan pressé sur sa 
poitrine: les mains jointes, les yeux baissés, comme en prière 
vers l'Enfant; derrière elle, à sa gauche, Joseph approche, le 
chapeau à la main, à petits pas; plus loin, deux bergers, têtes 



I . La Danse macabre, du Temple-Neuf. 



i 



CATHÉDRALE DE STRASBOURG 




PORTAIL SEPTENTRIONAL 



I 



DESCRIPTION ARCHÉOLOGIQUE. 89 

nues, se recueillent; de l'autre côté, au premier plan, un 
bœuf et un âne; au fond, un paysage éclairé, des montagnes, 
des rochers, des arbres, un berger qui reçoit du ciel Tange 
messager de la bonne nouvelle. Il y a autant d'harmonie dans 
les couleurs que d'expression dans les physionomies. Dans les 
panneaux du triptyque, un saint évêque et saint André. 

L'œuvre n'est sans doute pas de Martin Schœngauer lui- 
même, car on ne connaît rien de lui comme peintre de 
fresques; en outre, quelques détails semblent postérieurs à 
la date de sa mort (1/491), comme les effets de lumière 
de la campagne, et surtout, aux panneaux du triptyque, la 
forme Renaissance des encadrements purement ornementaux, 
où n'apparaît guère, comme dans les ornements habituels 
de Schœngauer, le souvenir des feuillages naturels. Mais 
Schœngauer a certainement servi de modèle au peintre de 
cette fresque : des plis de vêtement, des attitudes (la lente 
démarche de Joseph arrivant derrière la Vierge), l'Enfant 
couché sur un coin du manteau, se retrouvent exactement 
dans des estampes du maître colmarien^ 

La chapelle Saint-André, dont la construction doit être si- 
tuée dans le dernier quart du xii* siècle et le premier du xiii", 
est une chapelle à trois nefs de trois travées chacune, formant 
comme un grand carré autour d'un carré central. Les tra- 
vées sont séparées par desdoubleaux à larges bandeaux. Sur les 
neuf voûtes, six sont des voûtes d'arêtes, mais d'arêtes à peine 
marquées; les trois autres (dans la nef du milieu, la voûte 
de la travée centrale et celle de l'est, au-dessus de l'aulol, — 
dans la nef du sud, celle de l'est également) sont soutenues 
par des arcs ogifs en boudins épais, qui, dans la voûte du 

1. E. PoixczEca, Ein Wandbild im Strassbarger Mmsler, dans Sir. M.-Bl,, 
11, Igoô. 

8. 



go LA CATHÉDRALE DE STRASBOURG. 

carré central, se croisent auteur d'un gros oculus de lourd 
profil également. Celle-ci repose sur quatre puissantes co- 
lonnes dont les bases ioniques romanisées sont pourvues de 
griffes fortement accentuées ; les chapiteaux romans de larges 
feuilles d'acanthe que dépasse aux angles le rouleau ionien, 
sont surmontés de hauts tailloirs carrés où viennent retom- 
ber, en s'y confondant à la base, les bandeaux des arcs dou- 
bleaux, les boudins des arcs ogifs de la voûte centrale et des 
voûtes de l'est, et les arêtes des autres. Au nord, la retombée 
des voûtes se fait sur deux colonnes pareilles à celle du 
centre, mais engagées dans le mur; au fond de la chapelle, 
sur des consoles du même style que les chapiteaux des co- 
lonnes ^ . 

On voit aux murs de la chapelle plusieurs épitaphes. Au 
mur du nord, celles de Jean, prince palatin du Rhin et de 
Bavière (1487), d'un autre Jean, qui fut baron de Brandis et 
qui n'est plus qu' « ombre et poussière » : « pulvis et umbra » 
(i5i2). Au mur du sud : le mausolée de François- Adolphe, 
comte de Rittberg, grand-doyen de la cathédrale (mort en 
1G90), — surmonté de son buste en marbre, le rabat au cou, 
les épaules couvertes d'un camail fourré. Du même côté, 
plus près de l'entrée de la chapelle, sous un dais dont le dessin 
et l'ornementation marquent le gothique finissant, un bas- 
relief représentant la \ierge avec l'Enfant sur les bras rappelle 
la mémoire de Jérôme et Melchior de Barby (l'un des deux 
mort en 1621); de chaque côté de la Vierge, les donateurs à 
genoux, en costume ecclésiastique, patronnés auprès de la 
Vierge l'un par saint André, l'autre par saint Pierre; de 
chaque côté de la niche, les armoiries sculptées des défunts. 



I . La chapelle Saint-André est surmontée d'une salle voûtée, dont la voûte 
fut refaite après avoir été défoncée loi's de l'incendie de 1769 



1 



DESCRIPTION ARCHÉOLOGIQUE. gi 

Sur la première colonne de la chapelle, à gauche en y en- 
trant, une pierre enchâssée, portant des traces de couleurs 
(fond or, lettres rouges et bleues) : un grand seigneur, mar- 
grave de Bade et custode de la cathédrale, a été « donné aux 
vers comme une vile pâture )) : « vermicuUs sum datas esca 
levis )) (1478). 

La chapelle Saint-Jean-Baptiste. — La chapelle cor- 
respondante du bras nord du transept^ s'ouvre entre le Portail 
roman et le chœur, comme celle du bras sud entre le chœur et 
l'horloge. Ici aussi le grand arc de l'origine, encore visible 
dans le mur, domine la porte de la chapelle, mais il n'a pas 
été désaveuglé, et le tympan qui le remplit est divisé en deux 
pleins cintres secondaires (où l'on a gravé les dix comman- 
dements). Au-dessous, une porte ogivale contournée à l'inté- 
rieur d'un arc tréflé : c'est l'entrée de la chapelle Saint-Jean- 
Bapliste. 

Un peu moins ancienne que la chapelle Saint-André (elle 
avait été bâtie à la même époque, mais dut être rebâtie au 
milieu du xni^ siècle), la chapelle Saint-Jean-Baptiste forme, 
comme l'autre, un grand carré constitué par trois nefs de trois 
travées chacune autour d'un carré central. Mais toutes les tra- 
vées sont ici voûtées d'ogives, dont les arcs se croisent sur des 
clés de feuillages, excepté devant l'autel, où la clé de voûte 
porte une figure de saint Jean-Baptiste avec l'Agneau, con- 
tournée de l'inscription : S. lohnes. Bapla. Eccle. Agnus. Dei. 
Tous ces arcs, ogifs comme doubleaux, sont à fortes moulures 
prismatiques. Les quatre colonnes qui soutiennent la voûte 
centrale offrent deux aspects différents : les unes et les autres 
sont de type roman, avec des chapiteaux â crochets gothiques 
primitifs, surmontés de minces tailloirs carrés, aux angles 



92 LA CATHÉDRALE DE STRASBOURG. 

coupés, où les arcs des voûtes retombent sans s'y confondre ; 
mais, tandis que les deux colonnes de Test, devant l'autel, 
sont monocylindriques, les deux autres sont constituées par 
un faisceau de quatre colonnes engagées les unes dans les 
autres. Au sud, la retombée se fait sur des colonnes pareilles 
aux deux premières, mais engagées dans le mur; aux autres 
côtés, sur des consoles, dont l'une (à côté de l'autel, vers le 
sud) présente un personnage sculpté qui s'affaisse sous le poids 
des arcs auxquels son épaule sert de soutien. 

Cette chapelle renferme, creusé dans le mur sud, du côté 
de l'est, le tombeau de l'évêque Conrad de Lichtenberg 
(mort en 1299), dont l'édification est attribuée à Erwin. 
Sous un baldaquin à trois compartiments que surmontent 
des pignons ajourés, la statue de l'évêque, en habits ponti- 
ficaux, est étendue sur un plateau de pierre dégagé du sol ; 
la tête repose sur un coussin, les pieds s'appuient sur un lion. 
Les formes architecturales de ce monument ressemblent 
assez aux arcades aveugles qui ornent la partie inférieure 
du vestibule occidental de la cathédrale, œuvre d'Erwin, pour 
qu'on puisse croire, conformément à la tradition, que la 
conception en est due au même maître ; la tradition n'est pas 
invraisemblable non plus, qu'il ait voulu laisser une image 
de lui-même dans la petite figure sculptée, assise, d'ailleurs 
difficile à voir et plus encore à distinguer, qui se cache contre 
le dernier pied du tombeau près du mur de l'est. L'épitaphe, 
au milieu du mur de la niche, rappelle les qualités séculières 
de Conrad* et ses vingt-cinq années d'épiscopat. 

Dans le mur, du même côté, un beau groupe du xv" siècle : 
le buste de la Vierge, celui du donateur et, entre eux, l'Enfant, 

I. (( ...Qui omnibus bonis condilionibus , qux inhomine mundiali debent concur- 
rere, eminebat... » 



CATHÉDRALE DE STRASBOURG 




VUE DE LA NEF 



i 



DESCRIPTION ARCHÉOLOGIQUE. gS 

qui se retient au vêtement de l'une et touche de sa main 
les mains en prière de l'autre. — Près de l'entrée, quelques 
épitaphes, avec armoiries : Berthold de Henneberg (i495), 
Frédéric de Zollern (i436)^ Jean de Werdenberg (i486). 

La chapelle Saint-Jean-Baptiste est surmontée d'un étage : 
une vaste salle — la salle capitulaire — qui comprend en 
réalité, comme la chapelle inférieure, trois nefs de trois tra- 
vées chacune, mais qu'un mur (dont la porte est ornée de 
belles ferrures du xiv' siècle) divise en deux dans le sens de 
la largeur, formant ainsi un vestibule à la salle elle-même. 
Dans ce vestibule, on retrouve au mur les restes de la grande 
arcature romane que nous avons vue tout à l'heure du côté 
du transept. Les arcs des voûtes ont le même profil prisma- 
tique que ceux de la chapelle même; ils retombent, au 
centre, sur d'élégantes colonnes, plus minces que celles du 
bas, à jolis chapiteaux de feuillages; aux murs, sur des con- 
soles, dont l'une est sculptée en une forte figure de géant. La 
salle est éclairée, à l'est (à l'extrémité de chacune des nefs) 
et au nord, par des fenêtres rondes surmontant de longues 
fenêtres géminées en tiers point. 



Au fond de chacune des deux chapelles que nous venons de 
décrire (Saint- André et Saint-Jean-Baptiste), s'ouvre une porte 
par où elles communiquent avec la galerie appelée cloître qui 
fut construite en même temps que le séminaire au xviii* siècle, 
après la démolition et sur une partie de l'emplacement du 
cloître ancien. Le mur de clôture des deux chapelles prolonge 
de chaque côté le mur plat de l'abside dont nous avons parlé 
précédemment et forme avec lui la bordure de cette galerie 
du côté de la cathédrale; les deux portes de communication 



94 LA CATHÉDRALE DE STRASBOURG. 

des chapelles aboutissent précisément à la hauteur des deux 
extrémités de la galerie. La porte qui y conduit de la chapelle 
Saint- André forme sur ce cloître un beau portail roman, 
constitué par trois épais boudins en plein cintre, qui repo- 
sent directement, sans l'intermédiaire d'aucun chapiteau, sur 
des bases à fortes griffes, à hautes scoties entre deux tores 
nettement dessinés. La porte derrière la chapelle Saint-Jean- 
Baptiste est en tiers point, contournant un arc tréflé et repo- 
sant sur de fines colonnes à chapiteaux de crochets de feuil- 
lages, à bases circulaires qui présentent d'étroites scoties et 
qui débordent sur leurs socles. 



Revenons de la chapelle Saint-Jean-Baptiste au bras du 
transept sur lequel elle s'ouvre. Le mur qui clôt ici le transept 
au nord, est percé d'une porte en plein cintre, qu'encadre 
un arc brisé et qui repose sur les chapiteaux de deux fortes 
colonnes engagées, chapiteaux à crochets de feuillages, sculptés 
de têtes aux coins. De chaque côté de cette porte, une arca- 
ture aveugle en tiers point encadre trois baies aveugles plus 
petites dont les cintres s'appuient sur des colonnes légères, à 
peine dégagées du mur de fond, avec des bases à griffes et des 
chapiteaux à crochets qui montrent aussi, aux coins internes 
de la première et de la dernière colonnes de l'arcature ouest, 
des figures humaines sculptées. 

Cette porte conduit à la partie de l'édifice ajoutée en iAqS 
par Jacques de Landshut, et qui fut chapelle de Saint- 
Laurent avant d'être sacristie. Elle forme, du côté de cette 
sacristie, un portail qui fut autrefois extérieur. Il est possible 
qu'antérieurement — et cette présomption s'accorde avec 
quelques-unes de celles qu'a soulevées la question du Portail 



DESCRIPTION ARCHÉOLOGIQUE. gB 

roman — saint Laurent, patron de la paroisse, ait eu son 
autel dans le bras nord du transept, soit sous le Portail 
roman, soit dans une chapelle derrière ce Portail, et qui 
serait tombée en ruines à la fin du xv° siècle ; à ce moment 
en aurait transporté les offices paroissiaux jusqu'à l'exté- 
rieur même du transept, dans cette chapelle construite par 
Jacques de Landshut, entre le vieux portail du transept 
désormais reculé à l'intérieur et un portail extérieur nou- 
veau qui sera le portail Saint-Laurent. — L'ancien portail 
extérieur devenu intérieur est un portail roman composé des 
trois tores en plein cintre qui reposent sur des colonnes 
engagées dont la base présente un cavet largement ouvert 
et le sommet de curieux chapiteaux simplement prolongés 
par des tailloirs d'une même hauteur; chapiteaux et tailloirs 
sont à feuillages : une légère couronne de feuilles stylisées 
à la base, qui se développent ensuite selon la nature vivante ; 
c'est le commencement du naturalisme gothique. Dans le 
tympan, une Vierge assise avec l'Enfant sur ses genoux, 
entre deux groupes : les trois Mages, guidés par l'étoile, qui 
apportent leurs présents, — puis, de l'autre côté, s'en vont; 
aux pieds de la Vierge, un roi David jouant de la harpe. 
L'œuvre est moderne, mais refaite d'après le tympan ancien 
qu'on peut voir actuellement dans la galerie du séminaire 
derrière l'abside et qui a conservé trèsnet le contour du relief 
détruit. 

Prés de la sacristie Saint-Laurent, addition de la fin du 
XV* siècle, se trouve, à l'est, la sacristie des chanoines, addition 
du xviii', — belle salle octogonale construite par Massol. 

Les portails du transept. — Les portails du transept 
sont l'un, le plus ancien, l'autre, le plus jeune de la cathé- 



96 LA CATHÉDRALE DE STRASBOURG. 

drale : portail roman à l'extrémité du croisillon sud, portail 
d'un gothique tardif à l'extrémité du croisillon nord prolongé, 
— l'un, la porte de l'Horloge, l'autre, le portail Saint-Laurent. 

La porte de l'Horloge. — Le portail roman s'élève au-dessus 
d'un large perron entre l'avancée des deux contreforts du 
croisillon. Il est composé de deux portes juxtaposées, en plein 
cintre, qui correspondent à la division du transept en deux 
nefs. Ses formes et son ornementation marquent une parenté 
non douteuse avec d'autres portails d'Alsace : église Saint- 
Pierre-et-Saint-Paul à Sigolsheim, église de Kaysersberg, église 
Saint-Léger à Guebwiller, et surtout avec le portail nord de 
Saint- Pierre -et -Saint -Paul de Neuwiller. Les boudins en 
plein cintre de chacun des deux arcs du portail retombent, 
dans les ébrasements des deux portes, sur douze colonnes à 
chapiteaux de crochets de feuillages, par l'intermédiaire de 
hauts tailloirs dont les uns, ceux de l'est et de l'ouest, sont 
constitués par des plateaux superposés que séparent des cavets 
bien marqués, les autres, ceux du centre, par des cubes de 
feuillages légèrement dessinés qui rappellent les chapiteaux 
que nous avons déjà vus au portail (extérieur devenu inté- 
rieur) de l'autre croisillon. En outre, de chaque côté, deux 
colonnes en retour, annelées. 

Ce sont ces douze colonnes des ébrasements, arrêtées alors 
à la moitié environ de leur hauteur actuelle, qui servaient de 
support aux statues des Apôtres disparues pendant la Révo- 
lution ; l'un d'eux (celui du milieu dans le groupe de l'ébra- 
sement de gauche de la porte de droite)*, tenait à la main une 
banderole avec ces mots : a Gratia divinœ pietatis adesto Savinœ 

1 . Ces indications sont données par rapport au spectateur ; il en sera ainsi 
dans toulo la suite de cette description. 



DESCRIPTION ARCHÉOLOGIQUE. 97, 

de petra dura per quamsum fada figura )), qui, par la vertu 
d'un contresens, a longtemps fait croire que ces douze 
statues, et peut-être aussi celles de l'Eglise et de la Syna- 
gogue, étaient l'œuvre de la fille d'Erwin de Steinbach : 
Savinae de petra dura, Sabine de Pierre-dure, Sabine de Stein- 
bach, au lieu de de petra dura per quant sum fada, par qui j'ai 
été faite en pierre, par qui j'ai été sculptée. La légende pouvait 
être jolie, unissant ainsi, par un lien familial touchant, le 
chef-d'œuvre de la statuaire au chef-d'œuvre de l'architecture ; 
malheureusement pour elle, l'architecture de la façade occi- 
dentale, l'architecture d'Ervvin est postérieure d'un demi- 
siècle au moins aux statues du portail latéral sud. 

Entre les deux portes du portail, un ensemble entièrement 
refait : le roi Salomon, assis, en costume royal, tenant des 
IX mains un glaive encore renfermé dans son fourreau; 
au-dessous de lui, comme support, les deux mères de la Bible 
se disputant l'enfant vivant; au-dessus, entre deux petits 
anges, une demi-figure du Christ avec nimbe crucifère, 
bénissant de la main droite, tenant le globe de la main 
gauche. 

De chaque côté du portail, entre les dernières colonnes des 
ébrasements et les colonnes annelées en retour, s'élèvent 
les statues, justement célèbres, de l'Ancien et du Nouveau 
Testament. On sait que ces représentations furent fréquentes 
alors : on en rencontre maintes fois le motif sous forme de 
ndes statues indépendantes, à Reims, à Paris, à Saint- 
•Seurin de Bordeaux, à Worms, à Bamberg, à Fribourg, et aussi 
sur des miniatures, des vitraux, dans des détails de sculpture, 
comme ces deux petites figures, l'une assise, l'autre affaissée, 
au-dessous des plateaux de la balance que tient l'archange- 
Saint-Michel du tympan de la porte du Sauveur de la cathé- 

9 



98 LA CATHÉDRALE DE STRASBOURG. 

drale d'Amiens*. Il serait inutile et même inexact, pour expli- 
quer le grand nombre de ces figures, de rappeler comme 
Yiollet-le-Duc ^ les persécutions contemporaines contre les 
Juifs : des souvenirs peuvent s'en rencontrer ailleurs, dans la 
liturgie, la littérature, les représentations scéniques, mais, 
pour les types que la statuaire de cette époque nous a trans- 
mis, le seul développement du thème religieux sur lequel 
s'exerçaient les artistes, suffit à expliquer la quantité et la 
qualité de ces représentations : la figuration parallèle des 
scènes de l'Ancien et du Nouveau Testament est constante 
alors — nous y reviendrons plus loin ^, — le sacrifice d' Abraha m 
appelle la Passion du Christ, le salut de Jonas la Résurrec- 
tion, l'Ancienne Loi morte la Nouvelle Loi vivante; et si 
Fanimosité contre les Juifs avait été la raison de ces représen- 
tations de l'Église triomphante en face de la Synagogue 
vaincue, on aurait trouvé pour celle-ci quelque aspect mons- 

1. Durand (Georges), Monographie de l'église Notre-Dame, cathédrale d'Amiens 
(Amiens, Yvert et Tellier, gr. in-A", 1901), t. I, p. 872. 

2. Viollet-le-Duc, oiiv. cité, tome V, p. i55 et suiv. ; art. : Eglise personnijîée : 
«... Les statues de l'Égilse et de la Synagogue, mises en parallèle et occupant 
des places très apparentes, ne se trouvent que dans les villes où il existait, au 
moyen âge, des populations juives nombreuses Ces représentations pa- 
raissent avoir été faites... pendant la période particulièrement funeste aux 
Juifs, celle où ils furent persécutés avec le plus d'énergie en Occident. » Il cite 
d'ailleurs Chartres et Reims comme des villes où il y avait peu ou point de Juifs, 
et où de pareilles statues n'existent pas. On peut remarquer plus d'une erreur 
dans ces diverses afûrmations ; d'abord, les Juifs paraissent avoir été assez 
nombreux, à Chartres et à Reims ; ensuite, à Reims ces statues existent, et h 
Chartres elles ont existé jusqu'à la Révolution (voir Bulteau, Monographie 
de la Cathédrale de Chartres (Chartres, Selleret, 1888, in-8°), t. 11, p. aSo). 
Mais, d'autre part, à Troyes, à Metz, où les Juifs étaient nombreux, il ne 
semble pas qu'il y ait eu do grandes statues en parallèle de l'Église et de la 
Synagogue. (Voir P. Hildenfinger, La Figure ae la Synagogue dans l'art du 
moyen dge, dans : Hevae des Études Juives, t. xr.vi, n° 92, avril-juin 1908 ; — 
n. Gross, Gallia Judnica, trad. par M. Bloch, Paris, Cerf, 189O, in-S"). 

3. Voir p. 127, i35, I Ao. 



DESCRIPTION ARCHÉOLOGIQUE. 99 

trueux, on ne lui aurait pas donné la même grandeur et la 
même beauté qu'à l'Eglise. 

L'Église et la Synagogue de Strasbourg sont deux admi- 
rables types de la statuaire française du xiii' siècle. Elles ne 
rappellent que par quelques détails traditionnels (le calice, 
la croix, — les yeux voilés) l'Église et la Synagogue qui 
figurent dans les célèbres miniatures du Hortus deliciaram ' 
antérieures de quelques années seulement. Eglise assise sur 
une bête à quatre têtes symbolisant les Evangélistes, Syna- 
iïogue sur un âne trébuchant, et dont on retrouve le souvenir 
dans un tympan du gable, également contemporain-, qui sur- 
monte la porte méridionale de la cathédrale de Worms. Elles 
n'ont rien non plus de l'agitation sans grâce de l'Église et de 
la Synagogue, contemporaines encore ^, qui figurent au porche 
septentrional deMagdebourg. Elles sont au contraire très voi- 
sines, avec quelques différences de détail, de celles de Paris 
(refaites*, aux deux côtés de la porte principale de Notre- 
Dame, sur la face des contreforts), de Reims (près de la rose 



I. Voir pi. XXXVIII de l'édition du Hortus deliciaram de l'abbesse Her- 
RAUE DE L.vsDSBEBG, publiôc par A. Straub et G. Keller (Strasbourg, 1879- 
1899, gr. in-fol.). Herrade de Landsberg, abbesse du couvent de Hohen- 
burg (en Alsace, sur le mont Sainte-Odile) a laissé sous ce titre le ma- 
nuscrit, avec de nomJbreuses Illustrations, d'une sorte d'encyclopédie des 
■irinaissances de son temps (2' moitié du xii* siècle). L'original du Horlus 

ciaruma péri dans l'incendie de la Bibliothèque municipale de Strasbourg, 
lurs du bombardement de 1870. A défaut du texte, im|X)ssible à reconsti- 
tuer, la Société pour la Conservation des Monuments historiques d'Alsace 
• l.iida, en 1878, de publier les miniatures d'après les calques existants; le 
-"in de cette publication fut confié au chanoine Slraub, puis, après la mort 
'I'- celui-ci, au chanoine Keller. 

>. Milieu du xui» siècle. 

3. i30o-ia4o. 

'i. Et dans la mesure où, ainsi refaites, elles peuvent servir de terme des 

:Qparaison. Noir A. Michel, oui;, cilé, 11, 2, p. 7G2. 



Too LA CATHÉDRALE DE STRASBOURG. 

du transept méridional), de Bamberg aussi (au-dessus du 
Portail des Princes), dont la statuaire, plus que toute autre 
en Allemagne, appartient, quoique avec des attitudes un peu 
contournées et quelque désordre dans les mouvements, à la 
tradition française du xii^ et du xiii® siècles. 

L'Église est à gauche*, debout, couronnée, les cheveux 
ondulant jusqu'aux épaules, tenant dans la main gauche le 
calice, appuyé au corps, la croix processionnelle dans la main 
droite. Sa robe, serrée à la taille par une ceinture, descend 
jusqu'aux pieds en longs plis; un manteau, retenu sur la 
poitrine par une agrafe, lui couvre les épaules. Elle 
regarde à droite, vers la Synagogue, d'une physionomie 
assurée, fîère de la victoire, non sans quelque douceur com- 
patissante. Au côté opposé du portail, la Synagogue, les yeux 
bandés, la tête penchée, sans couronne, la robe et la ceinture 
pareilles à celle de l'Église, mais sans manteau, la lance bri- 
sée en quatre tronçons dans le bras droit, la main gauche 
retenant difficilement les tables de la loi qui lui échappent : 
c'est la Loi vaincue, en face de la Loi triomphante. Dans l'une 
et l'autre, même harmonie des lignes, même souplesse du 
corps, même grâce, ondoyante et comme transparente, dans 
les plis du vêtement, — et même simplicité de moyens : les 
corps également droits, mais l'un solidement appuyé sur la 
croix, l'autre affaissé, la hampe brisée ne le soutenant plus; 
la tête, droite, chez l'une, et qui ne craint pas un regard con- 
traire, baissée, chez l'autre, et qui s'accorde avec l'abattement 
qu'indiquent les membres las. — L'une et l'autre sont abritées 
par des dais (refaits) avec ces inscriptions, postérieures aux 

I . Les deux statues qu'on voit actuellement au portail sont des reproduc- 
tions. Les originaux sont au musée de l'Œuvre Notre-Dame, presque en face 
du portail, de l'autre côté de la Place du Château. Voir p. i8/i. 



CATHÉDRALE DE STRASBOURG 




UNE NEF LATÉRALE 



DESCRIPTION ARCHÉOLOGIQUE. loi 

statues, et d'ailleurs refaites aussi : ((Mit Christiblatuberwund 
ich dich » (« Par le sang du Christ je triomphe de toi w), pour 
l'Église, et : u Dass^tig blut erblendet mich n (« Cest le même 
sang qui m'éblouit »), pour la Synagogue; l'une et l'autre re- 
posent sur des consoles sculptées, refaites : au-dessous de 
l'Église, une femme dans une attitude suppliante ; au-dessous 
de la Synagogue, deux enfants nus. 

Les tympans des deux portes sont partagés chacun en deux 
zones sculptées. Les deux reliefs supérieurs sont anciens, les 
deux autres refaits. 

Le relief supérieur de la porte de gauche, encadré de 
branches de vignes, est le plus célèbre : c'est cette admirable 
Mort de la Vierge dont Eugène Delacroix, dit-on, avait fait 
faire un moulage qu'il se plaisait, dans ses derniers jours, à 
contempler passionnément pendant des heures entières. On 
connaît la légende du Christ assistant aux derniers moments 
de sa Mère : tous les Apôtres, des lieux où ils prêchaient, 
transportés soudain auprès de Marie mourante, puis l'arrivée 
de Jésus lui-même. La Vierge, étendue sur un lit à pieds 
droits, est couverte d'une vaste draperie qui dessine le 
corps. Deux Apôtres soutiennent, l'un la tête, l'autre les pieds 
de la Vierge ; les autres Apôtres entourent la couche funèbre ; 
au milieu d'eux, Jésus, la tête auréolée d'un nimbe crucifère, 
penchée vers la Vierge, fait de la main droite le geste de 
bénédiction, et de la main gauche, tient une petite figure 
habillée d'une longue robe et les mains jointes, qui, suivant 
l'habitude des sculpteurs et des peintres du moyen âge, 
représente une âme, ici, l'âme de la Vierge. Au pied du 
lit de la Vierge, une femme, prostrée, tend ses regards vers le 
visage de la mourante et tord ses mains en un geste de dou- 
leur et de supplication. Il y a \h une relation évidente, par la 



# 



103 LA CATHÉDRALE DE STRASBOURG. 

filière des fresques et des mosaïques byzantines, sans doute, 
avec les modèles classiques : on constate, dans la draperie, au 
lieu du système gothique, une imitation très nette de l'anti- 
quité; dans les visages, une beauté grave, émue, douloureuse, 
un peu de manière dans certains détails d'attitude ; un grou- 
pement très habile, les regards de tous et comme leurs pen- 
sées dirigées harmonieusement vers la figure centrale de la 
Mère expirante, tout un mouvement pittoresque qu'on ne 
trouve pas au tableau analogue du tympan de la porte de la 
Vierge de Notre-Dame de Paris, 

L'autre relief supérieur, celui de droite, encadré de petites 
roses, est traité dans le même style (^beaucoup de morceaux re- 
faits). C'est le Couronnement delà Vierge. La Vierge est assise 
sur le même banc que Jésus; Jésus lui impose la couronne, et 
bénit ; les mains de la Vierge font un geste d'humilité. De cha- 
que côté, un ange debout, penché vers le groupe, élève vers lui 
l'encensoir. Tandis que les deux anges rappellent un peu ceux 
deLaon, le Christ et la Vierge rappellent précisément ceux de 
Paris (au même tympan de la Porte de la \ ierge) et de Chartres 
(au tympan central du portail septentrional) : les attitudes 
sont très voisines, quoique la position réciproque des deux 
personnages diffère, la Vierge étant à la gauche du Christ, au 
tympan de Strasbourg, à sa droite dans ceux de Paris et de 
Chartres * . 

Les deux reliefs inférieurs, refaits, et sans intérêt, re- 
présentent, celui de gauche, les Apôtres conduisant au 
sépulcre le corps de la Vierge; celui de droite, l'Assomption. 

I. On voit, à Strasbourg même, rapporté dans un mur à l'intérieur du 
temple Saint-Thomas, un saint Thomas touchant les plaies du Christ, de 
même dimension, de même forme et de même style que la Mort et le Cou- 
ronnement de la Vierge de la cathédrale. 



DESCRIPTION ARCHÉOLOGIQUE io3 

Au-dessus de la légère corniche qui passe par-dessus le 
portail, quatre fenêtres s'ouvrent, deux de chaque côté, cor- 
respondant ainsi aux deux portes du portail, — fenêtres en 
tiers point, dont les arcs reposent sur trois colonnes pour deux 
fenêtres. Le large espace qui sépare les deux paires de fenêtres, 
au milieu de la façade, est occupé par une Vierge debout 
(moderne), son Fils dans les bras, entre deux saints plus 
petits, l'un, qui lit dans un livre, l'autre, saint Laurent, 
enant le gril. Cette Vierge remplace ici celle qui, primitive- 
ment placée (1439) au sommet de la flèche, en avait été des- 
cendue en 1488 et qui fut sans doute détruite pendant la 
Révolution. Sur le dais qui abrite la \ierge repose le cadran 
de l'horloge, de forme carrée; aux angles, de petits génies, 
et des dates : MDXXXIII, 1672, i6o3, 1669. 

Au troisième étage, dans l'espace entre les deux balus- 
trades de la fin du xv^ siècle qui le limitent, deux arcs brisés 
encadrent les deux grandes fenêtres rondes avec leur couronne 
double de petits cercles autour d'un oculus central à huit 
lobes, que nous avons vues déjà de l'intérieur du transept ^. 
Au centre de la balustrade inférieure, une curieuse fisrure 
.sculptée, un vieillard en costume du tempti (fin du xv* siècle), 
la tète et le haut du corps penchés au-dessus d'un cadran so- 
laire. Entre les deux fenêtres, juste au-dessous de la balus- 
trade supérieure, un saint évêque, Arbogast, de grande 
dimension, qui prolonge et achève la ligne médiane com- 
mencée à l'étage inférieur par le roi Salomon, continuée à 
l'étage intermédiaire par la Vierge debout et le cadran de 
l'horloge. 

Enfin, au-dessus de la dernière balustrade, un fronton 

I Même fenêtre ronde avec oculus central et couronne do petits cercle», 
au-desaus de la porte du temple Saint-Thomas. 



io4 LA CATHÉDRALE DE STRASBOURG. 

triangulaire (avec un cadran solaire encore) entre deux pignons 
octogonaux surmontés de fleurs en croix qui se terminent par 
des fleurons. 

L'ensemble de cette façade est limité par les deux solides 
contreforts du croisillon, qui aboutissent également, en haut, 
à ces pignons. Au pied du contrefort de gauche (ouest), 
s'élève la statue de Sabine; au pied de celui de droite (est), la 
statue d'Erwin; toutes les deux sont des œuvres modernes, de 
Grass. Sur ce dernier contrefort est gravée une inscription qui 
date de la fin du xiii" siècle : « Dis ist die Maze des Ueberhanges » , 
(( Ceci est la mesure de la saillie », et qui indiquait une sorte 
de mesure-étalon à observer pour ne pas faire surplomber 
exagérément les étages des constructions nouvelles de la ville. 
Au contrefort de gauche, sous un fronton qui est soutenu par 
deux colonnes et dont l'extrême fleuron est surmonté d'un 
chien accroupi, on voit un personnage debout, jeune, vêtu 
d'une longue robe et tenant un cadran solaire. 



Le portail Saint-Laurent. — Le portail du croisillon nord 
est celui qui fut ajouté à la fin du xv" siècle et qui est connu 
sous le nom de portail Saint-Laurent. Au-dessus d'une porte 
carrée où se dessinent sur les montants des ornements de la 
Renaissance et que flanquent deux minces colonnes à chapi- 
teaux finement ouvragés, un haut et large dais s'élève, 
saillant en demi-cercle, composé d'arcs entrelacés et découpés 
à jour, avec des gables surmontés de fleurons. Sous le dais, 
un groupe (refait par Vallastre) de quatre personnages, re- 
présentant le martyre de Saint-Laurent : le saint à demi 
étendu sur le gril; l'un de ses bourreaux lui tient les 
iambcs, le deuxième le prend par les épaules, le troisième 




lU 
CD 

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i 



DESCRIPTION ARCHÉOLOGIQUE. lo» 

attise le feu. Au-dessus, dans le dais même, et à demi caché, 
un Christ également refait. 

De chaque côté de la baie, cinq statues, du xv^ siècle. 
D'abord, sur des socles, à gauche et à droite du portail, et 
plus grandes que les suivantes, une statue de la Vierge et une 
statue de saint Laurent : la Vierge, debout, avec de longs 
cheveux, la couronne fermée sur la tête, le globe dans la 
main droite, dans le bras gauche l'Enfant, nu, assis, et qui 
tend les bras aux figures voisines; saint Laurent, couvert 
d'une longue chasuble, tête nue, la chevelure épaisse et 
bouclée, les yeux penchés vers un livre qu'il tient dans la 
main droite. Les huit autres statues sont disposées, par 
groupes de quatre, sur deux piliers, à droite et à gauche des 
deux précédentes, dans des niches surmontées de dais très 
allongés. Elles représentent, à gauche : un personnage im- 
berbe, coiffé d'une toque, botté, les deux mains appuyées sur 
un bâton, — peut-être un des bergers de Bethléem, ou quel- 
qu'un delà suite des rois Mages; — puis, les trois rois : l'un, 
imberbe, lippu, face de nègre, vêtements serrés au corps, sou- 
levant sa toque de la main droite, tenant un vase de la main 
gauche, un collier avec une médaille lui descendant jusqu'au 
milieu de la poitrine, un chien à ses pieds; le deuxième, 
barbu, couronné, couvert d'un long manteau, portant un 
coffret dans ses mains; le dernier, tête nue, s'inclinant vers 
la Vierge et l'Enfant, leur présentant un vase en forme de 
ciboire; — adroite: un pape, coiffé de la tiare, tient un 
livre et la croix; puis, deux hommes, sans signes distinc- 
iifs, l'un imberbe, l'autre barbu, tous deux habillés do 
longues robes ; enfin, un guerrier, les deux mains appuyées 
sur la garde d'une énorme épée. Statues contemporaines 
du portail qu'elles décorent, plus curieuses que belles. 



io6 LA CATHÉDRALE DE STRASBOURG. 

avec des ondulations et des replis d'étoffes trop majestueux 
qui leur donnent quelque chose de factice, avec des re- 
cherches d'expression et d'altitude qui en soulignent le 
maniérisme. 

De chaque côté du portail, au delà des groupes de statues, 
une fenêtre couronnée d'arceaux en accolades, qui se ter- 
minent par des flèches chargées de larges fleurons, comme 
ceux qui surmontent les arcs en accolade du dais central 
au-dessus du martyre de saint Laurent et la pointe des dais 
allongés qui abritent les statues latérales. 

Au-dessus de ce portail et en arrière, au delà de la balus- 
trade flamboyante qui le couronne, on aperçoit le deuxième 
étage du mur roman du transept, percé de deux fenêtres 
flanquées de petites colonnes et qui se terminent en tiers 
point. Plus haut, et séparées de ces fenêtres par une corniche, 
deux roses encadrées de feuillages autour de leurs moitiés 
supérieures ; ce sont ces roses que nous avons déjà remarquées 
de l'intérieur du croisillon : un compartiment central à six 
lobes autour duquel viennent s'appuyer en rayons six colon- 
nettes assez fortes et, dans leurs intervalles, six autres plus 
minces ; une moulure ondulée en douze arcs cintrés relie les 
autres extrémités des douze colonncttes et dessine la circonfé- 
rence extérieure des deux roses. A la hauteur de leur bord 
supérieur viennent s'appuyer les deux contreforts entre les- 
quels se développe toute la façade de ce croisillon, comme au 
côté sud. 

Le troisième étage — celui des roses — est surmonté d'une 
galerie byzantine comme elles, formée de treize arcs cintres 
reposant sur des colonnettes; puis, d'un pignon triangulaire, 
où court, le long des rampants, une arcature étagée, et qu'un 
œil-de-bœuf perce au milieu, encadré autour de sa moitié 



DESCRIPTION ARCHÉOLOGIQUE. 107 

supérieure et contenant un quatrefeuilles. De chaque côté du 
pignon, achevant les deux contreforts, deux gros clochetons 
gothiques à crochets et à fleurons. 



III 

LA NEF ET LES BAS-COTÉS 

La nef. — Commencée au milieu du xiii' siècle, la con- 
struction de la nef s'est achevée par la clôture des voûtes en 
1275. L'incendie de 1298 a-t-il laissé la nef intacte? l'a-t-il 
au contraire détruite, en tout ou en partie? On a vu tout à 
l'heure (p. 19) que la question avait été souvent et longuement 
discutée, et que cette partie de l'œuvre ne dut probablement rien 
à Erwin. Sans doute le maître pourrait avoir profité de la 
destruction partielle pour réparer et modifier à la fois, pour 
surélever la nef, et faire en sorte qu'elle dépassât le chœur : 
le vaste tympan (où Steinheil en 1877 a peint le Jugement 
dernier), qui joint l'arc de la croisée du côté de la nef à 
la voûte de cette nef, donne la mesure de cette différence de 
hauteur : environ sept mètres. On vanta même maintes fois 
Erwin pour n'avoir pas poussé la construction plus haut 
encore : tandis qu'à Reims, à Amiens, à Cologne, la hauteur 
des voûtes est égale à trois fois au moins la largeur de la nef, 
elle n'est ici que du double. Ce goût des harmonieuses 
proportions lui venait, disent les uns, d'une maîtrise de soi 
très germanique et qui le rendait défiant à l'égard des audaces 
exagérées du gothique français; plus simplement, disent les 
autres, de ce qu'il ne pouvait pas aller plus haut à cause des 
constructions antérieures et sous peine d'enfermer dans la nef 



io8 LA CATHÉDRALE DE STRASBOURG. 

des parties extérieures de l'ancienne tour du chœur : du 
moins l'a-t-on pensé sur la foi de trois modillons qui subsis- 
tèrent longtemps au haut du tympan de l'actuel Juge- 
ment dernier — Mais maintenant qu'on croit que l'in- 
cendie de 1298 n'endommagea pas profondément la voûte et 
qu'il n'y eut que des réparations de détail, on n'a pas de rai- 
son pour attribuer à Erwin le mérite de conceptions harmo- 
nieuses qui doivent être antérieures à lui. La nef a dû être ce 
qu'elle est, d'un premier jet, et sans que le génie d'Erwin 
s'y soit employé à aucune transformation. Mais, de ce 
qu'Erwin n'a pas eu le mérite de cette œuvre, il ne s'ensuit 
pas que la beauté n'en soit due qu'au hasard, à la possibilité 
ou à l'impossibilité de faire concorder ensemble des construc- 
tions anciennes et des conceptions nouvelles. La largeur des 
bas-côtés égale à la moitié de la longueur des croisillons, 
l'entre-colonnement égal à la moitié de la largeur de la nef, 
enfin, pour ce qui est de la hauteur même des voûtes, ce 
fait que le sommet d'un triangle équilatéral qui aurait pour 
base la largeur totale de la nef et des bas-côtés réunis, coïn- 
ciderait exactement avec la clé de voûte * : tout cela semble 
prouver que le maître, quel qu'il fût, obéit à une idée direc- 
trice et non à une contrainte. 

La nef se compose de sept travées (nous n'y comprenons 
pas le narthcx) voûtées sur croisées d'ogives simples. Les fortes 
nervures des voûtes, de pur style gothique, se croisent sur des 
clés ornées de feuillages et de têtes ; dans la travée du centre, 
sur un oculus de grand diamètre. 

Les piles rappellent exactement celles de la basilique de 
Saint-Denis. Elles sont quadrangulaires, posées diagonalc- 

I. Voir Deiiio, ouv. cité, p. 17^-G. ^ 



DESCRIPTION ARCHÉOLOGIQUE. 109 

ment et constituées par des colonnes en faisceau : seize co- 
lonnes engagées, les plus fortes aux angles, les plus minces 
encadrant les plus fortes, les quatre moyennes au milieu des 
côtés du rectangle. Dans chaque pile, le groupe des cinq co- 
lonnes qui regardent vers la nef s'élève directement du sol à 
la voûte et reçoit sur d'élégants chapiteaux à feuillages la 
retombée des arcs de la voûte centrale. Puis, de chaque côté 
de ce premier groupe, quatre colonnes de l'angle est et quatre 
colonnes de l'angle ouest reçoivent la retombée des arcades 
en tiers-point entre la nef et les bas-côtés. Enfin, les trois 
colonnes restantes, formant l'angle vers le bas-côté, reçoivent , 
l'une, l'arc doubleau à double boudin qui sépare les travées 
du bas-côté, chacune des deux autres les arcs ogifs qui sou- 
tiennent ces travées. 

Dans cette retombée d'arcs, quatre présentent déjà ce 
profil de cylindre aminci et dont l'arête se coupe par un 
méplat, — que nous avons vu apparaître tout à l'heure 
au croisillon nord et que nous retrouverons aux piliers de la 
tour, se développant à mesure qu'on avance dans la cons- 
truction. 

Les chapiteaux des colonnes nous font voir, pour la pre- 
mière fois dans la cathédrale de Strasbourg, la rupture com- 
plète avec la tradition antique; on n'y retrouve presque plus, 
comme à ceux du transept encore, le souvenir d'autrefois dans 
la feuille stylisée s'enroulant en crochets sous les angles du 
tailloir; ici, le feuillage, sur deux rangées, garnit également 
tout le tour du chapiteau, feuillage vivant, emprunté à la 
flore locale, de moins en moins stylisé à mesure qu'on 
s'éloigne du chœur vers le porche, de plus en plus voisin de 
la nature, jusqu'à sembler parfois obéir au souffle du vent. 
Les tailloirs sont de moyenne hauteur, tantôt quadrangulaires. 



lïo LA CATHÉDRALE DE STRASBOURG. 

tantôt abattus aux coins de façon à présenter huit angles 
Les bases des colonnes laissent voir des scoties étroites ; elle 
portent sur des socles quadrangulaires qu'elles dépassent e 
où des fleurettes simples, en légères consoles triangulaires, vien 
nent les soutenir, — sculptures plus fouillées, avec des motif 
humains, dans le premier pilier (le plus voisin du chœur), — 
et qui disparaissent avec leur raison d'être dans le dernier 
lorsque les bases des colonnes, étant de construction ulté- 
rieure, ne dépassent plus leurs socles. 

Ce dernier pilier — ou, plus proprement, ces deux pilier 
(l'un au nord, l'autre au sud) sont ceux qui supportent le 
tours. Ils révèlent la jonction, en ce point, des sept travées d( 
la nef avec le narthex, de la cathédrale des siècles antérieur 
avec la façade nouvelle d'Erwin. Ils présentent la form< 
d'hexagones allongés, dont les colonnes engagées, à l'est et i 
l'ouest, supportent, comme celles des autres piliers, la retom 
bée des arcades latérales. Mais, entre ces deux groupes, 1< 
massif du pilier s'élève, du côté de la nef, jusqu'à la voût( 
du narthex, qui dépasse la hauteur de la nef comme cclle-c 
dépassait la hauteur du chœur, et en laissant également ur 
tympan découvert. Il y est accompagné, de chaque côté, pai 
deux colonnes en profil de cylindre aminci, et par quatn 
colonnes rondes. Même système vers les bas-côtés pour sup 
porter l'arc doubleau et les arcs ogifs de ces bas-côtés. 

Au-dessus des grands arcs qui séparent la nef des bas-côtés 
s'étend le triforium. A chacune des travées correspond, di 
côté de la nef, une série de quatre arcs en tiers-point, subdi- 
visés eux-mêmes en deux arcs secondaires trèfles; entre h 
tiers-point et les arcs trèfles, le tympan ajouré dessine quatr 
lobes. Du côté des voûtes des collatéraux, il est fermé pa 
une clôture en pierre, ajourée de fenêtres à lancettes et d« 



DESCRIPTION ARCHÉOLOGIQUE. m 

rosaces, formant une verrière continue : disposition légère, 
hardie et lumineuse, qu'on ne rencontre que depuis i2 25- 
1280 et que le maître ne peut avoir prise qu'à Saint-Denis. 
De chaque côté, dans la dernière travée, le mur est plein et 
décoré de fausses arcades. 

Une frise de feuillage court sur les sommets des arcs des baies 
ouvertes du côté de la nef; puis commencent, juste au-dessus, 
les hautes fenêtres, allongées en tiers-point, quatre par travée 
également ; l'arc brisé qui les réunit deux par deux encadre 
une rosace à quatre lobes ; au-dessus des deux rosaces à quatre 
lobes, une rosace à six lobes les réunit, et domine le fenes- 
trage, immédiatement sous le grand arc formeret de la travée. 
Ici encore, la ressemblance avec Saint-Denis est frappante : 
d'abord, le meneau principal est doublé, ce qui est rare dans 
les fenêtres à quatre parties, et se rencontre à Strasbourg 
comme à Saint-Denis; ensuite, dans les deux édifices, il y 
a une liaison intime entre les baies du triforium et les 
hautes fenêtres de l'étage supérieur : toutefois, tandis qu'à 
Saint-Denis le meneau principal double des hautes fenêtres se 
continue sans arrêt, divise les baies du triforium comme il a 
divisé les fenêtres et descend appuyer directement sa base sur 
l'appui même du triforium, à Strasbourg ce meneau ne des- 
cend des fenêtres au triforium qu'en s'arrêtant au plafond du 
triforium pour reprendre un peu plus bas. La liaison n'en 
reste pas moins étroite du triforium aux fenêtres, et il ne 
resterait plus, pour faire des deux étages comme un réseau 
unique sans solution apparente de continuité, qu'à ajourer 
les écoinçons inscrits entre l'appui des fenêtres et les arcs du 
triforium, ainsi que l'architecture contemporaine en offre 
quelques exemples. 

Aux colonncttes des fenêtres et du triforium, les tailloirs 



lia LA CATHÉDRALE DE STRASBOURG. 

manquent complètement : les chapiteaux sont comme de 
simples renflements, en feuillages joliment sculptés. Quelques- 
uns des chapiteaux du triforium offrent des particularités 
curieuses, des personnages humains, avec ou sans rappel de 
souvenirs religieux : au triforium du nord, une batterie dans 
les vignes, ou bien deux femmes nues se cachant des regards 
d'un homme; au triforium du sud, Adam et Eve chassés du 
paradis, et aussi un remarquable retour au système de l'or- 
nementation romane : un groupe de lézards plus ou moins 
fantastiques accolés au chapiteau. C'est là aussi peut-être, 
décorant un ou deux de ces chapiteaux*, que se trouvait 
représentée la célèbre procession animale que Fischart repro- 
duisit sur bois au xvi^ siècle ^, et qui a soulevé plus d'un incident 
comme plus d'une controverse : le renard porté au tombeau, 
«ur une civière, par le cochon et le bouc, le cerf disant la messe, 
l'âne lisant l'Évangile, et, en tête du cortège, l'ours avec le 
goupillon et l'eau bénite, le loup avec la croix, le lièvre 
avec un cierge. Était-ce simplement une illustration du roman 
du Renard qu'on aurait sculptée ici dès le xiii" siècle ? Peut- 
être, — mais non sans intention satirique. A vrai dire, étant 
donnée la place que ce chapiteau occupait, bien en vue, près 
de la chaire et près du chœur, il est probable qu'on doit lui 

I. Ou peut-être d'une des colonnes de la nef? L'emplacement n'a jamais 
été déterminé avec précision (voir Schad, p. 67; Grandidier, p. 2G4 ; Kraus, 
p. /17/j et 478; Meykr-Ai-tona, p. GG); dans le voisinage du chœur, certaine- 
ment, et visible de la chaire, — mais de quelle chaire? de l'ancienne, qui se 
trouvait dans le croisillon nord? ou de la nouvelle, construite dans la nef par 
Hammerer? 

2. « En y ajoutant des vers, dit Grandidier, qui en donnent une explica- 
tion également cynique et impertinente ». L'ouvrage de Fischart, im- 
primé à Strasbourg en 1G08, après sa mort, s'appelait : « Thierfabel mil 
D. Johann Fischarls, genannt Mentzer, Erklerunç) und Aixslegung einer von 
verschiedenllichen zahmen und vnlden Thieren haltenden Mess, n 



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DESCRIPTION ARCHÉOLOGIQUE. ii3 

attribuer moins le sens d'une moquerie contre les mystères 
et les pratiques les plus saintes de la religion, que celui d'une 
leçon pour les prêtres ignorants et sans foi; ingénieusement, 
à ce propos, on a rappelé que Philippe le Bel faisait jouer la 
Procession du Renard par ironie pour le pape Boniface, et 
rapproché du chapiteau de Strasbourg une inscription de 
l'ancienne abbaye de Laach (Prusse rhénane) : dans un chapiteau 
également, sur le phylactère tenu par un diable, les mots : 
(( Peccata romana » . Toujours est-il — qu'il s'agît d'une parodie 
des mauvais prêtres, de la curie romaine ou du culte même — 
que ces sculptures ne furent détruites qu'après la reprise de 
possession de l'église par les catholiques : un tailleur de pierre 
les racla, en i685, pour « anéantir cet opprobre de la reli- 
gion )) * . 

Le triforium offre encore à l'ornementation d'autres sur- 
faces que les minces chapiteaux de ses colonnettes : dans les 
triangles renversés que forment les arcs de deux baies succes- 
sives avec l'appui des fenêtres supérieures et que divise en 

I. Quarante ans plus tard, en 1728, quelques exemplaires de la gravure de 
Fischart qui représentait les sculptures alors détruites, ayant été trouvés chez 
un libraire luthérien de la ville, Jean-Pierre Tschernein, celui-ci fut dénoncé 
au cardinal Armand-Gaston de Rohan, évêque de Strasbourg, qui envoya une 
des estampes à Versailles et demanda justice. Traduit devant le Grand-Sénat 
de Strasbourg, le malheureux libraire eut beau protester qu'il les vendait 
« sans le moindre mépris ni malice pour la religion catholique », le réqui- 
sitoire insista sur le fait que « le débit s'est fait le lendemain même de la 
procession de la Fêle-Dieu, dont l'auguste solennité et magnificence choque 
les esprits faibles parmi les luthériens » ; Tschernein fut condamné à faire 
amende honorable, devant la porte principale de la cathédrale, « nu, en che- 
mise, la corde au col, tenant en main une torche do cire ardente du poids de 
deux livres », il fut « banni à perpétuité de la ville » et a lesdites estampes 
brûlées par les mains du bourreau ». (Voir : Le Bibliographe alsacien, publié 
par Ch. Mebl, Strasbourg, i8G3, in-8": — Ghaiipfleurt, Histoire de la cari- 
cature au moyen d(je, 2* édit., Paris, Dentu, [1875], in-ia; — Reiber (Perd.), 
Fac-similé d'une gravure du XVI* siècle, tiré à petit nombre. Strasbourg, i8qo.) 

10. 



ii4 LA CATHÉDRALE DE STRASBOURG. 

deux le prolongement du meneau entre les deux baies, des 
motifs sont sculptés, d'un relief d'autant plus vigoureux 
qu'ils sont destinés à être vus de plus bas : ainsi, des chiens, 
des monstres, des dragons ailés, un ange avec une couronne et 
une inscription, une sainte Cécile, un saint Yalérien. 

Les bas-côtés. — Les bas-côtés ont une largeur de huit 
mètres. Ils sont voûtés sur des croisées d'ogives, dont les clés en 
feuillages sont (sauf celles des première, deuxième et qua- 
trième travées du bas-côté sud) ornées de tètes sur la face occi- 
dentale. Les demi-piliers qui, aux murs, soutiennent les voûtes, 
sont composés de cinq colonnes, dont les chapiteaux de feuil- 
lages et les bases à scoties étroites sont pareils à ceux des co- 
lonnes de la nef principale. Une de ces colonnes, la plus forte, 
s'élève directement jusqu'à la voûte, où elle porte la retombée 
de l'arc doubleau ; les deux qui la flanquent immédiatement 
à droite et à gauche et qui reçoivent les arcs ogifs, semblent 
traverser le sol du chemin de ronde dont nous parlerons plus 
loin; les deux dernières, où s'appuient les formerets des 
fenêtres, arrêtent leurs bases au sol de cette galerie de circu- 
lation. 

Tout au long des bas-côtés, à partir de la troisième travée 
— la partie du mur correspondant aux deux premières ayant 
été percée par l'ouverture des chapelles Saint-Martin et Sainte- 
Catherine — , s'étend, comme à Trêves et à Reims, une arca- 
iure aveugle : sept arcades par travée, plus, de chaque côté, 
une demi-arcade qui amorce, par derrière les piliers, celles des 
travées précédente et suivante. Comme la partie supérieure 
du mur est en surplomb jusqu'au-dessous des chapiteaux, les 
arcs sont, si je puis dire, plus aveuglés que l'espace entre les 
colonnes qui les supportent, — et qui laissent, entre elles et 



DESCRIPTION ARCHÉOLOGIQUE. n5 

le mur, un étroit passage. Les chapiteaux et les bases de ces 
colonnes sont du même style qu'aux autres colonnes des nefs. 
Les arcs sont en tiers-point, encadrant un arc tréflé. Dans 
le triangle que forme, au-dessous du chemin de ronde, avec 
le rebord du chemin comme base, l'angle de jonction de deux 
arcs successifs, s'inscrit un petit cercle, et, dans le petit cercle, 
un trèfle, avec des motifs sculptés. Ces reliefs sont très va- 
riés* : hommes, bêtes et monstres, symboles et réalités, illus- 
trations de fables contemporaines, comme celle du renard, ou 
rappel par l'image de traditions chrétiennes : un diable assis sur 
un homme, l'agneau pascal avec la croix, un singe mangeant 
des cerises, un personnage (Dieu?) tenant un globe dans ses 
mains (arcature du bas-côté sud), une tête ornée de pampre, 
un loup auquel une cigogne enfonce son bec dans le gosier 
(arcature du bas-côté nord) ; parfois le tableau se continue 
au delà du petit cercle, jusque dans les angles du triangle, par 
des motifs qui se rapportent au sujet central : ainsi, le Christ 
entre deux anges avec leurs encensoirs; ainsi encore, une 
scène de chasse, les chasseurs dans le cercle du milieu, les 
chiens dans un des coins, un sanglier dans l'autre. 

Ces cercles et ces motifs sculptés n'existent pas dans les 
arcades de la troisième travée (on se rappelle que l'arcature 
ne commence qu'à cette troisième travée, les deux premières 
étant remplacées par l'ouverture des chapelles latérales) dont 
les formes généralement plus simples indiquent, pour celle 
du nord comme pour celle du sud, une époque plus an- 
cienne. 

Au-dessus des arcatures, traversant les piliers contre le 
mur extérieur, un chemin de ronde qui, lui aussi, rappelle 

I. Voir Meyer-Ai.to:<a, ouv. cité, p. Bg. Cette intéressante étude nous aélé 
très utile pour la nomenclature et la description des sculptures. 



n6 LA CATHÉDRALE DE STRASBOURG. 

Saint-Denis et l'école champenoise : c'est une disposition rare, 
et qui s'ajoute aux autres ressemblances précédemment rap- 
pelées pour faire croire que le maître de Strasbourg a dû con- 
naître, à Saint-Denis, la réfection de i23o*. 

Enfin, un peu au-dessus du chemin de ronde s'arrête la 
base des fenêtres des bas-côtés : moins hautes que celles de la 
nef, d'ailleurs pareilles à celles-ci, divisées également en 
quatre panneaux, le meneau principal étant double, avec 
trois rosaces, deux à quatre lobes, une à six. 



Dans le bas-côté sud, à la hauteur de la chapelle Sainte- 
Catherine dont nous allons parler, s'ouvrait, depuis les temps 
les plus lointains, un puits célèbre, où la tradition voulait 
que les druides eussent déjà puisé pour leurs ablutions, avant 
la construction de tout temple et de toute église en ce lieu ; saint 
Rémi l'aurait ensuite bénit, et depuis, pendant six cents ans, 
les curés de la ville et des environs se servirent de cette eau 
pour les baptêmes. On aimait à faire croire aux petits enfants 
de Strasbourg qu'ils étaient venus au monde dans ce puits, 
appelé pojDulairement Kindelsbrannen. Sur trois des faces de la 
margelle hexagonale qui l'entourait, depuis le xiv'' siècle sans 
doute, trois piles s'élevaient, se réunissant au centre de l'hexa- 
gone par trois linteaux richement décorés et soutenant la 
poulie à leur point de jonction^. Le puits a été fermé en 1766 

1. Voir ; G. Dehio^ Influence de l'Art français sur l'Art allemand 'aa 
XIII* siècle, trad. par Bertaux, dans : Revue archéologique, igoo ; — 
H. Stein, Pierre de Monlereau, archilecte de l'église abbatiale de Saint-Denis. 
dans : Mémoires de la Société des Antiquaires de France, t. LXI, igoa; — 
P. ViTRY et G. Brièiie, L'Église abbatiale de Saint-Denis et ses Tombeaux, Paris, 
D.-A. Longuet, 1908, in-iG. 

2. VioLLET-LE-Duc, ouv. cHc , t. VII, p. 5G3, art. : Puits. 




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DESCRIPTION ARCHÉOLOGIQUE. 117 

et mis au niveau du pavé. Mais il alimente toujours par des 
conduites d'eau la petite fontaine voisine, à l'extérieur du 
bas-côté, dont se sert l'atelier des tailleurs de pierre. 

Les chapelles Sainte-Catherine et Saint-Martin 
(aujourd'hui : Saint-Laurent). — Deux chapelles laté- 
rales s'ouvrent sur les bas-côtés. 

Le mur de la première et de la deuxième travée, au sud^ 
est percé de six hautes baies étroites qui s'élèvent presque 
jusqu'à la voûte : derrière ces baies, dans l'angle du bas- 
côté avec le transept méridional, s'étend la chapelle Sainte- 
Catherine (ou de la Croix). C'est une construction oblongue, 
ajoutée à l'édifice en i33i-i349. Les deux carrés qui la com- 
posent sont couverts chacun (ces voûtes sont une réfection 
de 1 542-1 547) d'un réseau de lignes courbes flamboyantes, 
à fond étoile de peinture toute moderne. Au milieu de ces 
circonvolutions, deux clés de voûte : l'une, celle de la voûte 
d'avant, montre la marque d'un maître de l'œuvre dans un 
•'cusson ; l'autre présente simplement la forme d'un oculus do 
grande dimension. Six longues fenêtres à vitraux éclairent la 
chapelle au sud. — Aux piédroits des longues baies par où la 
chapelle communique avec les bas-côtés s'élèvent cinq statues : 
un saint Florent moderne (remplaçant un ancien détruit), les 
autres, anciennes, mais sans grand intérêt : sainte Catherine 
tenant de la main gauche la roue symbolique de celle qui se 
brisa au lieu de la supplicier, un saint Jean et un saint 
Paul sans expression, une sainte Elisabeth à laquelle le 
dessin net et gracieux de son visage, l'élégance des plis de son 
manteau donnent peut-être un attrait qui manque à ses com- 
pagnons. Ces statues semblent avoir été peintes : celle de 
sainte Catherine porte, elle encore, des traces de couleurs sur 



ii8 LA CATHÉDRALE DE STRASBOURG. 

le vêtement. Au milieu de la cinquième baie, se dresse un 
grand Christ du xviii* siècle. — Au mur du sud, dans une 
niche, sous la dernière fenêtre, un bas-relief de la Mort de la 
Vierge, justement célèbre, rappelle la mémoire de Conrad 
Bock et de sa femme Marguerite Beger. De chaque côté, dans 
le cadre de la niche, un ange porteur de flambeau; et, en 
dehors, les donateurs à genoux. x\u-dessous, l'inscription (en 
abrégé, selon l'usage) : « Anno Domini M CCCC LXXX obiit 
Conrad Bok armiger. Orale pro eo ». 

La chapelle Saint-Martin (aujourd'hui : Saint-Laurent) cor- 
respond, au nord, à la chapelle Sainte-Catherine : elle a été 
construite, près de deux siècles après la première, dans l'angle 
du bas-côté avec le croisillon nord(i5i5-i52o). Sa voûte est un 
réseau de losanges, dont les nervures sont peintes de couleurs 
vives. Au milieu de la deuxième travée près de l'autel, la clé 
est en forme d'oculus; les sept autres en forme d'écussons 
contiennent des figures de saints. Toutes les retombées se font 
— au mur du nord, entre les vitraux, comme du côté des baies 
par où la chapelle communique avec l'église — sur des dais 
abritant des statues modernes. Seul le pilier du milieu, du côté 
extérieur, n'en a pas. — La chapelle Saint-Laurent contient 
plusieurs épitaphes d'évêques (le caveau des évêques de Stras- 
bourg est situé au-dessous de cette chapelle), et, en lettres 
d'or sur fond de marbre noir, celle du premier gouverneur 
de la ville nommé par Louis XIV, Charles Saint- André Mar- 
nais de la Bâtie. 

L'extérieur des bas-côtés. — Par-dessus la longue ga- 
lerie ajourée en style ogival qui, depuis 1778, s'étend au rez- 
de-chaussée, de l'angle occidental des tours jusqu'aux por- 
tails des croisillons, on aperçoit l'appareil des contreforts. 



DESCRIPTION ARCHÉOLOGIQUE. 119 

Arcs-boulants simples (contrairement à ceux de Saint-Denis), 
de neuf mètres d'envergure, percés, près de la tête, d'un qua- 
drilobe, et reposant de ce côté sur une légère colonne ronde, 
libre ; contreforts puissants, lourds peut-être si on les com- 
pare aux autres parties de l'arcbitecture. A chaque retombée 
des voûtes correspond un arc-boutant et un contrefort. Au- 
dessus des fenêtres basses comme des fenêtres hautes, courent 
une frise feuillagée et une balustrade découpée. Sur les travées 
des bas-côtés s'ouvrent de petites lucarnes, du style de la 
Renaissance. 

Au point d'appui des arcs-boutants sur les contreforts, 
deux clochetons à crochets s'étagent l'un au-dessus de l'autre; 
les clochetons inférieurs abritent chacun trois statues sous 
trois niches, une au milieu, les deux autres en retour. La 
plupart des statues sont nouvelles ou renouvelées; le pre- 
mier contrefort de l'est (côté sud) a gardé ses trois statues 
anciennes, trois personnages, l'un avec sa canne à corbin, 
l'autre comptant sur ses doigts, le troisième est un prêtre avec 
son encensoir; la sainte Marguerite, avec la croix, la palme 
et le dragon, qu'on voit au deuxième contrefort de l'est 
(côté sud), est une reproduction qui remplace, à cet endroit 
même, une statue ancienne conservée à la Maison de l'Œuvre. 
— Un peu au-dessous de ces clochetons, à la hauteur de la 
corniche qui passe sur les sommets des fenêtres basses, de 
petits pignons triangulaires s'élèvent, au sommet desquels, 
sur des fleurons de pierre, sont accroupies d'élégantes formes 
d'animaux. Beaucoup sont refaites, il est vrai. De même, 
beaucoup de restaurations dans les gargouilles qui ornent la 
base des clochetons inférieurs et celle des pignons triangulaires : 
types d'animaux, empruntés à la nature (un bouc, un che- 
val, un âne, un cerf, sur les deux piliers de l'est, au nord et 



«30 LA CATHÉDRALE DE STRASBOURG. 

au sud) ou déformés par l'imagination, comme ce squelette 
de tête animale greffé sur des pattes de lion, qu'on voit sur 
un des contreforts de l'ouest. La plus ancienne des gargouilles, 
et la plus grande en même temps (i^So de longueur), est 
difficilement visible aujourd'hui : c'est un lion, très stylisé, 
-qui déversait au pied du dernier contrefort de l'est les eaux 
du toit du bas-côté nord, et que l'édification ultérieure de la 
chapelle Saint-Martin a destitué de son emploi; il est main- 
►tenant en partie encastré dans le toit de cette chapelle. 

Le bas-côté sud, un peu avant la chapelle Sainte-Catherine, 
.s'ouvre par une porte qui, à l'extérieur, présente un grand 
arc en tiers-point retombant jusqu'au sol, sans chapiteaux, 
et contournant un arc tréflé : c'est la porte dite des Tailleurs- 
'de-Pierre, parce que leur atelier est installé entre les contre- 
forts voisins et qu'elle leur donne une entrée directe dans la 
cathédrale. 

L'addition des deux chapelles Sainte-Catherine et Saint- 
Martin aux XIV® et xvi* siècles a absorbé les deux premiers 
contreforts de la nef. Chacune d'elles, étant en saillie sur le 
bas-côté, et s' appuyant, à l'est, sur le mur du croisillon cor- 
respondant, s'appuie, à l'ouest, sur le deuxième contrefort de 
la nef; quant au premier, il pénètre complètement dans la 
-construction oblongue de la chapelle et en marque la division 
en deux carrés. Les hautes baies lancéolées des chapelles sont 
séparées elles-mêmes par des contreforts décorés de clochetons. 
— La galerie ogivale du rez-de-chaussée épouse la saillie que 
forment les deux chapelles sur les bas-côtés et les accompagne 
jusqu'aux portails latéraux. 



DESCRIPTION ARCHÉOLOGIQUE. 



lai 



IV 

LE NARTHEX ET LA FAÇADE OCCIDENTALE. — LES TOURS. — LA FLÈCHE 

La cathédrale, on l'a vu, s'est développée régulièrement de 
Testa l'ouest : crypte des xi'-xii" siècles, chœur et transept des 
xii*-xiii% nef du xiii^; nous arrivons maintenant à la der- 
nière partie de ce développement, avec l'œuvre d'Erwin. 

Le narthex. — Le narthex a neuf mètres de profondeur. 
Il se compose de trois parties correspondant à la nef et aux 
bas-côtés. La voûte centrale est sexpartite : aux arcs ogifs 
qui s'y croisent comme dans les travées de la nef, s'ajoute 
un arc mince dans l'axe de l'édifice. Aux voûtes des deux 
tours on a ajouté un dernier arc, transversal ; elles sont ainsi 
divisées en huit parties. Les branches des arcs viennent buter 
au centre sur des oculi de grande dimension. 

La rupture avec l'époque antérieure est nette. Non seule- 
ment les piles de soutien des tours, qui commençaient, on l'a 
vu, du côté de la nef, comme les autres piles, s'allongent, 
avançant vers l'ouest, en un plan hexagonal énorme, et se 
surélèvent par rapport à la voûte de la nef, soulignant ainsi le 
raccord de la partie nouvelle avec la partie ancienne; mais 
encore les formes intérieures de cotte partie nouvelle imposent 
déjà à l'esprit la dominante de la ligne verticale qui sera si 
caractéristique à l'extérieur. Au mur, de chaque côté, une 
suite de huit arcades aveugles, surmontée de gables ajourés 
dont la pointe dépasse le sol du chemin de ronde. Une même 
nrcnlurc, au mur occidental, comprend deux arcades, de chaque 



132 LA CATHÉDRALE DE STRASBOURG. 

côté des portes latérales, trois arcades, de chaque côté du grand 
portail ; les unes et les autres s'engagent dans de longues baies 
aveugles qui les prolongent. Au milieu du grand portail, le 
trumeau est orné, sur un pilier octogonal, d'une statue de 
saint Pierre; au-dessus, une rose aveugle à douze feuilles 
inscrite dans un carré, qui est peut-être un essai préalable de 
la grande rose exécutée plus haut ; puis, une rangée de huit 
niches aveugles; enfin, au-dessus du triforium, la grande rose 
à seize feuilles vitrée. 

La façade occidentale. — La façade occidentale, cons- 
truite par Erwin, s'étend sur une largeur de l\o mètres, et 
s'élève à 66 mètres de hauteur (jusqu'à la plate- forme). Deux 
galeries la divisent en trois étages, une troisième borde en 
saillie la plate-forme supérieure : seuls arrêts horizontaux dans 
l'immense jeu de lignes verticales qui monte du sol à la plate- 
forme et se continue par la tour du nord jusqu'à l'extrémité 
de la flèche. Tous les détails de la structure concourent à éle- 
ver le regard, à donner cette impression de hauteur à la fois 
imposante et légère. 

Quatre contreforts puissants divisent la façade, dépassent 
les portails de trois mètres de saillie à la base, sans que les 
portails empêchent de suivre depuis le sol la montée des con- 
treforts, sans que les contreforts repoussent les portails en 
avant au point de les détacher de l'ensemble : tandis que les 
portails d'Amiens et de Reims, par exemple, semblent être 
des œuvres à part, plus riches de formes et d'ornementation, 
mais presque indépendantes de l'édifice, — à Strasbourg, 
comme à Saint-Denis, comme à Paris, les contreforts sou- 
tiennent la masse de l'œuvre sans rompre le lien des portails 
entre eux ni avec le reste de la construction. Sur la face de 



DESCRIPTION ARCHÉOLOGIQUE. isS 

ces contreforts — motifs d'ailleurs répétés sur leurs côtés — 
s'étagent de hautes arcades gothiques aveugles, divisées en 
panneaux par de minces colonnettes engagées. Puis, à la 
hauteur du premier étage et du deuxième, les contreforts 
s'évident,de manière à former des dais élevés et surmontés de 
longs clochetons, pour laisser passer, parallèlement aux murs, 
quatre statues équestres*. 

Les gables allongés et finement ajourés des portails, par- 
ticulièrement celui du portail central; les clochetons aux 
ilèches très élancées qui sont disposés sur leurs rampants et 
qui, pour le portail central, s'élèvent jusqu'à la rose; les 
hautes arcatures, aux minces colonnettes et aux rosaces 
ajourées, qui, quoiqu'un peu en retrait, se confondent presque 
avec ces clochetons pour les prolonger encore, et constituent 
devant le mur une sorte de légère claire-voie jusqu'au premier 
balcon; puis, du premier au second balcon, sur la face des 
tours, devant le mur percé d'une vaste fenêtre, la claire-voie 
qui reprend, en six longues baies : sorte d'écrin à jour, ou 
d'écran, disposition dont on ne connaît pas d'autre exemple, 
discutée souvent, du point de vue d'un art sévère, mais dont 
on ne peut contester la délicatesse et la grâce; puis, du 
deuxième au troisième balcon, les trois hautes fenêtres lancéo- 
lées qui les joignent l'un à l'autre, d'un seul tenant; enfin, la 
tour nord, qui se prolonge, seule, mince, transparente : tout 
cela s'ajoute, pour la continuer, à la première impression 
produite par les contreforts et l'ornementation verticale de 
leurs baies aveugles, de leurs dais et de leurs clochetons. 

Le portail central. — Le trumeau du portail central 
est décoré par une statue de la Vierge, couronnée, portant 

I. Clovis, Dagobert, Rodolphe de^Habsbourg et Louis XIV. Voir p. 64* 



124 LA CATHÉDRALE DE STRASBOURG. 

l'Enfant dans ses bras, œuvre moderne du sculpteur Grass. 

De chaque côté du portail central, dans des niches le long 
desquelles montent des frises de feuillages qui se continueront 
le long des voussures, s'élèvent les statues des Prophètes (fin 
du xiii° et premier tiers du xiv* siècles) : il y en a cinq de 
chaque côté, qui correspondent aux cinq voussures du por- 
tail ; plus, en dehors du portail, sur le mur de la façade, deux 
de chaque côté également : en tout, quatorze statues; deux 
seulement (la deuxième de gauche et la première de droite *, 
en dehors des ébrasements, sur le mur de la façade) sont 
modernes. 

La troisième statue, à gauche, est en costume du temps, 
une longue robe dont le col a deux revers fixés par des bou- 
tons, un bonnet pointu sous lequel s'échappent les cheveux 
abondants et bouclés; le visage est imberbe, l'énergie encore 
accentuée par le froncement des sourcils qui se rejoignent en 
un angle très marqué au-dessus du nez : trait rare dans les 
statues d'hommes jeunes à l'époque gothique; peut-être cette 
statue est-elle un portrait : la caractéristique de ces sourcils, 
et de ce costume contemporain qu'on ne retrouve pas sur les 
autres statues de la série, semblent l'indiquer^. 

La dernière statue, du même côté, est une Sibylle mêlée 
au groupe des Prophètes, jeune, vigoureuse, le front ceint 
d'un diadème étroit, les cheveux, de chaque côté du visage, 
descendant jusqu'au menton en ondulation douce, le manteau 
tombant de l'épaule gauche, ramené devant le corps en plis 
gracieux, puis remontant jusqu'à la ceinture pour s'y accro- 
cher; dans chaque main, elle tient un phylactère. 

I. Indications données, nous le rappelons, par rapport au visiteur qui re- 
garde le monument. 

a. Meter-Altona, ouv. cité, p. 28. — Voir notre pi. XXIL 



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DESCRIPTION ARCHÉOLOGIQUE. laS 

Presque toutes les autres statues sont de vieux prophètes, 
avec des barbes bouclées, partagées en deux ou en quatre tor- 
sades, et une petite boucle de cheveux qui apparaît sur le 
front ou sous le bonnet; ils sont presque pareillement vêtus 
de manteaux à plis, ramenés, chez deux d'entre eux, par- 
dessus la tête; d'autres ont la tête coiffée d'un bonnet, l'un, 
d'un diadème étroit à pierreries qui indiquerait un prophète-roi 
(le premier prophète à droite), un autre (le cinquième) d'une 
haute cape qui lui retombe en deux pointes sur les épaules et 
qui indique sans doute un grand-prêtre (pi. XXI); de leurs 
mains, ils tiennent des phylactères, enroulés encore ou dé- 
ployés et retombants ; deux d'entre eux les lisent avec avi- 
dité et sont contraints, pour y réussir malgré l'étroitesse des 
niches, à un mouvement difficile du bras droit qui rehausse 
l'épaule et leur donne une attitude malaisée. 

Le type commun de ces statues n'exclut pas, on le voit, 
quelque variété ; mais, de toutes, la Sibylle est certainement 
la plus vivante. La direction de la tête par rapport au corps 
accentue l'impression de mouvement, l'habile chute du man- 
teau ne s'exagère point en plis trop contournés; plus simple, 
«lie est pourtant moins froide que ses voisins plus tourmentés 
d'attitude et de physionomie. 

Le tympan — en quatre registres, dont les trois inférieurs 
ne sont refaits qu'en deux endroits, et dont le supérieur l'est 
romplèlcment — représente la vie du Christ depuis l'entrée 
Jérusalem jusqu'à l'Ascension : suite de scènes où l'on 
passe de l'une à l'autre directement, presque sans autres 
séparations que les trois lignes qui divisent horizontalement 
le tympan. 

Au premier registre : le Christ, sur son àne, approche de la 
porte de Jérusalem, où trois hommes l'attendent; un autre, 



126 LA CATHÉDRALE DE STRASBOURG. 

monté sur un arbre, regarde. De l'autre côté de la porte, et 
séparée par elle du premier tableau, la Gène : derrière la 
table couverte d'une nappe aux plis ondulés, le Christ et les 
Apôtres, debout, semblent causer; un seul est assis, comme 
effondré, devant Jésus, qui s'appuie doucement sur son épaule ; 
devant la table. Judas, accroupi, les mains jointes, regarde 
vers le Christ. — Puis, tandis que Judas embrasse le Christ 
d'un côté, de l'autre un soldat l'arrête, lui saisit la main 
gauche; de sa droite restée libre, le Seigneur touche l'oreille 
de Malchus agenouillé à ses pieds. Le Christ avance vers Pilate ; 
un homme à la face de nègre le prend au poignet, et va le 
frapper; Pilate, assis, coiffé du bonnet à pointes qu'on a vu 
tout à l'heure sur la tête de certains des prophètes, lève la 
main droite et semble détourner les yeux : geste et physio- 
nomie expriment son indifférence. — Dernier tableau à l'ex- 
trémité du registre : Jésus à demi nu, les poignets liés autour 
d'une mince colonne, est fustigé par deux valets de bourreau. 
Au deuxième registre, on voit d'abord le Christ, debout, 
la main droite croisée sur l'avant-bras gauche, entre deux per- 
sonnages, qui posent sur son front la couronne d'épines ; l'un 
d'eux porte le chapeau à longue pointe, ce pileus cornutus, 
sorte d'entonnoir renversé, qui était la coiffure imposée aux 
Juifs, dans le nord-est de la France et ailleurs, jusqu'au 
xv^ siècle, — et dont nous trouverons plus d'une représenta- 
tion dans la cathédrale. — A partir d'ici, la figure du Christ 
prend plus de valeur, se détache davantage de celles qui l'en- 
tourent. Le voici, la démarche alourdie par le poids de la 
croix, sur laquelle tirent, par devant, un Juif pareil à celui de 
la scène précédente, et une femme, qui tient trois gros clous 
dans sa main gauche. Le voici maintenant, au centre du tym- 
pan, crucifié, la tête penchée vers le cercueil ouvert d'Adam, 



DESCRIPTION ARCHÉOLOGIQUE. 127 

qui est étendu au pied de la croix : les artistes du moyen âge, 
suivant en cela les théologiens, aimaient à voir le Nouveau 
Testament annoncé par l'Ancien, et le squelette d'Adam 
devant Jésus crucifié rapprochait ainsi, selon le symbolisme 
cher à ce temps * , le Père de l'ancien monde et Celui du nou- 
veau, l'humanité perdue par la faute de l'un, rachetée par la 
mort de l'autre : « Adae morte novi redit Adae vita priori », dit 
une inscription sur un crucifix du xii^ siècle conservé au 
Musée de Lunebourg '^. Derrière le Christ, l'Église à sa droite, 
recevant dans une coupe le jet de sang qui coule de sa plaie, 
la Synagogue à sa gauche, toute de profil, les yeux bandés, la 
tête retombant sur la poitrine : ces deux petites figures rap- 
pellent l'attitude des deux belles statues de l'Église et de la 
Synagogue que nous avons vues au portail sud. A côté de 
l'Église, la Vierge, douloureuse, le visage penché vers la croix 
que l'Église tient de sa main droite; à côté de la Synagogue, 
Jean, la tète appuyée dans la main droite, l'Évangile dans la 
main gauche. — Vient ensuite la Descente de Croix. La tète du 
Christ s'appuie aux mains de Marie, son bras gauche tire sur 
le clou qui le retient encore. Et puis, la Résurrection, une 
Résurrection d'autant plus réaliste et vivante, si je puis dire, 
que le principal personnage en est absent : un sarcophage orné 
de fleurs de lis et monté sur de petites colonnes minces ; au- 
dessous, étendus à terre, trois soldats dorment ; un ange assis 



1. Voir M\LE, oai». cilé, p. aoo. Voir aussi : Spéculum humanae Salvalionis 
(livre de piété écrit par un moine du xiv* siècle, Ludolphe le Saxon, qui vé- 
cut une partie de sa vie à Strasbourg), édit. J . Lulz et P. Perdrizet (Meininger, 
Mulhouse, 1907-09, 3 vol. in-Zj"), t. II, p. a.'jg. — Et, ici même, p. i35. 

2. Dans Ch. Grah, ouv. cilé, p. 7/19. — Voir d'ailleurs une représentation 
analogue du cercueil d'Adam au pied de la Croix, dans le Horlus deliciarum, 
idit. citée, pi. XWVIII, avec ces mots sur le cercueil : « Ihcronomus refert, 

riod Adam sepuUus faeril in Caharie loco, ubi crucijixus est Dominas. » 



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ia8 LA CATHÉDRALE DE STRASBOURG. 

au bord du sarcophage comme sur la margelle d'un puits, 
montre aux Saintes Femmes le linceul vide. 

Au troisième registre, la mort de Judas, qui est une restau- 
ration, ainsi que le tableau suivant : des monstres sortant de 
la gueule ouverte de l'enfer, et un enfant nu qui pose sa 
main sur la tête d'Eve : motif difficile à expliquer, qui date 
de la réfection de ce groupe. Eve, nue, Adam, nu également, 
s'éloignent de l'enfer, entraînés par le Christ en longue robe 
avec la croix dans le bras gauche. Voici maintenant Made- 
leine à genoux et le Christ faisant le geste de défense : Noli 
me tangere; enfin, dans la maison où les Apôtres l'entourent, 
saint Thomas incrédule touchant les plaies du Seigneur. 

Au quatrième registre, les Apôtres à genoux, Marie et Jean 
debout, les anges, le Christ qui s'élève au ciel; toute la scène 
est moderne. 

Le réalisme de cette œuvre s'affirme par plus d'un trait : 
des gestes et des physionomies très vivants, comme l'indiffé- 
rence de Pilate ou le Noli me tangere de Jésus, comme le Juif 
et la femme aux trois clous tirant sur la croix, comme les sol- 
dats dormant sous le sarcophage vide ; plus encore, les costumes 
des personnages, le Christ sans nimbe, et cette porte de ville 
où l'on va recevoir le Seigneur, et cette maisonnette où saint 
Thomas vient chercher la certitude : tout un rappel de la 
mise en scène des Mystères contemporains. 

Cinq voussures entourent le tympan de scènes sculptées, 
modernes, remplaçant des sculptures anciennes détruites pen- 
dant la Révolution. La rangée extérieure a élé refaite parle 
sculpteur Malade, les quatre intérieures par Vallastre. La pre- 
mière représente successivement, chacune des scènes étant sé- 
parée de la suivante par le dais qui la recouvre : Dieu créant le 
monde, — l'Esprit de Dieu flottant sur les eaux, — Dieu créant 



CATHÉDRALE DE STRASBOURG 




DEUX PROPHÈTES 
(Qrand porUil) 



DESCRIPTION ARCHÉOLOGIQUE. 129 

le soleil et la lune, — Dieu séparant les eaux d'avec l'air, — 
Dieu créant le firmament, — la création des plantes et des arbres 
fruitiers, — la création des oiseaux et des poissons, — la création 
des autres animaux, — Dieu créant Adam et Eve, — puis 
leur défendant le fruit de l'arbre, — Eve séduite par le ser- 
pent, x\dam séduit par Eve, — Adam appelé par Dieu, — 
Adam et Eve chassés du paradis, — la naissance de Caïn 
et d'Abel, — Eve occupée à filer, tandis qu'Adam cultive la 
terre, — le sacrifice offert par Gain et Abel, — le crime de Gain, 

— et sa fuite. — Dans la deuxième voussure : Abraham 
demande grâce pour les Sodomites, — le sacrifice d'Abraham, 

— l'arche de Noé, — Noé ivre outragé par Cham, — Jacob 
voit en songe les anges monter les degrés de l'échelle, — le 
buisson ardent, — le Serpent d'airain, — Moïse fait jaillir de 
l'eau du rocher, — Josué et Judas, — Othoniel, premier 
juge, — Elie laisse son manteau à Elisée, — Jonas rejeté par 
la baleine, — Samson déchire la gueule du lion, — le roi Ézé- 
chias prie pour recouvrer la santé, — Josué fait poser une 
grande pierre sous un chêne à Sichem, — la conversion du 
roi Manassé. — La troisième voussure comprend, en quatorze 
scènes, les martyres des douze apôtres et des diacres saint 
Etienne et saint Laurent. — La quatrième, douze person- 
sonnagcs derrière des pupitres; les deux premiers au bas de 
chaque rangée représentent les Evangélistes, avec leurs attri- 
buts, — les autres, les huit premiers Docteurs de l'Église, 

— La cinquième voussure, enfin, contient les miracles du 
Christ : Jésus guérit les malades et les lépreux, rend la vue aux 
aveugles, chasse les démons des possédés, ressuscite les morts. 

Les portails latéraux. — La disposition des statues est 
la même aux portails latéraux qu'au portail central : leur 



i3o LA CATHÉDRALE DE STRASBOURG. 

série commence aux ébrasements du portail et s'achève, de 
chaque côté, sur le mur de la façade. Mais les portails latéraux 
sont plus étroits que le portail central ; au lieu de quatorze 
statues, il n'y en a que douze; et les frises de feuillages, au 
lieu de séparer toutes les niches et d'accompagner toutes les 
voussures, ne suivent que le bord extérieur de la première et 
de la dernière. 

Le portail latéral nord. — Le portail latéral nord est celui 
des Vertus et des Vices. Ces figures, comme les Prophètes que 
nous venons de voir au portail central, comme les Vierges 
sages et les Vierges folles que nous verrons au portail latéral 
sud, datent d'entre 1290 et i33o environ. 

On sait quelle fut l'influence de la littérature religieuse 
et morale sur la statuaire des cathédrales; c'est de cette 
littérature que sont nées les premières figurations des \ ertus 
et des Vices. Le poème de Prudence, la Psychomachie, très ré- 
pandu encore au xn* siècle, les dépeignait solidement armées 
et combattant les unes contre les autres : dans beaucoup 
de représentations contemporaines, comme aux chapiteaux 
de Notre-Dame-du-Port, l'équipement ne leur manqua 
point, ni les gestes d'eflbrt et de lutte. Puis, peu à peu, 
triomphantes, elles avaient pris un air d'assurance : ainsij 
deux voussures du porche septentrional de Chartres, où leî 
Vertus semblent avoir remporté la victoire sans combattre cl 
ne regardent môme pas les Vices vaincus à leurs pieds. Les 
statues de Strasbourg, encore armées de la lance, rappellent le 
première époque, mais, par leur attitude et leur physionomie, 
elles tiennent surtout de la deuxième. 

Le front ceint d'une couronne légère ou d'un mince ban- 
deau rehaussé de pierreries, vêtues simplement d'une longu< 



DESCRIPTION ARCHÉOLOGIQUE. i3i 

tunique qu'une ceinture serre gracieusement à la taille ou 
couvertes encore d'un manteau qu'un cordon retient aux 
épaules ou une agrafe sur la poitrine, droites ou légèrement 
déhanchées, elles ont, toutes, à peu près la même douceur 
d'expression et de geste; elles jouent avec leurs lances plutôt 
qu'elles ne s'en servent; sauf deux ou trois, les monstres 
qu'elles écrasent sont plutôt des attributs que des vaincus ; et 
l'on regrette que le temps ait usé la lettre des phylactères, 
puisque seuls ils auraient permis de reconnaître la Prudence 
d'avec la Justice ou le Courage d'avec la Tempérance; si douce 
est la lutte, que plus d'une d'entre elles ressemble aux Vierges 
de l'autre portail latéral. — On voit combien le type nouveau 
prédomine sur l'ancien, dont elles n'ont guère conservé, par 
une sorte de respect des traditions, que cette lance de parade 
que leurs mains ne savent plus manier. Pour le reste, elles 
ont le calme des Vertus assises aux bas-reliefs de Paris, de 
Chartres et d'Amiens, où est l'origine certaine et de leur icono- 
graphie et de leur esthétique. L'iconographie locale, si l'on en 
juge par le Hortas deliciarum d'Herrade de Landsberg* (anté- 
rieur d'un siècle, il est vrai), leur aurait plutôt donné le type des 
Vertus armées très réellement combattantes; — et l'esthétique 
germanique, à Magdebourg', par exemple, en était encore à 
ces agitations de plis, à ces bouillonnements du vêtement 
que certaines écoles françaises avaient connus au xii" siècle, 
et qui, en France, s'étaient alors depuis longtemps apaisés. 

Le tympan du portail et les statues des voussures sont des 
réfections modernes. Le tympan comprend trois registres : celui 
du bas contient l'Adoration des Mages ; celui du milieu le Mas- 
sacre des Innocents et la Fuite en Egypte; au sommet, la Pré- 

I. Édil. citée, pi. XLIII et suiv. Voir p. 99. 
3. Les Vierges sages et les Vierges folles. 



t32 LA CATHÉDRALE DE STRASBOURG. 

sentation de Jésus, que Joseph et Marie tiennent debout 
sur un autel. 

Le portail latéral sud. — Le portail latéral sud est celui des 
Vierges sages et des Vierges folles. La parabole de l'Évangile 
est connue : le Seigneur ne dit pas l'heure de sa venue ; il faut 
être prêt à le recevoir, comme les cinq vierges sages, qui 
attendent à la maison l'arrivée de l'épouxet de l'épouse; ils 
tardaient ; elles se sont endormies ; mais elles avaient reçu des 
lampes et de l'huile, et, ainsi, à quelque heure que ce fût, les 
vierges sages pourraient toujours aller au-devant du couple 
attendu, même la nuit; tandis que les vierges folles, qui ont 
gaspillé leur provision d'huile, seront surprises au dernier 
moment et demanderont de l'huile aux sages, qui les ren- 
verront au marchand. La parabole ne s'est pas contentée de 
rester parabole ; elle s'est spiritualisée elle-même ; du couple 
attendu, l'épouse a disparu, l'époux est devenu le céleste 
Époux, auquel se consacrent les Vierges sages, tandis que les 
Vierges folles obéiront à la voix du Séducteur : thème mora- 
lisateur et qu'on peut faire parler aux yeux des foules. 

Les douze statues sont disposées comme celles des \ertus : 
huit dans les niches du portail (quatre de chaque côté), deux 
de chaque côté en façade ; le Séducteur occupe la droite des 
Vierges folles, l'Époux la droite des Vierges sages. Aux pieds 
de presque toutes ces statues, de minces coussins de pierre qui 
dépassent irrégulièrement les socles où ils s'appuient, sou- 
lignant ainsi, plus que dans les groupes correspondants des 
deux autres portails, les difficultés d'une statuaire faite pour 
l'architecture, mais sans qu'on ait toujours mesuré assez 
exactement l'adaptation possible de l'une à l'autre. Seuls le 
Séducteur et sa voisine, peut-être un peu postérieurs, se 



DESCRIPTION ARCHÉOLOGIQUE. i33 

dressent sur des plateaux rectangulaires, l'un à biseaux, 
l'autre droit, qui s'adaptent carrément aux socles correspon- 
dants. Leurs visages n'ont rien d'exagérément troublé, les 
plis de leurs manteaux n'offrent pas de mouvements trop 
violents : rien ne rappelle ici les attitudes et les expressions 
tourmentées où se complaisait l'école germanique contempo- 
raine, à Magdebourg, à Erfurt, les \ierges sages manifestant 
largement leur joie, les Vierges folles se frappant la poitrine 
et sanglotant. Beaucoup de simplicité, au contraire, et de 
grâce; presque trop de simplicité : peut-être découvre-t-on 
aux Vierges sages une physionomie plus sereine, et à deux 
des Vierges folles une sorte de tristesse repentante, qui 
peuvent les diversifier ; pourtant leurs places respectives et la 
traditionnelle position des lampes droites ou renversées, y 
aident plus que leurs attitudes et l'expression de leurs visages. 
Le Séducteur et sa voisine sont particulièrement intéressants : 
leurs visages à fossettes, souriants, lui, offrant la pomme ten- 
tatrice, attirant et fanfaron, dont on ne se défierait pas si l'on 
n'apercevait derrière son dos les serpents immondes du vice, 
— elle, la main droite à l'épaule, prête à détacher sa robe, déjà 
consentante et sans remords, la lampe tombée à terre, — tous 
deux tels qu'on les retrouvera, mais plus lourds et grossiers, 
à la cathédrale de Bâle : ces figurations accentuent encore 
le caractère humain de la parabole moralisatrice. 

Le groupe des \ ierges sages et des Vierges folles se rattache 
visiblement, comme celui des Vertus, à la statuaire française 
contetnporaine. Sans doute, en France, il ne prenait généra- 
lement pas, dans la décoration de l'église, une importance 
aussi considérable ; on voyait les Vierges sages et les Vierges 
folles dans des voussures (Reims) et dans des roses (Bourges), 
et l'idée de leur consacrer de grandes statues indépendantes 

13 



i34 LA CATHÉDRALE DE STRASBOURG. 

pouvait venir de Magdebourg ^ — ce qui, par voie de consé- 
quence, aurait produit aussi le groupe symétrique des Vertus 
et des Vices, également important à Strasbourg, également 
secondaire à Paris ou à Amiens. Il faut toutefois remarquer 
qu'à Chartres déjà, dans la baie latérale gauche du portail 
septentrional. Vierges et Vertus se trouvaient rassemblées en 
un groupe important et compact (mais dans des voussures 
encore), avec d'autres figures de signification voisine : les 
Fruits du Saint-Esprit, les Béatitudes Célestes. Quoi qu'il en 
soit, si même les Vierges de Strasbourg rappellent iconogra- 
phiquement celles de Magdebourg, esthétiquement elles en sont 
fort loin, comme on l'a vu tout à l'heure, et elles n'ont évi- 
demment subi d'autre influence que celle du centre de la 
France. 

Les piliers sur lesquels se dressent ces douze statues du por- 
tail latéral de droite, se terminent en haut, sous les coussins 
où s'appuient les pieds des Vierges, par des cubes engagés. 
Sur les faces visibles des cubes, dans des médaillons quadri- 
lobés, dont chaque côté présente la forme d'une accolade et 
qui rappellent ceux de la porte de la Calende et de la porte dos 
Libraires à la cathédrale de Rouen, du soubassement extérieur 
des chapelles absidales de Notre-Dame de Paris et aussi du 
portail d'Andréa Pisano au Baptistère de Florence, on peut 
suivre les douze mois du calendrier : dans les médaillons de 
droite, les signes du zodiaque, dans les médaillons de gauche, 
des scènes de la vie correspondant aux mois. Au-dessous du 
Séducteur, le Verseau, signe de janvier, — et un homme à 
table ; puis, en suivant dans la direction de la porte : les Pois- 
sons (février), et un homme qui se chauffe les pieds; le Bé' 

i. Les Vierges de Magdebourg sont de laoo-ia/jo pour Hasak, de la fin 
duxin* siècle « pour des Français », dit M. André Michel, ouv. cilé, p. 753. 



DESCRIPTION ARCHÉOLOGIQUE. i35 

lier (mars) , et un homme qui coupe la vigne ; le Taureau (avril) , 
et un homme qui porte des fleurs; aux pieds de l'Époux, les 
Gémeaux (mai), et un cavalier ; puis, en s'éloignant de la porte, 
le Cancer (juin), et un faucheur (?); le Lion (juillet), et un 
homme qui coupe les épis; la Vierge (août), et un moisson- 
neur; un homme avec la Balance (septembre), et un pressoir; 
le Scorpion (?) (octobre), et un personnage dont on ne voit 
pas le geste : ces deux derniers groupes sous les deux statues 
en façade, au sud du portail ; restent, sous les deux statues 
en façade au nord, le Sagittaire (?) (novembre), et un homme 
coupant du bois à un arbre; le Capricorne (décembre), et un 
homme qui tue un cochon. 

Dans le tympan (refait) : la résurrection des morts, la sépa- 
ration des justes et des réprouvés, le Christ en Juge du monde. 

Deux gables, l'un dans l'autre, surmontent le portail. Au 
milieu, le roi Salomon assis sur son trône, et, au-dessus du 
dais qui le couvre, une Vierge assise avec l'Enfant debout 
sur ses genoux. Sur les degrés qui ornent le gable inférieur, 
douze lions échelonnés, par groupes de deux qui se tournent 
l'un vers l'autre, font la garde du trône royal. Debout au haut 
des degrés, à la hauteur des épaules du roi, deux derniers 
lions soutiennent de leurs pattes de devant le trône de la 
Vierge et forment un lien symbolique entre les deux figures : 
plus d'une œuvre d'art établit ainsi la correspondance entre la 
Vierge et Salomon, le roi assis sur son trône étant la pré- 
figuration de la Sagesse éternelle sur les genoux de la Vierge. 

A la hauteur où vient de finir le gable supérieur qui sur- 
monte le portail central, au-dessus de la Vierge assise avec 
l'Enfant, une légère corniche passe, où s'appuie le bord infé- 
rieur d'un immense cercle de fleurs de lis dont la pointe est 



i36 LA CATHÉDRALE DE STRASBOURG. 

dirigée vers l'intérieur du cercle. En reirait, la rose, de près; 
de sept mètres de rayon, étale ses seize feuilles géminées, au- 
tour d'une petite rose à cinq lobes comme centre. Sans doute 
ce n'est plus le système de la claire-voie, aucun réseau ne 
s'interpose entre la rose et le regard du spectateur; mais, si 
je puis dire, c'est encore l'écrin, l'écrin ouvert, où l'œil se 
joue à la perspective de cette rose en retrait que les fleurs de 
lis couronnent et dont elles augmentent f effet par le jeu de 
recul qu'elles lui donnent. 

Les statues qui environnent la rose sont modernes ; presque 
toutes sont des restaurations. — Au-dessous de la rose, dans 
les contreforts évidés, le long de la corniche et de la balus- 
trade entre l'étage inférieur et le premier étage, les statues 
équestres (en commençant par le nord) de Clovis, Dagobert,. 
Rodolphe de Habsbourg (refaites par Malade en i8ii-i8i3),et 
Louis XIV (faite par Vallastre sous la Restauration) *, sous des 
dais surmontés d'une cigogne à l'extrême bouton de leur 
pignon. — Au-dessus de la rose, sur toute la surface du mas- 
sif intermédiaire entre les deux tours, plusieurs groupes de 
statues, déjà indiquées (en couleurs : vert, bleu, rouge), sur 
le projet pour la construction de ce massif (3" moitié du 
xiv° siècle), projet qui existe encore à la Maison de l'Œuvre 
(voir p. 20 et pi. II). C'est d'abord, au bas de cet étage in- 



I. Les autres statues des princes placées aux angles des contreforts, sont 
presque toutes de Grass. Voici leur nomenclature, en commençant par le 
contrefort du nord-est (derrière la tour nord) pour passer devant la cathé- 
drale et finir par le contrefort du sud-est (derrière la tour sud) : au 
1" étage : Charles Martel, Louis le Pieux, Lothaire I", Clovis, Dagobert, 
Rodolphe de Habsbourg, Louis XIV, Othon II, Othon III, Henri II; — aa 
a* étage : Charles le Chauve, Lothaire II, Louis II, Pépin le Bref, Gharle- 
magne, Othon I", Henri I", Conrad II, Henri III, Henri IV. Toutes ces 
statues, sauf celles de Charles le Chauve et de Henri IV, sont équestres. 



CATHÉDRALE DE STRASBOURG 




DEUX VERTUS 
(Portail latéral) 



DESCRIPTION ARCHÉOLOGIQUE. 187 

termédiaire et sur toute sa largeur, la Galerie des Apôtres : les 
douze Apôtres dans des niches (le premier et le dernier refaits 
par Malade, les dix autres par Yallastre) ; dans la niche du 
centre, la Vierge; tous, la Vierge et les Apôtres, ont les re- 
gards tendus vers le Christ qui s'élève au-dessus de la niche 
de la \ierge, dans une auréole elliptique, tenant la croix de 
la main gauche, bénissant de la main droite (la \ ierge et le 
Christ, ainsi que les anges musiciens sur les niches, sont de 
Ph. Grass). Plus haut, des deux côtés des grandes baies, les 
quatre Evangélistes, corps d'hommes, avec les têtes de l'ange 
et des trois animaux symboliques : l'un au-dessus de l'autre, 
Marc et Mathieu au nord, Jean et Luc au sud; et, entre les 
deux baies, l'un au-dessus de l'autre également, Ezéchiel et 
Jérémie (œuvres de Grass). Plus haut encore, le Jugement 
dernier (de Grass toujours, 1849) • ^ ^^ hauteur des pignons 
des deux grandes baies, un ange au-dessus de Marc et Mathieu, 
un autre au-dessus de Jean et Luc; dans les pignons mêmes, la 
Vierge et saint Jean-Baptiste, à genoux; entre les pignons, le 
Christ en Juge du monde, l'épée du Verbe sortant de sa 
bouche; de chaque côté, près de la pointe des pignons — 
dont les ornements extérieurs ont la forme de sarcophages 

— des anges sonnant la trompette du Jugement; et, tout à 
l'extrémité : sur l'un des pignons, l'Ange abritant dans son 
sein l'âme d'un juste sous les traits d'un enfant, sur l'autre, 
l'âme d'un damné, sous les traits d'un enfant également, em- 
portée par le Diable. 

Les tours. — Les deux autres côtés visibles des tours 
offrent des aspects analogues à ceux de la façade occidentale. 

— Seul, naturellement, l'étage inférieur diffère; du côté nord 
et du côté sud, il n'y a pas de portail, mais une haute et large 



i38 LA CATHÉDRALE DE STRASBOURG. 

fenêtre géminée dont les deux baies secondaires se subdivisent 
elles-mêmes en deux : les deux du milieu vitrées, les deux 
autres aveugles ; et, du côté de l'est, l'amorce des bas-côtés emplit 
l'espace qui, à l'ouest, est occupé par les portails latéraux de 
la façade. — Au deuxième étage (mais sans claire-voie), au troi- 
sième aussi, les dispositions sont les mêmes que sur la façade 
occidentale. La construction de raccord entre les tours au troi- 
sième étage ne présente à l'est qu'une fenêtre, au lieu de 
deux à l'ouest, et s'étale, simple et nue, sans aucune orne- 
mentation, sur toute la hauteur de l'étage. 

La frise symbolique des tours. — Au-dessous de la première 
balustrade des tours, sur le côté du nord et sur le côté du sud, 
s'étendent deux frises curieuses de la fin du xiii*' ou du début 
du xiv^ siècle. A l'intérêt artistique de ces petites scènes qui 
se suivent sans interruption, où s'agite, avec beaucoup de 
fermeté dans le dessin et de vie dans l'exécution, tout un 
petit monde d'êtres humains, d'animaux et de monstres, 
s'ajoute un intérêt symbolique puissant : la cathédrale est 
vraiment ici un livre d'images pour le peuple, où il se retrouve 
lui-même par endroits, et où il retrouve surtout la religion 
que lui enseigne, à l'intérieur de l'église, la parole du prêtre : 
tantôt (( préfigurations » du Nouveau Testament par l'Ancien, 
tantôt simples illustrations de la tradition religieuse emprun- 
tées à la nature visible. 

De même que dans la représentation des Vertus et des 
Vices, on va reconnaître dans cette symbolique l'influence 
d'une littérature antérieure, mais très vivante à l'époque où 
nous sommes : d'abord, les « Bestiaires », où se retrouvait 
l'ancien Physiologus, dont le texte original est perdu, mais 
que tous les peuples de l'Occident avaient de bonne heure tra- 



DESCRIPTION ARCHÉOLOGIQUE. iSg 

duit et commenté, et qui alliait hardiment a la science anti- 
que la plus suspecte » avec a l'exégèse chrétienne la plus con- 
testable » * ; ensuite, le Spéculum Ecclesiœ d'Honorius d'Autun, 
recueil de sermons pour les principales fêtes de l'année, com- 
posé au commencement du xn® siècle, où l'auteur, après avoir 
raconté l'événement de la vie du Christ commémoré par la 
fête du jour, l'accompagnait de rapprochements tirés de 
l'Ancien Testament ou d'explications symboliques prises 
dans la nature. L'exemple le plus typique de l'influence 
du Spéculum Ecclesiœ est le vitrail célèbre de la cathédrale 
de Lyon, qui est comme une exacte transposition dans l'art 
de la verrerie du rythme d'Honorius d'Autun : la suite des 
tableaux régulièrement accompagnés de leurs symboles^. Un 
aussi bel ordre ne règne pas aux frises de Strasbourg; mais 
le symbolisme, et l'origine de ce symbolisme, n'en sont pas 
plus douteux. 

La frise du nord se prête particulièrement à ces interpréta- 
tions symboliques^. Les deux premières scènes représentent 
deux personnages luttant chacun contre un lion. Dans le 
premier personnage, à cause de sa cuculle et de sa massue de 
fou, de sa demi-nudité aussi, indice d'un habituel cynisme, 
on a voulu voir quelque bouffon du temps, combattant, d'ail- 
leurs avec succès, contre le lion, symbole ordinaire de Satan : 
l'artiste se serait amusé, pour provoquer le sourire de la société 
de son temps, à ouvrir la série des champions de la Foi par un 

1. É. Mai.e, O'iv. cité, p. 47- 

2. É. Mâle, oui», cité, p. 67. 

3. Voir : Chardin (Ferd), Notice sur deux has-reliefs de la Cathédrale de 
Strasbourg, dans : Revue archéologique, lo* année, i853-5/i; — le P. Cahier, 
Nouveaux Mélanges d'Archéologie, d'Histoire et de Littérature, I, Curiosités 
mystérieuses, Paris, Didot, 187^, 'm-li". — Nous avons reproduit, pages i, 
71, 78, i85 et i9i, quelques-unes de ces scènes. 



ao LA CATHÉDRALE DE STRASBOURG. 

l'ou. Peut-être vaut-il mieux se contenter d'une interpréta- 
tion moins soucieuse du détail : les personnages humains des 
deux premières scènes, qui abattent chacun un lion, seraient 
simplement, et sans mélange d'ironie, David et Samson con- 
sidérés comme prédécesseurs du Christ. — La troisième scène 
est un clair symbole de la Résurrection : un lion debout sur 
trois pattes, la tête tendue vers ses trois lionceaux, que sa 
quatrième patte protège : c'était une croyance fort répandue 
au moyen âge, qu'en naissant les petits du lion dormaient 
trois jours et trois nuits, jusqu'à ce que le père les réveillât 
par le bruit de ses rugissements ou la caresse de son haleine : 
la véritable naissance après ces trois jours et ces trois nuits, 
c'est la Résurrection du Sauveur. — Le quatrième tableau 
représente un chasseur perçant de sa lance une licorne qui 
s'est réfugiée dans le sein d'une vierge. On sait que la licorne, 
bête fabuleuse très populaire au moyen âge, ne pouvait être 
atteinte par les chasseurs que lorsqu'elle rencontrait une 
vierge sur son chemin : elle s'arrêtait alors, reposait sa tête 
sur le sein de la vierge, et les chasseurs s'approchaient... La 
Vierge, c'est Marie; la licorne, c'est le Christ, la corne au 
milieu du front symbolisant la force invincible du Sauveur ; 
le personnage à la lance, c'est l'humanité ingrate, c'est le 
vieil Adam qui s'approche pour tuer le nouvel Adam. — 
Puis, au pied d'une tour — la tour de Ninive sans doute, 
suivant la légende et comme dans le Hortus deliclarum 
(pi. XXI), — voici Jonas sortant de la baleine, — laid et 
décharné : symbolisme n'exclut pas réalisme, ni même 
ironie, et Jonas vient de passer trois jours et trois nuits 
d'angoisse et déjeune. Il s'élance, enfin délivré; il est debout, 
les bras à demi étendus et dirigés vers le ciel : geste de prière 
de tous les peuples anciens, et des premiers chrétiens, et encore 



CATHÉDRALE DE STRASBOURG 




LE FIANCÉ ET LA VIERGE SAGE 
(Portail latéral ) 



DESCRIPTION ARCHÉOLOGIQUE. i4i 

aujourd'hui des prêtres à l'autel. Symbolisme d'autant plus 
certain que le Christ s'est appliqué ce type à lui-même : « sica 
enimfuii Jonas in ventre ceti tribus diebus et iribas noctibus, sic 
erit Filias Hominis in corde terrœ tribus diebus et tribus nocti- 
bus » (Evang. Math., xii, 4o) : c'est encore une Résurrection. 
— Entre cette scène et la suivante, un peu au-dessus de la 
baleine, occupant juste le milieu de la longue frise, un Christ 
nimbé et bénissant, les trois premiers doigts levés, les 
deux autres repliés. Lui tournant le dos. Moïse montre aux 
Hébreux le Serpent d'airain qu'il vient d'élever et qui les 
guérira de la blessure des serpents brûlants : annonce de la 
Rédemption. Les Juifs, groupés devant le Serpent d'airain, 
sont coiffés du bonnet à pointe que nous avons déjà vu au 
tympan du portail central. — Suivent deux nouvelles Résur- 
rections : le pélican qui, suivant la croyance populaire, 
ressuscite ses petits en répandant son sang sur eux (ou les 
nourrit de son sang) ; le phénix qui se brûle volontairement 
pour renaître de ses cendres. — Au milieu du tableau sui- 
vant, Abraham, le regard tourné vers le ciel, d'où l'ange 
apparaît, arrêtant son bras, lui montrant le bélier qu'il faut 
sacrifier à la place d'Isaac, — tandis que de l'autre côté Isaac 
présente sa tête au sacrificateur : Jésus aussi, un jour, portera 
sa croix comme Isaac a porté le bois de son bûcher, — et le 
sacrifice ne sera pas accompli davantage : Jésus ne sera sacri- 
fié que dans sa nature humaine. — Voici maintenant l'aigle 
montrant le soleil à ses aiglons, pour rejeter ceux qui ne 
sauront pas en supporter l'éclat en face : les aiglons devant le 
.soleil, ce sont les hommes devant le Souverain Juge. — Et 
voici encore une licorne, l'esprit du mal cette fois, contre 
lequel un homme va lutter, comme dans la prière d'Introït du 
Dimanche des Rameaux (Ps., xxi, v. 22) : « Salva me ex ore 



i/,2 LA CATHÉDRALE DE STRASBOURG. 

leonis et a cornibus unicorniam humilitatem meam)). — Et enfin, 
dans le retour d'équerre en avant qui suit la saillie du contre- 
fort, une dernière scène : un chasseur qui tue un sanglier 
poursuivi lui-même par un bœuf : les ennemis du Christ 
s'entre-dévorent, le soldat du Christ triomphe d'eux. 

La seconde frise, celle du sud, est plus humaine, ou, du 
moins, pour plusieurs sujets, l'intention symbolique n'y 
apparait-elle pas aussi nettement. Que tous^ les êtres à forme 
animale soient des démons, tous les êtres à forme humaine 
des damnés, l'ensemble de la frise du sud un Triomphe de 
l'Enfer opposé au Triomphe de la Religion que représenterait 
la frise du nord, — ce n'est sans doute là qu'une hypothèse 
ingénieuse, qui procède plutôt de notre propre besoin de 
comprendre et d'expliquer harmonieusement, qu'elle ne tient 
compte de la fantaisie des artistes du temps. — La première 
scène, sur le retour en avant vers le contrefort, représente le 
supplice du mauvais riche, ou simplement du damné, sous la 
forme d'un Juif : le Juif, la tête en bas, coiffée du bonnet carac- 
téristique, est fort maltraité par les deux démons : l'un tire sur 
une corde par où il lui a attaché lajambe, l'autre, de la partie 
postérieure de sa diabolique personne, lui caresse le nez. — 
La deuxième scène (la première après l'angle) est peut-être 
une allusion à un événement historique. Deux combattants : 
un moine, mi-agneau, ailé, la lance et le bouclier en mains, 
contre un guerrier, mi-cheval, casqué et moustachu; derrière 
eux, un évêque, lion par le bas du corps, avec des pattes pal- 
mées : ensemble fantaisiste? souvenir de la guerre de 1262. 
les clercs de l'évêque Waltcr de Géroldseck (le moine combat- 
tant) contre la bourgeoisie de Strasbourg (l'adversaire cen- 
taure), et, à leur suite, l'inspirateur de la querelle, l'évêque, 
son pouvoir temporel symbolisé par le corps du lion, son 



DESCRIPTION ARCHÉOLOGIQUE. i43 

pouvoir spirituel par la houlette qui lui sert de crosse? — Le 
tableau suivant n'est pas moins étrange : un homme nu, à 
cheval sur un lion, décoche une flèche à une femme, demi- 
sirène, qui tient un enfant dans ses bras : flétrissure d'amours 
illicites? représentation figurée d'Hérode, roi des Juifs, qui fit 
tuer les enfants de Bethléem?... Il est vraiment plus simple 
de poursuivre en ne pensant plus qu'à notre quotidienne 
Immanité, à ses amusements et à ses vices : les quatre per- 
sonnages (animaux par la partie inférieure du corps, toujours) 
qui font de la musique : le premier joue de la viole, le troi- 
sième de la guitare, le quatrième de la flûte, tandis que le 
deuxième chante, ou bat la mesure; — deux jeunes gens, 
tout à fait humains, ceux-là, se prennent aux cheveux, litté- 
ralement, pour une querelle aux dés : péché de colère; — un 
homme sur des pieds de taureau fait danser un chien ou un 
ours au son du tambourin : la danse défendue par l'Église? 

— une femme lutinée par un homme nu : péché de luxure 
(à moins que l'homme, qui porte une lourde pierre, ne soit 
Samson, et la femme qui lui tient les cheveux, Dalila?) — une 
jeune fille à genoux devant une femme qui semble la bénir; 

— un homme qui se tâte le ventre, entre deux monstres qui 
n'ont pas l'air de le prendre en pitié : péché de gourmandise? 

— enfin, deux nouvelles batailles de monstres, les deux 
premiers entre eux, le troisième contre un lion : rappel, 
peut-être encore, de quelque événement historique récent, 
ou de l'éternelle lutte entre l'esprit du mal et l'esprit du 
bien. 

On voit que la variété des sujets est grande. Toutes 1rs 
conditions, du reste, se réunissaient ici pour laisser le champ 
libre à l'artiste : il s'agissait de faire vivre un long espace 
habituellement vide ou occupé par une ornementation plus 



lU LA CATHÉDRALE DE STRASBOURG. 

simple, dans une partie de l'édifice où il n'était plus néces- 
saire, comme sur un portail, de dresser de grandes ou de 
petites statues plus ou moins indépendantes les unes des 
autres, mais toutes plus ou moins dépendantes d'un type 
traditionnel. D'ailleurs, la place était moins en vue, et si 
l'artiste voulait instruire le peuple, il pouvait aussi, sans 
inconvénient à cette place, chercher à l'amuser, et à s'amuser. 
Le sculpteur de ces frises a profité de sa liberté pour produire, 
non seulement une suite de symboles intéressante, mais encore 
une œuvre d'art singulièrement vivante. 

La plate-forme . — A cette hauteur (66 mètres) s'étend la 
plate-forme, d'où l'on domine, presque au pied même de l'édi- 
fice, les toits et les cours pittoresques de la ville, — d'où l'on 
découvre, au delà, l'immense plaine d'Alsace : tout au nord, 
les hauteurs de Wissembourg, — au sud, la montagne et le 
couvent de Sainte-Odile, et, plus loin, jusqu'au ballon de 
Guebwiller, jusqu'au Jura même; — à l'est, le Rhin, et, 
derrière lui, la Forêt-Noire; — à l'ouest, le Donon, Dabo, le 
Haut-Barr, les Géroldseck, la côte de Saverne. Sur cette plate- 
forme, des milliers et des milliers d'hommes se sont arrêtés 
pour admirer, et, au milieu de noms obscurs, plus d'un nom 
illustre est taillé dans la pierre : Voltaire, Herder, Goethe, 
Lavater, Gay-Lussac. Au côté sud de la plate-forme s'élève la 
maisonnette des gardiens qui sont chargés, depuis des temps 
lointains, d'offices divers : répéter par une sonnerie à main 
celles de l'horloge de la tour (qu'il ne faut pas confondre avec 
l'horloge astronomique du croisillon sud), sonner la cloche de 
dix heures du soir et en général toutes les sonneries indépen- 
dantes du culte, monter la garde jour et nuit autour de la 
plat^-forme, donner l'alarme quand le feu éclate en ville : 



DESCRIPTION ARCHÉOLOGIQUE. i45 

fonctions modestes, qui eurent, pendant le bombardement de 
1870, leurs heures héroïques. 

La tour du nord prolongée. — La tour du nord, pareille à 
celle du sud jusqu'à la plate-forme, continue seule son ascen- 
sion, d'abord — ■ l'œuvre d'Ulrich d'Ensingen, au commen- 
cement du XV' siècle — jusqu'à 4o mètres au-dessus de la 
plate-forme — puis se prolonge en flèche — l'œuvre de Jean 
Hûltz, terminée en i439 — jusqu'à une hauteurde 1^3 mètres 
au-dessus du sol, accentuant encore par le détail de sa structure 
l'impression de transparence et de légèreté que donne l'en- 
semble de l'édifice. 

A partir de la plate-forme, la tour passe du plan carré à 
l'octogone. Les arêtes seules de ses huit angles, ornées de bas 
en haut de clochetons superposés, sont massives. Sur les huit 
faces au contraire s'ouvrent huit hautes baies terminées en 
tiers-point, à jour, chacune d'elles divisée verticalement par 
un seul meneau en deux longues baies interrompues à peine, 
vers le milieu de leur hauteur, par quelques ornements 
découpés également à jour. Ces huit baies sont couronnées 
d'arcs en accolades à la hauteur desquels commence une sorte 
de second étage, beaucoup moins haut que le premier : c'est 
la surélévation due à l'architecte de la flèche, et non prévue 
par son prédécesseur : on remarque, en efi'et, ici, à l'intérieur 
de la tour, les naissances d'une voûte projetée par le premier 
maître et abandonnée par le second. Dans les accolades que 
nous venons de voir, passent des arcs renversés, dont le dessin 
semble se prolonger par les arcs extrêmes de la tour, enca- 
drant dans une sorte d'ellipse les baies de ce second étage, 
moins hautes, mais de la même largeur que celles du premier, 
et complètement libres, sans meneau vertical, sans ornement 

i3 



i46 LA CATHÉDRALE DE STRASBOURG. 

horizontal. Le sommet de l'arc en tiers-point qui les ferme, 
présente cette amusante particularité, jeu d'architecte du gothi- 
que finissant, qu'en se rejoignant en ce point les moulures 
des deux côtés de la fenêtre ne s'y continuent pas, mais s'y 
répondent : ce qui est en relief au montant et à l'arc d'un 
côté, redescend en creux de l'autre. Entre ces petites fenê- 
tres et la base de la flèche, comme entre elles et les hautes 
fenêtres au-dessous d'elles, les espaces intermédiaires sont 
ornés d'élégantes et légères découpures. Autre jeu, enfin : 
la voûte par où s'achève ce second étage et la tour avant d'ar- 
river à la flèche, est double; ou, plus exactement, à la voûte 
est suspendu par de petits piliers un réseau de nervures, avec 
des fleurons pendants finement découpés. 

Sur toute la hauteur de quatre des côtés de l'octogone, 
s'élèvent, contenant les escaliers en limaçon, des tourelles 
également à jour : seules aussi leurs arêtes sont massives, et, 
jusqu'à la moitié de leur hauteur, ornées de colonnes de clo- 
chetons, tandis que leurs faces présentent une suite de hautes 
fenêtres, accompagnant en spirales les escaliers. Ces tourelles 
ne communiquent avec la tour qu'à quelques mètres au- 
dessous de leur plate-forme supérieure, par des pierres plates, 
puisjusteàla hauteur de celle-ci par des galeries légères, 
laissant ainsi voir des pans de ciel entre elles et la tour, comme 
on en voit entre les découpures de la tour même. Elles se 
terminent carrément par cette plate-forme, qu'entoure une 
simple balustrade ajourée, mais que devaient peut-être cou- 
ronner de petites flèches, comme l'a pensé Yiollet-lc-Duc, 
d'après les dessins de l'Œuvre Notre-Dame et quelques amorces 
qu'on aperçoit encore aux angles de la balustrade. — Ici en- 
core, le jeu attire les architectes du temps, non seulement dans 
l'ensemble de l'exécution, qui a la hardiesse d'une gageure. 




*^^ 



Schéma de la tour et de la floche, d'après un dessin de Chapuy (1827). 



i48 LA CATHÉDRALE DE STRASBOURG. 

mais encore, parfois, dans les détails : les formes des tourelles, 
qui paraissent semblables, diffèrent : le plan de deux d'entre 
elles (celles de l'ouest) montre une circonférence centrale (proj ec- 
tion de l'escalier en limaçon) murée dans un corps hexagonal 
dont trois côtés s'épaississent en fortes saillies, celles de la tou- 
relle sud-ouest en formes générales carrées, celles de la tourelle 
nord-ouest en cannés munis d'antennes aux côtés extérieurs ; — 
dans les deux autres (celles de l'est) , la projection de l'escalier est 
en hexagone, et le corps extérieur en triangle, dont les saillies 
aux angles présentent une pointe plus ou moins proéminente 
flanquée de deux rectangles; — enfin, la tourelle du nord- 
est offre aux curieux, jusqu'à la moitié de sa hauteur, l'amu- 
sement d'un escalier double, deux rampes à limaçon tournant 
autour d'un noyau unique et permettant à deux personnes de 
monter simultanément en se parlant l'une à l'autre, mais 
sans qu'elles puissent se voir. 

Au bas de la tour, un peu au-dessus de la plate-forme d'où 
elle s'élance, plusieurs statues : du côté ouest : l'Empereur, cou- 
ronne en tête, globe et sceptre en main (Henri IV, l'empereur 
excommunié et pénitent? Henri VII, empoisonné par un 
moine?); le Moine, physionomie fortement expressive, et sans 
lourdeur, malgré la disproportion de la tête avec le corps (le 
confesseur d'Henri IV ? le moine qui empoisonna Henri VII?) ; 
— du côté sud : deux figures de maîtres de l'Œuvre, qu'on a 
prises longtemps pour les Juncker de Prag, un saint Laurent 
et une sainte Catherine, qui sont postérieures toutes quatre au 
Moine et à l'Empereur, et rappellent directement les statues 
du Portail Saint-Laurent; d'autres encore, plus difficiles à dis- 
tinguer, et dont nous avons parlé à propos du jubé ^. 

I. Voir p. 9-10. 



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DESCRIPTION ARCHÉOLOGIQUE. 149 

La flèche. — La base de la flèche continue l'octogone du 
plan de la tour. — Seules aussi sont massives les arêtes, qui en 
s'élevant dessinent une inclinaison vers un centre commun. 
Elles sont surmontées chacune de six étages de petites tou- 
relles droites, de plan hexagonal, toujours transparentes, qui 
contiennent les escaliers : un escalier par arête. L'angle exté- 
rieur de chacune de ces petites tourelles posant sur le noyau 
de la tourelle inférieure qui la précède, les spirales des esca- 
liers se suivent sans interruption, gironnant en sens inverse 
d'une tourelle à la suivante, s' engageant l'une dans l'autre au 
point de passage, ce qui permet d'avancer rapidement en 
hauteur, dans un court espace en largeur. Ces petites tourelles 
se terminent carrément, comme les quatre grandes qui flan- 
quaient la tour jusqu'à la base de la flèche, mais peut-être 
devaient-elles aussi être couronnées de pyramidions ajourés. 
— Les espaces entre les arêtes sont également à jour. A la 
hauteur de la deuxième série d'escaliers, de grands châssis 
évidés indiquent les pans de la pyramide et unissent les 
arêtiers. Les frontons de ces châssis portent les inscriptions 
suivantes : à l'est : « Chrislas nos revocal w^ et : a Christus 
gratis donat »; au sud : u Christus semper régnât », et : 
(( Christus et imperat » ; à l'ouest : « Christus rex superat », et : 
« Christus rex triumphat »/ au nord : (( Maria glorificat », et : 
(( Christus coronat » . 

Au haut des six étages de tourelles, la pyramide est tron- 
quée. Un autre étage commence, qui de loin semble disposé 
comme les précédents; en réalité, sa base n'est plus hexa- 
gonale, mais carrée. Aux angles, quatre tourelles contenant 
chacune un escalier permettent de poursuivre l'ascension. Ce 
parallélépipède sert de plate-forme à la lanterne, massif octo- 
gonal qui présente quatre faces pleines alternant avec quatre 

i3. 



i5o LA CATHÉDRALE DE STRASBOURG. 

faces évidées : la montée se continue par ces dernières, où 
passent des degrés qui s'appuient sur le mur central de la 
lanterne, mais qui n'offrent aucun soutien du côté extérieur. 
Dernières formes : la lanterne s'élargit en une sorte de cor- 
beille ; à l'intérieur de cette corbeille, huit colonnes portent 
un dais et forment la couronne*, au milieu de laquelle il y a 
encore des degrés autour d'une vis centrale; mais, plus haut, 
la montée n'est plus possible que par des crampons de fer : 
plus haut, — c'est le dais qui s'allonge, et s'évase ensuite en 
une large fleur, pour se resserrer enfin en une colonne octo- 
gone où s'attachent quatre branches horizontales formant une 
double croix. 

A cette (( masse de pierre toute pénétrée d'air et de lumière n , 
comme écrivait Victor Hugo dans ses Lettres sur Le Rhin, « lan- 
terne aussi bien que pyramide, qui vibre et qui palpite à tous 
les souffles du vent » , les admirations passionnées n'ont pas 
manqué à travers les siècles. De notre temps la critique 
est venue parfois y mêler sa voix : Viollet-le-Duc, qui ne 
pardonnait pas à la construction d'Ulrich et de Hûltz ses tou- 
relles terminées trop carrément, accordait qu'elle fût u une 
des plus ingénieuses conceptions de l'art gothique à son 
déclin », mais « une conception pauvrement exécutée ». 
Aussi bien de telles réserves ne sauraient-elles troubler l'admi- 



I. On a découvert des inscriptions jusque dans ces régions extrêmes 
(« im oberslen Umbgang der Cronen », dit Schad (p. ^/|), répété par Grandidier 
(p. 2 23) :« sur la première galerie de la couronne », et par tous leurs suc- 
cesseurs) : les paroles de saint Jean sur l'incarnation du Christ : « Jésus Christus 
verbixm carofadum est », — « Jésus Chrislus et habilavit in nobis » — , etc. ; — 
et (voir Piton, Revue d'Alsace, i855, p. 508), sur les bouquets au-dessus «le 
la couronne, au pied du dais, des écussons Renaissance portant divers mono- 
grammes et inscriptions : armoiries de la ville, armoiries de l'Œuvre Notre- 
Dame, monogramme et nom de l'architecte Heckler, etc.. 



DESCRIPTION ARCHÉOLOGIQUE. i5i 

ration ^u'on éprouve à la vue directe de l'œuvre. Devant elle, 
on ne pense pas aux pyramidions chers à Viollet-le-Duc ; on 
ne remarque pas davantage que la tour et la flèche viennent 
couronner, presque au milieu du xv^ siècle, une façade com- 
mencée avant la fin du xiii^ ; loin de se heurter, les diiîérences 
de style se fondent dans l'harmonie des lignes ; et la singula- 
rité même de cette tour latérale unique n'apparaît plus que 
comme une originalité devenue familière aux regards, « plus 
belle encore que la beauté », dirait le poète. Toute cette flo- 
raison — le mot de l'évèque Conrad revient à l'esprit — , 
toute cette floraison de lignes verticales qui, appliquées 
d'abord sur l'immensité du mur depuis la base de l'édifice jus- 
qu'à la plate-forme, se sont élancées ensuite librement, les 
liantes baies étroites de la tour, les quatre tourelles qui l'ac- 
compagnent, à peine rattachées à elle, enfin les arêtes dente- 
lées de la flèche, — toute cette construction de grès merveil- 
leusement faite de lignes roses où s'encadrent des pans de 
lumière, étonne par sa hardiesse, mais, délicate autant que 
majestueuse, elle charme et n'accable point. On aime à l'admi- 
rer. On n'éprouve rien, ici, de cette tristesse lourde qui tombe 
des voûtes romanes, — ni même de cette sérénité un peu grave 
qui s'impose à l'âme dans la contemplation des nefs go- 
thiques : rêve autant que prière, l'hymne de pierre s'élève, 
rien ne l'arrête, il va se confondre, transparent et léger, dans 
l'air libre et le ciel bleu. 



i52 LA CATHÉDRALE DE STRASBOURG. 




V 

LES VITRAUX 1 

La cathédrale de Strasbourg contient de nombreuses et 
importantes verrières ^, d'époques différentes, et qui ont été 
très maltraitées au cours des temps. Inclémences de la nature 
et querelles des hommes ont trop souvent endommagé l'édi- 
fice pour que la fragilité des vitraux n'en subît pas plus d'une 
atteinte. Le bombardement de 1870, notamment, faillit leur 

1. DiDRON, Iconographie chrétienne, Paris, Impr. royale, i8^3, in-4°. — 
Abbé V. GuERBER, Essai sur les vitraux de la cathédrale de Strasbourg, Stras- 
bourg, L.-F. Le Roux, i848, in-S". — L. Schnéegans, Vitrail du XII' siècle à 
la Cathédrale de Strasbourg, représentant saint Candide, martyr, clans : Revue 
d'Alsace, i853. — Abbé A. Straub, Le symbolisme de la cathédrale de Stras- 
bourg, Strasbourg, Huder, i855, in-S". — Ferdinand de Lasteyrie, Histoire 
de la peinture sur verre, Paris, Didot, 1867, in-4°. — Baron de Schauenbocrg, 
Mémoire sur les plus importantes verrières d'Alsace, dans : Congrès archéolo- 
gique de France, 26' session, 1859. — Baptiste Petit-Gérard, Quelques éludes 
sur l'art verrier et les vitraux d'Alsace, Strasbourg, Berger-Levrault, i8Gi,in-8°. 
— P.-E. Tuefferd, La vie et les œuvres du peintre-verrier Baptiste Petit-Gérard, 
dans : Bévue d'Alsace, 1880. — L. Ottin, Le Vitrail, Paris, Laurens, 189G, 
in-4°. — - Robert Bruck, Die Elsdssische Glasmalerei vom Beginn des XII*** bis 
zum Ende des XVIP*" Jahrhunderts , Strasbourg, W. Heinricb, 1903, in-i", 
avec 6 planches (et un album in-fol. de 81 planches). — Straub, Guilhermy, 
DuMONT, Klotz, ouv. citês. — Pour préciser quelques détails relatifs aux tra- 
vaux de restauration du xix* siècle, j'ai fait appel aux souvenirs de M. Pierre 
Petit-Gérard, fils et ancien collaborateur de Baptiste Petit-Gérard; je le re- 
mercie de la grande obligeance avec laquelle il a bien voulu me renseigner. 

2. Klotz, Réparation générale (187^), p. 2g : « Tous ces vitraux placés 
dans 71 fenêtres présentent un ensemble de 192 grandes figures, plus de 
80 médaillons avec bustes et petits sujets, environ 3oo panneaux de scènes ou 
sujets dans le style légendaire... Leur surface de verre exprimée en nombre 
rond n'est pas moins de i 5oo mètres carrés découpés en plus de 5ooooo mor- 
ceaux et assemblés en environ 4 Goo panneaux. » 




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DESCRIPTION ARCHÉOLOGIQUE. i53 

être fatal : les ouvriers de l'Œuvre Notre-Dame avaient bien 
réussi, tandis que tombaient déjà les projectiles, à démonter 
tous les panneaux qu'on pouvait atteindre avec des échelles 
ou par les galeries — 670 panneaux sur 4 600 — pour les 
mettre en sûreté dans la crypte, mais il en restait encore 
3 980 en place, sur lesquels i 221 furent totalement ou par- 
tiellement brisés. 

Aussi bien, diverses circonstances ont-elles été cause, pour 
les vitraux, de détériorations particulières. Beaucoup d'entre 
€ux ont subi des déplacements dangereux; on n'a d'ailleurs 
pas toujours tenu compte des formes architecturales aux- 
quelles ils étaient primitivement destinés, et quelques-uns, 
faits pour des baies romanes, se sont retrouvés depuis, mal 
raccordés, dans des baies gothiques. Plusieurs, en outre, 
partiellement détruits, furent étrangement complétés par des 
fragments disponibles de quelque voisin aussi mal en point. 
Au xvm' siècle enfin, un contrat fut passé avec un vitrier 
pour la réparation des vitraux, à raison de deux sols par 
pièce remise en plomb, et le vitrier, pour multiplier les deux 
sols, commença par multiplier les cassures. 

Il est vrai qu'un grand travail de restauration a été entre- 
pris au milieu du xix" siècle (sans parler des réparations rendues 
nécessaires par les dégâts de la dernière guerre) : le peintre- 
verrier Maréchal, de Metz, fit quelques vitraux neufs, qui ne 
satisfirent sans doute pas le goût des Strasbourgeois éclairés 
pour les restaurations savantes*; puis, à partir de 1 845-47» 

I. L'érudit Louis Schneegans, bibliothécaire-adjoint de la ville, écrivit 
lettres sur lettres, au Ministre, à Prosper Mérimée, inspecteur général des 
Monuments historiques, pour essayer d'obtenir l'annulation de la convention 
passée avec Maréchal au sujet des fenêtres du triforium, et il ne se consola 
finalement d'être « vaincu n sur cette question qu'en pensant à sa victoire 
prochaine sur u le point principal : la suite à donner à la remise en bon état 



i54 LA CATHÉDRALE DE STRASBOURG. 

Baptiste Petit-Gérard, avec beaucoup de patience et de science, 
s'appliqua à restaurer les vitraux anciens, à les remettre 
autant que possible dans leur état primitif. Mais un examen 
détaillé de ces travaux nous entraînerait trop loin. Nous nous 
contenterons d'avoir donné ces indications générales sur les 
divers accidents qui ont affecté la plupart des verrières de la 
cathédrale, sans rechercher, à propos de chacune d'elles, quel 
déplacement certain, quelle réparation précise elle eut à subir, 
— et nous avertissons simplement le lecteur que pour quelques- 
unes d'entre elles, les restaurations équivalent à une réfection 
presque totale, encore que respectueuse des témoins et de la 
tradition. — Nous suivrons dans notre examen l'ordre actuel 
des vitraux, en commençant par l'est de l'édifice. 

Crypte. — Au fond de la crypte, un vitrail (i'*' moitié du 
XIII* siècle) représente un ange aux ailes déployées, habillé 
d'une longue tunique qui lui couvre les pieds ; il tient dans 
la main droite le globe avec la croix, le sceptre dans la main 
gauche. 

Chœur. — Depuis la restauration générale du chœur en 
i85o, la grande fenêtre qui en occupe le fond, contient 

des anciennes verrières» (lettre à Mérimée, 3o juillet 1847, Archives desMonu- 
ments historiques) : or, c'est précisément en 18A7 ^"® Petit-Gérard fut seul chargé 
pour l'avenir de la restauration de toutes les verrières de la cathédrale. Un peu 
plus tard, au Congrès archéologique tenu à Strasbourg en 1869, le baron de 
Schauenbourg parla de Maréchal, de Metz, comme d'un artiste habile en 
verrières neuves, mais facilement « rebuté par la rude et pénible tâche de 
conscience et de patience de Hiire revivre de ses cendres » une verrière an- 
cienne, tandis qu'il fit un éloge enthousiaste et sans réserve du peintre, 
verrier strasbourgeois, Baptiste Petit-Gérard : « la main intelligente d'un 
artiste profondément et spécialement dévoué à cet acte éminent de justice...^ 
la main d'un artiste blanchi sous les arceaux du dôme..., la main d'un artiste 
initié à tous les secrets de la peinture sur verre... » Mémoire cité, p. aao. 



DESCRIPTION ARCHÉOLOGIQUE. i55 

un vitrail de Baptiste Petit-Gérard, d'après un carton de 
Steinheil. Ce vitrail représente la Vierge, les bras étendus, 
avec l'Enfant sur ses genoux, telle qu'elle figurait sur l'éten- 
dard de la ville et sur un panneau du xiii*" siècle qui ont 
disparu pendant le bombardement de 1870, dans l'incendie 
de la Bibliothèque Municipale. 

Au nord, une figure de saint Henri, bienfaiteur de la cathé- 
drale (milieu du xiii^ siècle) ; il est représenté debout entre 
deux colonnes surmontées d'un arc en plein cintre où est 
inscrit le nom du personnage ; il porte une couronne à trois 
fleurons, un sceptre dans la main droite, dans la main gauche 
le globe avec une croix au centre; par-dessus sa tunique, un 
manteau, retenu au cou par une grande agrafe carrée. 

Au sud, sainte Catherine (même époque). Les ornements 
architecturaux représentés sur ce vitrail sont pareils à ceux 
du précédent, La sainte est habillée d'une longue tunique 
qui lui laisse le bras gauche libre, et qu'elle retient de sa main 
gauche qui porte en même temps la palme ; sur la tête, une 
couronne à larges fleurons. 

Croisillon sad. — Les deux roses au-dessus du portail du 
croisillon sud (milieu du xiii* siècle) comprennent chacune 
une petite rose centrale, entourée d'un cercle de huit roses 
tangentes les unes aux autres, qu'entoure un second cercle, 
de huit roses aussi, mais séparées par des intervalles vitrés. 
On y lit, non sans peine, une comparaison mystique entre les 
sacrifices de l'Ancienne Loi et ceux de la Loi Nouvelle, qui 
rappelle très directement, jusque dans les détails, le Horlus 
deliciarumK 

I. Voir édit. citée, pi. xxii et xiui, et p. 1O-19. Le grand cercle qui 
entoure la Nouvelle Alliance (pi. xxiii) porte la légende suivante : « Cédai 



i56 LA CATHÉDRALE DE STRASBOURG. 

L'ensemble des dix-sept roses de gauche représente l'An- 
cienne Loi. Au centre, un personnage à deux têtes, avec l'in- 
scription en latin : « Duodecim prophète », image symbolique 
des prophètes, qui voit l'avenir comme le passé. Dans les 
médaillons qui forment le premier cercle autour de la rose 
centrale, des bustes de femmes portant les offrandes des sa- 
crifices, avec inscriptions latines explicatives autour des mé- 
daillons : l'agneau de l'innocence, « in agno propter innocen- 
ciam )), ou le bouc du péché, « in hyrco propter similitudinem 
carnis peccati ». Enfin, au second cercle, à la droite des deux 
médaillons du haut où des ornements remplacent sans doute 
d'anciennes figures disparues, on distingue assez bien, dans 
les suivantes, Moïse avec les tables de la loi, puis Abraham 
avec le couteau du sacrifice, ou encore, dans le dernier de la 
série, à gauche, le chandelier à sept branches. 

La rose de droite représente la Nouvelle Loi. Au milieu, le 
buste de Melchisédech, figuration de Jésus-Christ, d'après 
l'abbé Straub, « type de l'oblation eucharistique du pain et du 
vin », dit l'abbé Guerber. Dans les médaillons qui l'entourent, 
les vertus chrétiennes, Sobrietas, Castiias, Justitia, Pauper- 
tas, etc., représentées par des bustes de femmes. Dans les 
médaillons du second cercle, d'autres vertus encore, et les 
quatre Évangélistes, bustes d'hommes avec tètes de lion, 
d'aigle, de bœuf, d'ange, et, dans le médaillon du haut, le 
Christ bénissant. 

Au-dessous des deux roses, les fenêtres en verre blanc an- 
térieures ont été remplacées, en 1847. P^^ ^^^ vitraux de 
Petit-Gérard qui ne se contentait pas, on le voit, de son grand 

ovis, capra, bos. sit victima vera sacerdos » — « Qu'il ne soit plus question 
d'immoler des brebis, des chèvres et des boeufs ; la vraie victime sera le prêtre 
lui-même. » 



DESCRIPTION ARCHÉOLOGIQUE. ,5 

KrÏ-r! ''t"'"i?;'*' '"™"^ représentent les quatre 
Evangehstes Marc, Mathieu, Jean et Luc. dans la partie su- 
peneure des fenêtres, -les quatre grands prophètes, Ëz&hiel. 
Jeremie, Daniel et Isaïe, dans la partie inférieure 

saiMrT'i-^/ ''''•• '•V;^^^^"^''<= ''horloge, quatre personnages, 
sain Candide, saint Victor, saint Maurice, saint Exupère le 
-rtvrs de la légion thébaine • (fin du ..«siècle, mais refait 
lances ou glaives, cottes de mailles et grands boucliers pointus 
casques cy indriques dont lun à nasal, ils portent le fostume 
de guerre du .11= siècle, tel qu'on le voit dans le HoHus delicia- 
vl ■' ^ r ""^""f, ■""■•• P'"^ près du chœur, au-dessus de 
Luit m-f ; T"" ^«'"'-^"dré, un saint Christophe de 
huit mètres de haut, portant l'Enfant Jésus sur l'épaule 
auche (x,„- SI de), la plus grande figure sur vitrail que^'on 
-onnaisscLa légende de ce saint était très répandue au moven 
ge - le robuste saint Christophe passant un fleuve, l'Enfant 
nin sur son épaule _ et d'elle était née cette croyance qu'on 
>e pouvait mourir subitement dans la journée où l'onT^^a" 
■u son image : de là, les dimensions colossales de la plupart 
les représentations de saint Christophe». Dans la fenêtre vIL 
.. Dioclétien avait envoyé dans les Gaules son coUèene de ?'Fn,„- « • 

..ai. c. converti; ^^t::^^,:^^:^:^'-^. '""-."= 

jU R.fo™e:.an., ae .en.e.si.pito:L\v^:;itS3^^^^^ 



I « 



,58 LA CATHÉDRALE DE STRASBOURG. 

sine à gauche du spectateur, se partageant la hauteur du 

a"; géfnt, saint Mathieu, en haut, saint Barthélémy, en bas 

(.'• moitié du xu.' siècle), tous deux assis, tenant un livre a la 

"" En face, au mur ouest, saint Florent, à gauche saint Biulfe, 
à droite (I" moitié du xiV siècle), au-dessous desquels deux 
bordures représentent, lune, deux hommes portant un ton- 
neau, suivis d'un troisième qui porte une hotte. 1 autre deux 
hommes tirant et poussant un bœuf par les cornes : signa- 
tures probables - et rares dans cette éghse - de donateurs 
qui furent ici sans doute la corporation des vignerons et celle 
des bouchers. 

Croisillon nord. - Les deux roses du croisillon nord sont 
beaucoup plus simples que celles du croisillon sud. El es son 
divisées chacune en six compartiments par des rayons qu 
nartent d'une petite rose centrale, le verre blanc domine, et 
Ln'es que près du centre qu'elles sont garnies de verres de 
couleur à orn'ement végétal. - Au-dessous de ces deux ro 
s'élèvent deux fenêtres autrement vivantes. Celle de droite 
; moitié du xii- siècle) comprend quatre médaillons, 1 un 
au-dessus de l'autre; les trois premiers (à commencer par le 
bLtprésententle Jugement de Salomon ; dans le quatrième 

eelii ^en haut, un ange, chaussé, à ^^^^^IT^^;^ 
qui rappelle par ce détail la tradition byzantme d adleurs re 
rnnai%eàplusd'unautreindicedanscesvitraux;ilpench 

le corps légèrement en avant et plie le genou gauche ^ il s ap 
pro:h^ de'la Vierge qui occupe la partie co-spon -te <! 
vitrail voisin, il va se mettre à genoux devant elle . c est 1 ang 
,a porte d, l'égli» (pour la transporter à l'hôpiUl i. la ville) ,u'ap.c. lui avoi 
coupé les pieds et les mains. 



DESCRIPTION ARCHÉOLOGIQUE. lôg 

de l'Annonciation. — Dans le médaillon du haut de la fe- 
nêtre de gauche (même époque), voici la Vierge, en effet, 
assise, les mains faisant le geste de prière ; autour du mé- 
daillon, des sarments stylisés s'achèvent en fleurs de lis. Le 
restant de la fenêtre se divise en trois panneaux. Celui qui 
est juste au-dessous de la Vierge représente, sous des arcs en 
plein cintre supportés par des colonnes à chapiteaux romans, 
saint Jean-Baptiste, à gauche, saint Jean l'Evangéliste, à 
droite, tous deux vêtus d'une sorte de toge romaine, et tenant 
des phylactères. Les deux panneaux inférieurs, un peu moins 
anciens sans doute (commencement duxiii* siècle), offrent un 
décor analogue : des arcs aussi, mais retombant sur une 
colonne plus mince, avec des chapiteaux à crochets postérieurs 
aux précédents; dans les arcs de l'avant-dernier panneau, 
le roi Salomon et la reine de Saba; du dernier, David et 
Salomon. 

Au mur est, un Christ sur son trône, bénissant de la main 
droite, tenant l'Évangile de la main gauche, et, au-dessous 
de lui, le diacre saint Laurent, debout, appuyé sur le gril, 
les cheveux apparaissant bouclés de chaque côté de la tonsure 
(fin du xii** siècle); au bas, en bordure, trois petits bustes de 
femmes, nimbées, les mains jointes, représentant peut-être la 
Foi, l'Espérance et la Charité (en partie restaurées, et d'ailleurs 
moins anciennes). — Dans la fenêtre voisine, proche du chœur : 
en haut, sous un dais, la Vierge (milieu du xiii' siècle), la 
tête couverte d'une étoffe blanche, portant sur le bras gauche 
l'Enfant Jésus, vêtu de blanc : geste tendre de l'Enfant qui de 
sa main droite touche le menton de sa Mère, geste protecteur 
des mains maternelles, visage de la Mère un peu penché à 
droite, les yeux dans les yeux de l'Enfant, tout le groupe est 
plein de douceur et de vie. Au-dessous, saint Jean-Baptiste 



î6o LA CATHÉDRALE DE STRASBOURG. 

(même époque), debout, montrant de sa main droite l'Agneau 
peint sur la patène qu'il tient dans le bras gauche. La bordure 
bleu et azur qui encadre l'ensemble de ces deux figures rap- 
pelle l'écusson de vair des pelletiers et fait supposer que ce 
vitrail (ou un vitrail plus ancien qu'il remplace? peut-être un 
saint Jacques, patron des pelletiers?) fut un don de la corpo- 
ration. 

Au mur ouest, une Vierge orante, et, au-dessous, un saint 
Martin ; à peine quelques fragments sont anciens. 

Bas-côté nord. — Les cinq fenêtres du bas-côté nord con 
tiennent la célèbre série des rois. 

La première et la deuxième (les plus éloignées du 'chœur) 
sont les plus anciennes (première moitié du xiii^ siècle) : un 
Henri (Henricus rex, dans la circonférence du nimbe), un 
Frédéric, puis d'autres, plus sûrement reconnus : Henri H le 
saint, surnommé de Bamberg (Henricus Babinbergensis) parce 
qu'il résidait habituellement dans cette ville, Otto, Otto H, 
Otto ni, Conrad, avec un jeune prince devant lui (le futur 
Henri HT). — Dans les trois dernières baies (milieu du 
XIV* siècle), un Philippe (de Hohenstaufen?), puis de nouveau 
Henri de Bamberg (peut-être parce que les bienfaits dont il 
combla la cathédrale lui donnaient droit à une représentation 
supplémentaire?*), puis sans doute encore le même, sous le 

I. Ou à cause du fait raconté par Grandidier, oav. cité, p. 20 : lors d'ua 
voyage à Strasbourg, en 1012, l'empereur renonça à la couronne et voulut se 
faire recevoir chanoine ; l'évêque Wernher, pour annuler l'effet de ce dessein, 
l'accepta comme chanoine d'abord et lui fit d'après les conciles prêter obéis* 
sance à l'Église, puis lui proscrivit, au nom de cette Église, de reprendre la 
couronne? Ou plus simplement à cause de quelque inadvertance, lorsque cette 
galerie des princes remplaça, totalement ou partiellement, une galerie 
■antérieure? 



CATHÉDRALE DE STRASBOURG 




LE CHRIST AUX OLIVIERS 



1 



DESCRIPTION ARCHÉOLOGIQUE. i6x 

nom de Rex Henricus Claudus (le Boiteux, infirmité qui lui 
était survenue lors d'un voyage à Rome où il s'était démis la 
jambe), puis l'empereur Frédéric Barberousse (Fredericus im- 
perator submersus, ainsi désigné, le Noyé, parce qu'il était 
mort en se baignant dans une rivière de Gilicie) ; — ensuite, 
la fenêtre de Charlemagne : Charles Martel, père de Pépin le 
Bref (Karolus d{i)c{tu)s Martel Pater Bippini), Charlemagne, 
{Karolus magnus rex). Pépin (Rex Bippinus Pater Karoli), 
Louis le Débonnaire (Ludovicus rex filius Karoli); — enfin, 
la descendance de Louis le Débonnaire : l'empereur Lothaire 
et ses trois fils, Louis II, qui fut roi d'Italie et empereur, 
Lothaire II (quoique l'inscription l'appelle aussi, sans doute 
par erreur, Ludovicus), qui reçut la Lotharingie, et Charles, 
qui régna sur la Provence. — Tous ces princes ont la tête 
ornée du nimbe, quoique presque aucun ne soit reconnu 
comme saint; sans doute faut-il voir là un souvenir de la 
tradition byzantine : les princes considérés comme délégués 
de Dieu. Tous portent la couronne fleuronnée ou fleurdelisée, 
tous également le globe et le sceptre, sceptre à fleurons trilo- 
bés dont la forme aboutit parfois à la parfaite fleur de lis des 
armes de France. Ceux des deux premières fenêtres sont 
couverts du manteau qui retombe simplement; le vêtement 
des autres est plus compliqué, leur maintien aussi, les coudes 
à l'étroit perçant la bordure du vitrail, le sceptre mal assuré 
entre les premiers doigts, le petit doigt recroquevillé. 

La fenêtre du narthex, de ce côté, est à quatre lancéolés 
divisées horizontalement en six compartiments (commence- 
ment du XV' siècle). La première, la troisième et la cinquième 
rangées horizontales (en commençant par le haut, à gauche) 
contiennent des scènes de l'Ancien Testament : la création 
d'Adam et d'Eve, Adam et Eve chassés du Paradis, Adam labou- 

i4. 



i6:3 LA CATHÉDRALE DE STRASBOURG. 

raiit la terre, le meurtre de Gaïn, l'arche de Noé. Les rangées 
intermédiaires sont occupées par des médaillons représentant 
le Christ tenant le globe d'une main et bénissant de l'autre ; 
les ornements qui remplissent l'intervalle entre les médail- 
lons renferment, dans leurs enroulements, des lettres isolées 
dont on n'a pas encore pu déterminer le sens avec certitude. 

Bas-côté sud. — Les vitraux des quatre premières fenêtres 
du bas-côté sud (2^ moitié du xiv^ siècle) représentent la vie 
du Christ. 

Elles sont divisées en quatre lancéolés. — Le premier groupe 
(le plus proche du chœur) est consacré plus spécialement à 
la vie de la Vierge ; on y voit, entre autres scènes (en com- 
mençant par le haut, ''à gauche) : l'Ange apparaissant à sainte 
Anne, la Naissance de Marie, son Mariage, l'iVnnonciation, 
l'Adoration des Mages, la Fuite en Egypte, le Christ enfant 
au temple. Au-dessous, une bande s'étend sur toute la lar- 
geur de la fenêtre, avec l'inscription : Ave Maria Graiia 
Blena (sic). — Le groupe suivant est plus proprement la vie 
du Christ : le Christ et la femme adultère, la résurrection de 
Lazare, Madeleine aux pieds du Christ, la guérison du para- 
lytique, le miracle des pains, la guérison du lépreux, le ser- 
mon sur la montagne. — La troisième fenêtre est celle de la 
Passion : (en commençant en bas, à gauche) l'entrée de Jésus- 
Christ à Jérusalem, la Cène, le Christ au Jardin des Oliviers, 
la trahison de Judas, la flagellation, le couronnement d'épines, 
le Christ crucifié entre les deux larrons, la mise au tombeau. 
Sur là bande inférieure, l'inscription allemande : « Diz bezei- 
chnet die Marier unsers Herren JHV. XPI. der uns hat erloset 
vo de ewig Tode » (« Ceci représente la Passion de Noire- 
Seigneur Jésas-Chrisl qui nous a délivrés de la mort éternelle »). 



DESCRIPTION ARCHÉOLOGIQUE. i63 

— Dans la quatrième fenêtre, les scènes qui ont suivi la mort 
du Christ : la descente du Christ dans les limbes, la Résur- 
rection, les anges apparaissant aux Saintes Femmes, Jésus- 
Christ apparaissant aux Apôtres, la pêche miraculeuse, l'As- 
cension. En bas, l'inscription : « Got brach der Helle Tar und 
nam die. sinen herfur und erstant am driten tag sad (lettres 
transposées, pour das) was Tiefel grosse Klag » (« Dieu brisa 
la porte des limbes et en fit sortir les siens, il ressuscita le troi- 
sième jour, ce qui fut une grande plainte du diable »). — La cin- 
quième fenêtre est divisée en trois lancéolés et représente le 
Jugement dernier : dans les deux premières lancéolés, cou- 
pées en divisions horizontales, les justes élèvent leurs regards 
d'adoration vers le ciel où trône le Seigneur; dans la troisième, 
un diable colossal. 

Le vitrail du narthex de ce côté (commencement du xv* siècle) 
représente encore un Jugement dernier (dans des médaillons : 
le Christ assis sur un trône, entouré de la Vierge, de deux 
saintes et des douze Apôtres), et aussi les œuvres de miséri- 
corde appliquées au Christ : le Christ à qui on donne des 
vêtements, du pain, un logis, suivant la parole rappelée par 
les inscriptions allemandes dont on peut distinguer quelques 
détails : « Do ich hungerik was ir spiset mich nût... )) « J'avais 
faim et vous ne m'avez pas donné à manger... )) 

Chapelle Sainte-Catherine. — On ne trouve sur les vitraux 
de la cathédrale de Strasbourg aucune date, aucune inscrip- 
tion votive, aucun blason qui permette de les attribuer à une 
époque et à un artiste certains. Seuls, ceux de la chapelle 
Sainte-Catherine sont considérés généralement comme l'œuvre 
du peintre-verrier Jean de Kirchheim, à cause de la corréla- 
tion entre l'époque de la construction de cette chapelle (i 33 1- 



i64 LA CATHÉDRALE DE STRASBOURG. 

13/49) ^* ^®^^^ ^^ vivait à Strasbourg cet artiste, qualifié 
« pictor vitrorum in ecclesia argentinensi » dans un testament de 
i348. Ces fenêtres sont au nombre de six, en deux groupes, 
comprenant chacun une fenêtre à trois compartiments entre 
deux fenêtres à deux compartiments ; la forme de ces lan- 
céolés est très allongée (moins de o'",4o de largeur pour 
plus de 6 mètres de hauteur). Les quatorze figures représen- 
tent les douze Apôtres, généralement avec leurs attributs, 
puis Madeleine et Marthe ; les noms des personnages sont in- 
diqués sur la bordure horizontale au-dessus des têtes. Entre 
les mains de chaque Apôtre, un phylactère portant une strophe 
du Credo. Apôtres et saintes sont] couverts, dans la partie su- 
périeure du vitrail, d'ornements d'architecture très élevés. 

Chapelle Saint-Laurent. — Cette chapelle, primitivement 
consacrée à saint Martin, comme on l'a vu, avait été garnie 
d'abord de vitraux retraçant la vie de ce saint; mais de ces 
vitraux de l'origine il ne reste rien. Ceux qu'elle contient, 
(2" moitié du xiv^ siècle) proviennent de l'ancienne église des 
Dominicains (aujourd'hui : Temple-Neuf), et il a fallu les 
mutiler pour les faire entrer (i833) dans les baies existantes, 
fragments rassemblés parfois sans ordre ni discernement. 
Deux des fenêtres de la chapelle sont pourtant lisibles et inté- 
ressantes. Divisées chacune en trois compartiments de six 
panneaux sur la hauteur, elles représentent, dans trois des ran- 
gées horizontales, des scènes de la Passion (Noli me tangere, la 
Cène, le Christ sur la croix) ;^dans les trois autres, alternant 
avec les précédentes, de petits médaillons montrent l'image 
du Christ, le globe dans une main et bénissant de l'autre, et, 
au-dessus de lui, de chaque côté, une autre petite image repré- 
sentant un prophète en buste avec une banderole explicative. 



CATHÉDRALE DE STRASBOURG 




LE BAPTISTÈRE 



DESCRIPTION ARCHÉOLOGIQUE. i65 

Triforiam. — Les vitraux du triforium sont modernes. Ceux 
du nord, qui sont de Maréchal (quelques-uns de Petit- 
Kjérard), représentent les ancêtres royaux du Christ depuis 
Jessé. Ceux du sud, œuvre de Baptiste Petit-Gérard, Pierre 
Petit-Gérard et Ferdinand Huguelin, d'après les cartons de 
Steinheil, font remonter la généalogie du Christ jusqu'au 
premier Adam; les dernières baies ont seules conservé les 
panneaux d'ornementation (reproductions de panneaux an- 
ciens) qui les occupaient jusqu'au travail de Petit-Gérard. 

Nef. — Au nord, et en commençant du côté du chœur, 
la première des hautes baies de la nef (2* moitié du xiii" siècle) 
contient, dans le haut des lancéolés, quatre figures de papes 
{S. Clemens, S. Sixtus, S. Urbanus, S. Silvester) et, dans le 
bas, quatre diacres (S. Stephanus, S. Laurencius, S. Vincen- 
•cius, S. Ciriacus) ; tous barbus, ils ont des visages semblables 
et les mêmes attitudes rigides ; les papes portent le palUum 
blanc à croix noires, ils sont coiffés de la tiare à une seule 
couronne, sorte de bonnet en forme de cône, tiennent 
l'évangéliaire de la main gauche et bénissent de la main 
droite ; les diacres, leurs cheveux bouclés autour de la tonsure, 
tiennent d'une main des palmes et un livre de l'autre. — Dans 
la deuxième fenêtre, toujours sur deux rangées, huit guerriers- 
martyrs (première moitié du xiii* siècle), vêtus de cottes de 
mailles, l'épée ou la lance dans la main droite, le bouclier à 
gauche. — En regardant la troisième baie, on est frappé d'abord 
par la grandeur des deux figures de droite, qui dépassent de 
beaucoup leurs voisines : on les appelle Dux^c/iacius (celui du 
haut) c* Dax Marais (celui du bas), martyrs en costumes de 
chevaLv^rs, l'un tenant son épée des deux mains, la pointe 
tournée vers le haut, l'autre s'appuyant sur la sienne de la main 



i66 LA CATHÉDRALE DE STRASBOURG. 

droite. Les six autres figures de cette fenêtre, qui sont sans 
doute moins anciennes (commencement du xiv^ siècle : 
S.Arbogastus, S. Maximinus, S. Amandus, en haut, S. Sola- 
rius, S. Valentinus, S. Justus, en bas), commencent la série 
des évêques, — qui ne furent pas tous évêques de Strasbourg, 
et qui ne sont nullement placés dans l'ordre chronologique. 
Ils portent l'ancienne mitre basse en forme de bonnet pointu, 
et un triple vêtement — aube, tunique, chasuble — qui les 
drape sans raideur; au-dessus de chacun d'eux, un pinacle, 
où l'on aperçoit, sur les clochetons, des petits oiseaux qui 
rappellent un détail analogue d'une autre église alsacienne 
(Westhoifen). L'évêque Valentin rappelle d'ailleurs très pré- 
cisément, par toute son attitude, par la manière dont il tient 
sa crosse et la pose sur le bord de la fenêtre, un saint Martin 
de cette église. — La quatrième et la cinquième fenêtre 
(même époque) sont occupées chacune par huit évêques, 
saints ou non; le nimbe porte toujours les noms, mais quel- 
ques-uns ne sont pas précédés de l'initiale du mot Sanctas. — 
La septième fenêtre (la sixième étant occupée par les orgues) 
est un peu postérieure (fin du xiv* siècle) et très différente. 
Elle est à deux lancéolés divisées chacune en sept panneaux. 
Dans les deux panneaux supérieurs, sous l'arc en tiers- 
point qui termine les lancéolés, deux « prophètes « à 
barbe blanche, avec des banderoles : l'un est Ezéchiel, 
l'autre le philosophe Aristote (sa banderole porte : u Aristo- 
tiles dicit »). L'ensemble des douze panneaux inférieurs 
représente le combat des Vertus et des Vices ; les unes et les 
autres sont également personnifiés par des femmes, aux che- 
veux flottants, généralement avec un mince bandeau autour 
de la tête ; les Vertus armées de lances terrassent les Vices ; 
des banderoles indiquent leurs noms : (à gauche, de haut en 



DESCRIPTION ARCHÉOLOGIQUE. 167 

bas) l'humilité opposée à l'orgueil, la foi à l'idolâtrie, la 
simplicité à la ruse, la tempérance à la gourmandise, la 
justice à l'iniquité; — (à droite, de haut en bas) l'espérance 
au désespoir, le courage à la trahison, l'union à la discorde, 
la chasteté à la luxure, la bienfaisance à la cupidité, la cha- 
rité à l'envie. On retrouve, non seulement dans le sujet, 
mais encore dans certains gestes (le maniement des lances, 
la physionomie des Vices blessés par leurs pointes) le 
souvenir de la statuaire du portail voisin ; d'autres vitraux 
alsaciens (Niederhaslach) représentent d'ailleurs le même 
sujet, avec une disposition presque pareille, quoique avec plus 
de recherche dans le vêtement et de correction dans le 
dessin. 

Au sud, la première fenêtre (proche du chœur) de la nef 
contient douze figures (fin du xiii° siècle) distribuées en quatre 
compartiments verticaux : trois par compartiment, l'une au- 
dessus de l'autre, immédiatement, sans aucun ornement 
architectural pour les couvrir et alterner avec les figures, 
comme dans les autres verrières de la nef. Ce sont des figures de 
saintes (en commençant par le haut, à gauche : la Vierge 
avec l'Enfant, puis S. Catarina, S. Cecilia, S. Odilia, 
S. Margarita, S. Aurélia, S. Agnes, S. Attala, S. Rosina, 
S. Lacia, S. Brigida, S. Barbara), assez semblables les 
unes aux autres, quelques tètes tout à fait de face, les 
autres légèrement penchées, toutes tenant des palmes d'une 
main, l'autre main sur la poitrine. La Vierge est très 
douce, très humaine, sans couronne, les bras de l'Enfant ca- 
ressant le menton de la Mère. Catherine et Marguerite 
sont seules couronnées. — Dans la fenêtre suivante (commen- 
cement du xiv' siècle), il n'y a que huit figures (quatre lan- 
céolés, mais deux figures seulement dans chacune d'elles); 



i68 LA CATHÉDRALE DE STRASBOURG. 

c'est la suite des saintes; debout sous des pinacles, elles- 
tiennent toutes des palmes, quelques-unes portent, en outre, 
la lampe des Vierges Sages. — Les trois autres fenêtres (même 
époque) achèvent la série; toujours huit figures de saintes dans 
chacune, toutes avec un diadème sur la tête et des palmes dans- 
une main, l'autre main tenant un globe ou relevée vers le cou et 
touchant le collier. — La sixième fenêtre (sans doute posté- 
rieure : fin du xiv^ siècle ; une de celles qui ont le plus souffert 
du bombardement de 1870), quoique divisée de la même ma- 
nière que les précédentes, s'en distinguecomplètement. La moi- 
tié supérieure des lancéolés est remplie par l'ornementation 
architecturale, la moitié inférieure est occupée par les person- 
nages : un par compartiment ; mais, malgré cette division, l'ar- 
tiste a eu le dessein de représenter une scène d'ensemble : le 
Jugement de Salomon. Les trois personnages de droite ont leurs 
visages tournés vers le personnage de gauche. Celui-ci figure 
Salomon sur son trône, le sceptre dans la main gauche, la 
main droite désignant le deuxième compartiment; ici, c'est 
la vraie mère, costume et attitude simples, à genoux sur des 
marches qui appartiennent au trône du roi; puis, dans le 
troisième compartiment, le bourreau, appuyé sur sa grande 
épée, et portant sur le bras gauche un enfant d'aspect trop 
âgé; enfin, la fausse mère, trop élégante, les cheveux épars^ 
incomplètement couverts, la main droite levée, la gauche 
dans sa riche ceinture. Des inscriptions, le long de la bordure 
des fenêtres, expliquent ces divers gestes : « Der Kunic ach Ez 
ist din so din Kindelin » (« Le roi : ah ! cest le tien, cest ton 
petit enfant »)... a Sol ich daz Kinl slahen in zwey i) (« Dois-je 
couper V enfant en deux? »)... — La dernière fenêtre contient 
une Adoration des Mages, moderne (Maréchal?). 

Presque complètement détruite par un orage en i84o, la 



DESCRIPTION ARCHÉOLOGIQUE. 169, 

grande rose de la façade occidentale^ toute d'ornementation, 
végétale, a été refaite par Petit-Gérard en i845. 



VI 

MOBILIER 

La chaire qui s'élève dans la nef, au côté nord, adossée au 
troisième pilier (en venant du chœur), est celle qui fut con- 
struite en i486 par Jean Hammerer pour le prédicateur Geiler 
de Kaysersberg * . C'est une chaire en pierre, dans le style 
gothique fleuri du xv" siècle, riche de statuettes et d'orne- 
ments très fouillés : « merveille de délicatesse », a noté Taine, 
et il ajoute, à propos d'elle : « le gothique, en finissant, tourne 
au bijou ^. » Elle repose sur un pilier octogone central entouré 
de six colonnettes qui la soutiennent aux angles ;. sur les faces 
du pilier, dans des niches abritées par des dais, les statuettes 
de la Vierge et des quatre Évangélistes avec leurs attributs 
dans les soubassements ; des saints, des martyrs, des Pères de 
l'Église, sur la face extérieure des colonnettes. Le corps même 
de la chaire présente, au centre, le Christ sur la Croix, entre 
la Vierge et saint Jean, entourés des Apôtres, toujours dans 
des niches ; aux colonnettes de séparation de ces niches, des 
anges avec les instruments de la Passion. Une « figure immo- 
deste », comme dit Grandidier^ (moine et béguine voisinant 
de trop près), était sculptée sur le bord antérieur de la chaire 

1 . Voir page 34 • 

2. Carnets de voyage [i8ô5], (Paris, Hachette, 1897, in-i6), p. SSy. 
3- Oav. cité, p. 371. 

i5 



170 LA CATHÉDRALE DE STRASBOURG. 

(ou sur l'appuie-main de la rampe de l'escalier ?) dès le temps 
du prédicateur Geiler, et ce « monument qui était alors, 
— ajoute Grandidier, — moins un objet de scandale que 
d'instruction publique » n'a été enlevé qu'en 1764. 

L'abat-voix contemporain de la construction de la chaire a 
été remplacé en 161 7; celui-ci, démoli par précaution, en 
même temps que la chaire au début de la Terreur, n'a pas 
été remonté avec elle. L'abat-voix actuel est une œuvre de 
Vallastre et date de i834- 

Le baptistère (devant le portail roman du croisillon nord) 
est, lui aussi, un curieux a bijou » de l'époque fleurie, et qui 
est dû, comme on l'a vu plus haut, à Jodoque Dotzinger. 
maître de l'œuvre (i453). 

Plusieurs orgues, successivement, depuis 1260, date des 
plus anciennes, ont précédé les orgues actuelles, et toujours à 
la même place, dans la sixième travée du triforium nord. 

Les orgues actuelles ont été construites en 1713-1716, par 
André Silbermann ; elles sont composées de 4o registres et de 
2 242 tuyaux. 

Le bufl'et polychrome est celui qui contenait déjà les orgues 
précédentes ; il date de 1 489 * . 

Parmi les quatorze autels de la cathédrale, le plus intéres- 
sant est l'autel à triptyque, avec sculptures et peintures, 
œuvre du xvi*^^ siècle (i522), qui se trouve au pied du chœur 
(dans la nef, au sud). Au milieu du triptyque s'élèvent les 
trois statues de saint Nicolas, saint Pancrace et sainte Gathe- 

I. Voir p. 35, ce qui concerne les Roraffen. 



DESCRIPTION ARCHÉOLOGIQUE. 171 

rine, au-dessous desquelles cinq petites niches abritent les 
bustes du Christ et des Apôtres ; sur le côté intérieur des deux 
volets sont figurés en relief la Naissance du Christ et 
l'Adoration des Mages; à l'extérieur, en peinture, saint Cor- 
neille, pape, saint Pancrace et sainte Catherine. 

Il faut signaler aussi le somptueux autel de la chapelle 
Saint-Laurent, élevé, en partie à leurs frais, par huit menui- 
siers qui étaient venus s'établir à Strasbourg à la suite des 
armées de Louis XIV. 

Le maître-autel est l'ancien autel de Massol (1765), mais 
qui, après avoir été démoli pendant la Révolution, fut re- 
construit, plus modeste qu'à l'origine, en 1 807-1809. 

Le groupe du « Mont des Oliviers » * . — Entre la chapelle 
Sainte-Catherine et la partie de la clôture ogivale du xviii'' 
siècle qui aboutit, de ce côté, au portail de l'Horloge se trouve 
une petite chapelle, consacrée à saint Michel, qui contient un 
célèbre groupe de pierre : Le Mont des Oliviers. Il date de la fin 
du XV* siècle : un bourgeois de Strasbourg, Nicolas Rœder, le 
fît ériger au cimetière derrière l'église Saint-Thomas en 1498. 
Au commencement de la Réforme, ce groupe fut transporté 
dans une maison de béguines de la rue Sainte-Elisabeth. 
Depuis 1667, il est à la cathédrale, où il eut sa place succes- 
sivement dans la chapelle Sainte-Catherine, dans la crypte, 
et enfin dans la chapelle qui l'abrite actuellement. 

L'œuvre se compose de plusieurs statues au premier plan, 
et, plus loin, de nombreux personnages en relief. Les statues 
sont celles du Christ à genoux, de l'ange, sur un rocher, 
qui lui montre le calice, et des trois disciples endormis. Les 

r. Outre PiToji, Kraus, Meyer-Altoha, oiiv. cités, voir : L. Schneeoans, 
L'église de Saint-Thomas d Strasboarg, Strasbourg, Schuler, iS^a, in-8°. 



172 LA CATHÉDRALE DE STRASBOURG. 

personnages en relief représentent, guidés par Judas, les sol- 
dats et le peuple descendant de Jérusalem, dont on aperçoit, 
•en haut, au fond, les maisons et les tours. La belle sérénité 
douloureuse du Christ en prière, l'agitation de la foule qui 
se presse, curieuse et haineuse, donnent à cet ensemble beau- 
coup de grandeur et de vie. 

L'horloge^. — Une première horloge, construite en i352, — 
peu après celle de Padoue, avant celle de Paris (l'horloge de 
la tour du Palais), — était placée dans le croisillon sud, comme 
l'horloge actuelle, mais au mur ouest; on voit encore, dans le 
mur qui fait face à l'horloge d'aujourd'hui, les consoles en 
pierre qui servaient à soutenir l'ancienne. Cette première hor- 
loge offrait déjà quelques-unes des curiosités qui se sont trans- 
mises dans les horloges suivantes, sous une forme identique 
ou analogue : le coq chantant et battant des ailes, trois mages 
s'inclinant, au coup de midi, devant la Vierge. Le défaut d'en- 
tretien, la rouille finirent par paralyser le mouvement, et, en 
1547, l'CEuvre Notre-Dame décida la construction d'une 
horloge nouvelle. 

Par suite de divers incidents, le projet ne reçut d'abord 



I. Projet pour la réparation, le perfectionnement ou la construction à neuf de 
.l'horloge astronomique de la Cathédrale de Strasbourg, par M. Schwilguk, 
artiste mécanicien, horloger et professeur de mathématiques, dans : Journal 
de la Société des Sciences, arts et agriculture du Bas-Bhin, 1837. — Fargeaud, 
iRapport à la Section des Sciences physiques et mathématiques, db Cusst, 
Rapport à la Section des Beaux-Arts, dans : Congrès Scientifique de France, 
(lo* Session, Strasbourg, 18^2), Paris, Derache, i843, 2 vol. in-8". — 
"Ch. Schwilgué, Description abrégée de l'horloge astronomique de la Cathédrale 
de Strasbourg. Strasbourg, Dannbach, iSlxlx, petit in-12. — A. Stolbkrg, 
Tobias Stimmers Malereien an der astronomischen Mûnsteruhr zu Strassbarg, 
•Strasbourg, Heitz, 1898, in-8° ; — Tobias Stimmer, sein Leben und seine 
Werfee, Strasbourg, Heitz, 1901, in-8°. 



CATHÉDRALE DE STRASBOURG 




LA CHAIRE 



DESCRIPTION ARCHÉOLOGIQUE. 178 

qu'un commencement d'exécution, puis il fut repris, en 1670, 
par Conrad Dasypodius, un professeur de mathématiques de 
l'Université de Strasbourg, fils d'un professeur de grec qui 
s'appelait Rauhfûss — pied vêla — et qui avait hellénisé son 
nom. Il eut comme collaborateurs David Wolkenstein, astro- 
nome, de Breslau, les frères Isaac et Josias Habrecht, horlo- 
gers, de Schaffhouse, l'architecte Uhlberger, Tobias Stimmer, 
peintre et sculpteur. Cette deuxième horloge marcha pour la 
première fois le 24 juin 1574. Avec son astrolabe et son calen- 
drier, avec ses personnages allégoriques mobiles, elle précédait 
dignement, pour l'intérêt scientifique comme pour l'amuse- 
ment des curieux, l'horloge actuelle : représentation exacte de 
l'état des connaissances du xvi' siècle, devait dire le construc- 
teur de la troisième horloge, « elle était pour son temps un vé- 
ritable chef-d'œuvre » . — On a raconté, on raconte encore sou- 
vent que les Strasbourgeois s'enorgueillirent de cette œuvre 
jusqu'à la cruauté, et qu'ils firent crever les yeux à l'inventeur 
pour l'empêcher d'en construire une pareille dans un autre 
pays. Peut-être trouve-t-on l'origine de cette légende dans ce 
fait qu'avant l'achèvement des mécanismes de l'horloge de 
Strasbourg, Josias Habrecht fut appelé par l'archevêque de 
Cologne qui voulait faire faire une horloge astronomique 
dans son château de Kayserswœrth, et que ce voyage coïncida 
avec la maladie d'une sœur de Josias, qui devint aveugle 
vers la même époque?... La deuxième horloge fonctionna jus- 
qu'en 1789. 

L'horloge actuelle est l'œuvre d'un mécanicien strasbour- 
geois, J. B. Schwilgué, qui commença à y travailler en i838 
et l'acheva en 1842. Aucune des pièces d'horlogerie anciennes 
n'a pu être utilisée (elles sont encore visibles au Musée de 
l'Œuvre Notre-Dame), mais le buffet de l'ancienne horloge a 

i5, 



174 LA CATHÉDRALE DE STRASBOURG. 

été conservé, et l'ensemble archi tectonique est resté le même 
qu'autrefois. 

Au bas du monument, une sphère céleste indique le temps 
sidéral, c'est-à-dire le temps des passages successifs d'une 
même étoile au méridien du même lieu : elle est disposée ici 
pour le méridien de Strasbourg. 

Derrière la sphère céleste s'étend, sur une longueur de 
II mètres (3", 26 de hauteur), le soubassement du buffet de 
l'horloge. Il est divisé en trois compartiments. 

Celui du milieu est consacré au calendrier. Un anneau 
métallique de 9 mètres de circonférence porte toutes les indi- 
cations d'un calendrier perpétuel : mois, dates, noms des 
saints, fêtes fixes ; il avance d'une division à chaque minuit ; 
les jours supplémentaires des années bissextiles, ainsi que les 
indications des fêtes mobiles, se placent automatiquement à 
leur rang. En bas, à gauche, une petite statue d'Apollon 
indique d'une flèche la date sur cet anneau mobile ; Diane se 
contente, sans office spécial, de lui faire pendant à droite. 
— La partie comprise à l'intérieur de l'anneau du calendrier 
est destinée aux indications du temps solaire, c'est-à-dire du 
temps mesuré par les passages successifs du soleil au méridien 
d'un même lieu. Cercle d'argent où sont marquées les heures 
de jour et les heures de nuit, horizon mobile, disque doré 
(le soleil), globe mi-partie argent et noir (la lune), la terre, 
au centre, figurée par l'hémisphère septentrional, lequel est 
orienté de manière que le méridien de Strasbourg se trouve 
dans la verticale : les rapports de ces diverses figurations entre 
elles représentent le lever et le coucher du soleil, le temps vrai, 
le mouvement diurne vrai de la lune autour de la terre, les 
phases de la lune, les éclipses de soleil et de lune. — Dans les 
angles autour du calendrier, des peintures de Tobias Stimmcr 



DESCRIPTION ARCHÉOLOGIQUE. 17$ 

(1539-1084) ' l'Assyrie, la Perse, la Grèce et Rome, représen- 
tées par quatre guerriers armés. 

Les deux compartiments voisins sont consacrés : l'un (à gau- 
che du spectateur) oMcomput ecclésiastique, dont le mécanisme 
sert à déterminer, le 3i décembre, à minuit : le millésime de 
l'année nouvelle, toutes les indications des cycles (cycle so- 
laire, cycle lunaire ou nombre d'or) pour cette année, les lettres 
dominicales qui, dans les calendriers perpétuels, marquent le 
dimanche, la date de Pâques qui, transmise immédiatement 
au calendrier, entraîne avec elle la fixation des autres fêtes 
qui en dépendent ; l'autre compartiment (à droite) aux équations 
solaires et lunaires, dont les organes mécaniques amènent, 
avec une parfaite précision, et pour un temps indéfini, la re- 
présentation des mouvements apparents du soleil et de la lune. 

Les deux corniches superposées, au-dessus du soubassement 
que nous venons de décrire, sont occupées par des peintures 
de Tobias Stimmer, panneaux tout en largeur (le premier a 
exactement 1 74 centimètres dans ce sens et 36 centimètres 
seulement sur la hauteur) : — sur les côtés, à gauche : la 
Création (le monde sort du chaos; au milieu, un globe avec 
le mot Dieu en hébreu, en grec et en latin), et la Résurrec- 
tion (un rayon de soleil traverse diagonalement le panneau, 
et les morts se réveillent à cette lueur) ; à droite : le Jugement 
dernier (le Christ en Juge du monde, les bras étendus, le 
sceptre et la palme dans la main droite, le glaive et la disci- 
pline dans la main gauche) et le Triomphe de la Foi (la 
Mort au milieu du panneau; d'un côté, une femme richement 
vctue élève dans sa main la coupe de la vie mondaine; de 
l'autre, trois femmes, l'une, les mains jointes, les yeux levés 
au ciel, une autre tenant un cœur dans sa main, une troisième 
la croix, représentent la Foi, l'Espérance et la Charité); — au 



176 LA CATHÉDRALE DE STRASBOURG. 

milieu, dans la corniche supérieure, représentées par deux 
femmes étendues, la Mort, châtiment du péché, la Vie éter- 
nelle, récompense de la vertu ; tandis que la corniche inférieure 
est percée, au milieu, d'une ouverture par où l'on voit ap- 
paraître sur une saillie, successivement, les sept jours de la 
semaine sous la forme de sept divinités traînées par des chars 
antiques : Diane, le lundi ; Mars, le mardi ; Mercure, le mer- 
credi; Jupiter, le jeudi; Vénus, le vendredi; Saturne, le sa- 
medi; Apollon, le dimanche. 

Au-dessus, la galerie des lions, ainsi nommée à cause des 
deux lions, avec les armes de Strasbourg, qui proviennent 
de l'ancienne horloge ; contrairement à une légende persis- 
tante, ils n'ont jamais rugi. Au milieu de la galerie, un petit 
cadran destiné à l'indication du temps moyen, c'est-à-dire des 
heures égales, d'usage courant, dont l'avance sur les heures 
solaires les plus longues compense à la fin de l'année le 
retard sur les plus courtes. Aux côtés de ce cadran, deux 
anges : l'un, avec un sceptre et un timbre, sonne le premier 
coup de chaque quart d'heure ; l'autre tient un sablier, qu'il 
retourne au dernier coup du quatrième quart de la sonnerie 
des heures. 

La galerie des lions est surmontée d'un planétaire construit 
d'après le système de Copernic. Au centre d'un cadran, un 
disque doré (le soleil) d'où partent douze rayons qui aboutis- 
sent, sur la circonférence du cadran, aux signes du zodiaque; 
sept petites sphères mobiles représentent Mercure, Vénus, la 
Terre, Mars, Jupiter, Saturne, la Lune, et leurs mouvements 
autour du soleil — le disque doré — lequel reste immobile. 
— Dans les angles autour du planétaire, quatre peintures de 
Tobias Stimmer : les quatre saisons figurées par les quatre 
âges de l'humanité. 



CATHÉDRALE DE STRASBOURG 




L'HORLOGE 



DESCRIPTION ARCHÉOLOGIQUE. 177 

Le globe qui est au-dessus du planétaire est destiné à rendre 
visibles les phases de la lune. 

Plus haut, on voit les statuettes mobiles qui, avec les chars 
-des jours de la semaine et les anges de la galerie des lions, 
attirent plus particulièrement l'attention de la foule. Deux 
compartiments sont placés l'un au-dessus de l'autre. Dans 
celui du bas, quatre figurines — les quatre âges — défilent 
successivement, quart d'heure par quart d'heure, devant la 
Mort qui se dresse au milieu, entre deux timbres, la faux 
dans une main, un os dans l'autre : les quatre âges, en pas- 
sant, frappent sur un des timbres le second coup des quarts 
d'heure (dont le premier est sonné, comme on l'a vu, par un 
des anges de la galerie des lions), et, à chaque heure, la Mort 
laisse tomber sur l'autre timbre l'os qu'elle tient dans la main 
droite : éternelle, elle sonne la nuit même, tandis que les 
quatre âges, passagers, ne fonctionnent que pendant le jour. 
Dans le compartiment du haut, le Christ, debout, tient la 
croix de la main gauche et bénit de la main droite ; au dernier 
coup de midi frappé par la Mort dans le compartiment infé- 
rieur, les douze Apôtres passent devant le Christ et le saluent, 
tandis que le coq placé au sommet de la tourelle, à gauche, 
bat des ailes, agite sa tête et chante trois fois : souvenir du 
reniement de Pierre. 

Le dôme qui couronne cet ensemble est orné de statuettes : 
au centre, le Prophète Isaïe, par Grass; autour de lui, les 
Évangélistes. 

La tourelle de gauche est ornée de plusieurs peintures. 
En haut, Uranie, Muse de l'astronomie, plus bas, Copernic, 
provenant l'un et l'autre de l'ancienne horloge (encore 
deux œuvres de Stimmer); enfin, un portrait de J.-B. 
Scjiwilgué, l'auteur de l'horloge nouvelle (fait par Guérin 



178 LA CATHÉDRALE DÉ STRASBOURG. 

en 1843). Sur la face de la tourelle vers le chœur, les t^'ois 

Parques. 

A droite, un escalier à limaçon permet d'atteindre les 

étages supérieurs de l'horloge et aussi la galerie qui donne 

au dehors. 

Les moteurs qui actionnent les diverses parties de l'horloge, 

dépendent tous d'un moteur central qu'on remonte tous les 

huit jours. 

L'indication des heures, des minutes et des jours de la 

semaine se transmet à l'extérieur de l'édifice, sur le cadran 

qui est au-dessus du portail sud. 

L'heure donnée par l'horloge, aussi bien au cadran exté- 
rieur du portail qu'au cadran du temps moyen de la galerie 

des lions, est l'heure astronomique, qui retarde de 29 minutes 

sur l'heure de l'Europe centrale maintenant usitée à Stras- 

. bourg. 

Sans doute le constructeur de l'horloge du xix* siècle a pris 
comme modèle celle du xyi% mais il a grandement ajouté à 
son modèle, en profitant des progrès de la science. Les an- 
ciennes indications étaient en partie figurées par la peinture 

. et ne pouvaient servir que pour des périodes restreintes ; elles 
sont reproduites maintenant, mais avec des indications sup- 
plémentaires, mécaniquement et à perpétuité. Le fils de 
J.-B. Schwilgué pouvait non sans raison glorifier son père 
d'avoir fait autre chose qu'une simple restauration : « une 
œuvre toute neuve d'invention et d'exécution, dit-il, une 

. œuvre qui marque avec la même exactitude des secondes et 
des périodes dépassant 26 mille années )). 

Les Tapisseries. — La cathédrale de Strasbourg possède 
quatorze belles tapisseries du xvii^ siècle, qui ne sont visibles 



DESCRIPTION ARCHÉOLOGIQUE. 179 

que pendant quelques jours lors de la Fête-Dieu, où elles 
sont suspendues tout le long de la nef entre les piliers*. 

Elles représentent quatorze scènes de la Vie de la Vierge : 
1° La Naissance; 2° La Présentation au Temple; 3° Le Mariage 
de la Vierge ; 4° L'Annonciation ; 5° La Visitation ; 6" La Na- 
tivité du Christ; 7" L'Adoration des Rois; 8" La Fuite en 
Egypte ; 9" La Purification ; 10" Jésus au milieu des Docteurs ; 
II" Les Noces de Cana; 12° La Mort de la Vierge; iS" L'As- 
somption; 14" Le Couronnement de la Vierge. 

Les dimensions de ces tapisseries varient entre 4"", 70 et 
4"", 90 de hauteur, 5 mètres et 6", 20 de largeur. La bordure à 
enfants mêlés de guirlandes de fleurs et de fruits qui encadre 
chacune d'elles, contient : en haut, dans un cartouche cen- 
tral, la légende en latin du sujet représenté; dans deux autres 
cartouches de la partie supérieure, de chaque côté du cartou- 
che central, les armes et les initiales (A D C R) de Richelieu 
(Armand Duplessis, Cardinal de Richelieu); aux angles infé- 
rieurs, le blason de l'abbé Le Masle, prieur des Roches, qui 
fut jusqu'à la mort du cardinal son secrétaire et son homme 
de confiance (une seule, la deuxième, porte le blason de 
l'abbé Charpentier, également secrétaire du cardinal); en bas 
aussi, dans un cartouche central, une mention latine indi- 
quant que ces tapisseries ont été achetées par le chapitre de 
Strasbourg en 1789; enfin, sept de ces tapisseries^ sont signées 
en toutes lettres par Pierre Damour, tapissier d'origine pari- 

1. Ces tapisseries ont été ctudices pour la première fois, et très complète- 
ment, par M. Jules Guiffrey flans trois articles de la Revue alsacienne illustrée 
(IV, 1902) : La Vie de la Vierge, Élude sur les tapisseries conservées d la 

ithèdrale de Slrcubourg. C'est ce travail dont nous donnons ici une rapido 
ualyse. 

2. Une des sept autres, Le Mariage de la Vierge, porte la marque des 
.itcliers bruxellois; six n'ont pas d'indication d'origine. 



fc 



i8o LA CATHÉDRALE DE STRASBOURG. 

sienne qui travailla d'abord à Reims et qui établit ensuite à 
Paris (vers i65o) un atelier libre : les tapisseries de Strasbourg 
ne sont donc pas des « Gobelins », comme on les appelle 
souvent. 

Presque toutes ces indications concordent entre elles, ainsi 
qu'avec le caractère des tapisseries; une seule ne s'explique 
pas au premier abord : la mention avec la date de 1739 sur 
les cartouches inférieurs. Or, elle ne date pas de l'origine : 
c'est une pièce de remplacement qui occupe sans doute dans 
ce cartouche la place d'indications antérieures. 

Les tapisseries de Strasbourg sont bien du xvii* siècle. Elles 
se rapportent à un fait historique : Louis XIII, reconnaissant 
delà naissance du Dauphin (i638), avait voué le royaume à 
la Vierge ; c'est en conséquence de ce vœu et pour obéir aux 
intentions de Richelieu, que cette Vie de la Vierge fut entre- 
prise et offerte au chapitre de Notre-Dame de Paris, où elle 
fut afiFectée à la décoration du chœur. Les deux premières 
furent exécutées immédiatement (i64o), d'après des peintures 
de Philippe de Champaigne ; les deux suivantes ont été faites 
entre 1640 et 1662, les dix dernières de 1662 à 1657. 

Lors des travaux qui modifièrent la décoration du chœur 
de Notre-Dame de Paris (i 699-1 71 4). il n'y eut sans doute 
plus de place pour ces tapisseries, qui furent par la suite con- 
fiées successivement à quelques autres paroisses parisiennes, 
et que le chapitre, finalement, essaya de vendre : en 1739,. 
celui de Strasbourg les acheta, pour 10 000 livres. 

Les tableaux ne sont ni nombreux ni importants : une 
Fuite en Egypte de Fragonard (sans doute Alexandre Frago- 
nard, fils d'Honoré?); un Christ en Croix d'après Prud'hon; 
V Assomption de la Vierge, par Steiber; la Mise au tombeau. 



DESCRIPTION ARCHÉOLOGIQUE. i8r 

par Klein; et, à la sacristie du Chapitre, V Adoration des 
Bergers, par Guérin (sans doute Gabriel-Christian, le neveu du 
célèbre miniaturiste strasbourgeois de la fin du xviii^ siècle, 
Jean Guérin). 

Les portes^ de bronze qui fermaient le portail principal 
avant la Révolution furent enlevées le 4 frimaire an II pour 
être portées à l'arsenal : on les croyait massives, elles n'étaient 
qu'en bois, avec un revêtement superficiel qui ne fournit que 
187 livres de métal. En 1889, le Conseil Municipal vota un 
crédit de 80 000 fr. pour leur rétablissement ; mais la réalisa- 
tion de ce projet n'alla pas sans de longues et vives discus- 
sions, dont on retrouve l'écho dans les Archives des Monu- 
ments historiques. Malgré le vote du Conseil Municipal, Rlotz, 
l'architecte de la cathédrale, insistait pour que les portes nou 
velles fussent des portes en bois avec ferrures ciselées, comme 
celles du portail Sainte-Anne de Notre-Dame de Paris * ; fina- 

1. Voir ; G. Klotz, Recherches sur un bas-relief en brome allribaé aax an- 
ciennes portes de la cathédrale..., dans : Bulletin de la Société pour la conser- 
vation des Monuments historiques d'Alsace, 187/J-1875 ; voir aussi, — pour les 
portes nouvelles, — Les Nouveaux Vantaux de la porte principale de la cathé- 
drale de Strasbourg, Strasbourg, Le Roux, 1879, ii'i-S", et Ed. GERSPAcn, 
Auguste Steinheil, dans : Revue alsacienne, i885. 

3. Klotz envoie lettre sur lettre au ministère : le vote du Conseil munici- 
pal, écrit-il, a été « entièrement émis sous l'impression des nouvelles portes 
de la Madeleine à Paris » : mais, pour « une façade du xni* et du xiv* siè- 
cle» n, « une clôture en bronze serait un anachronisme » : « la richesse de 
la porte en bronze se détachant sur les murs nu» de l'époque grecque, ro- 
maine et byzantine... nuirait au contraire dans un portail du xiv* siècle aux 
nombreux bas-reliefs et statues en pierre » ; d'ailleurs, « à toutes les époqties, 
une porte, lorsqu'elle indiquait une ouverture, ressemblait toujours à une 
porte et non à une partie intégrante de la muraille » ; enfin, on n'a pas de 
documents suffisants pour reproduire exactement l'ancienne porte (lettre au 
ministre, 11 aoûti8/i3; lettre à Grille de Beuzelin, 37 avril i843). En oppo- 
sition avec Klotz agit Schneegans, l'érudit et ardent archiviste de la Ville ; 

16 



i82 LA CATHÉDRALE DE STRASBOURG. 

lement, il dut céder à l'opinion contraire, celle du Conseil 
Municipal, de Schneegans, de Mérimée, du Conseil des Bâti- 
ments civils : ce sont, en effet, des « portes en bronze » 
(c'est-à-dire recouvertes de bronze), qui ont été placées au 
portail principal, — en 1879 seulement, mais Klotz étant 
toujours architecte de la cathédrale. 

Les vantaux nouveaux sont en bois de pin, de 6 mètres de 
hauteur sur 2 mètres de largeur, fixés par hiiit pentures ap- 
parentes à l'intérieur. La décoration au repoussé du revêtement 
de métal, d'après les dessins de Steinheil, comprend des scènes 
de la vie du Christ et de la Vierge, des personnages de l'An- 
cien et du Nouveau Testament, des ornements empruntés au 
règne végétal. Tout en haut, des vers latins qui existaient déjà 
sur les anciennes portes et une mention commémorative de 
la construction des nouvelles; au-dessous, quatre planètes, 
d'un côté, et trois de l'autre, avec leurs noms en latin; puis, 
représentés dans des niches, sainte Marguerite, sainte Agnès, 
sainte Catherine et la Vierge, à gauche, le Christ, saint Pierre, 



il envoie, lui aussi, des mémoires au ministre ; il affirme que les portes de 
bronze d'avant la Révolution sont bel et bien l'œuvre d'un contemporain 
d'Erwin et que, par conséquent, leur rétablissement ne serait pas contraire à 
la tradition gothique; en outre, il a retrouvé le serrurier qui, en 1798, 
dépouilla les portes de leurs plaques métalliques, il a retrouvé les traces et 
même l'empreinte de ces anciens ornements ; rien ne s'oppose donc à la 
réfection des anciennes portes. Le Conseil des Bâtiments civils (26 octobre 
i8/j3, 3 avril i845), Mérimée, inspecteur général des monuments historiques 
(^Rapport du 2/1 mai i8/i4), se prononcent contre le projet Klotz et approu- 
vent en principe, sinon dans tous ses détails, le projet Schneegans. Voici 
une des réserves faites par Mérimée, et qui montre que, sur un point du 
moins, il partageait les préoccupations de Klotz ; « 11 faut d'abord éviter de 
continuer sur les portes l'ornementation des voussures. Les figures ne doi- 
vent avoir qu'un très faible relief et la différence entre le bronze et la pierre 
doit être indiquée par la différence du travail. » (Archives des Monuments histo- 
riques.) 



DESCRIPTION ARCHÉOLOGIQUE. i83 

saint Paul et saint Michel à droite. Tout en bas, des scènes de 
combat figurant la lutte de l'homme et de l'esprit du mal ; la 
dernière scène, au coin de droite, représente simplement une 
famille revenant de la chasse. 

Les cloches. — Les cloches^ sont au nombre de neuf, dont 
quatre sont affectées au service religieux, les cinq autres au 
service de la ville ou aux sonneries de l'horloge. 

Les cloches du premier groupe sont placées dans le clocher 
proprement dit, au-dessus de la grande rose de la façade occi- 
dentale. Une seule d'entre elles, le gros bourdon, a traversé 
sans encombre l'époque révolutionnaire, où elle fut conservée 
pour annoncer les services du culte de l'Être suprême ; c'est 
une cloche de plus de deux mètres de diamètre, fondue en 
1437, par Jean Gremp, de Strasbourg; elle pèse 9000 kilos 
et il faut six hommes pour la mettre en branle. Des trois 
autres, deux ont été fondues par Mathieu Edel en 1806; la 
dernière par son fils en 181 4, en remplacement d'une cloche 
qui s'appelait Napoléon et qui, placée dans la tour en i8o5, 
se fendit, si l'on en croit la tradition, le jour même où parvint 
à Strasbourg la nouvelle de l'abdication de l'Empereur. 

Les cinq autres cloches, placées dans la tour octogone au- 
dessous de la plate-forme, sont des cloches de service civil, qui 
n'ont pas souffert pendant la période révolutionnaire. La plus 
ancienne d'entre elles (1696, d'après Scyboth, 1696, d'après 
Piton) pèse 2 100 kilos et sert de timbre à l'horloge de la tour 



I. Il subsiste encore quelque incertitude dans l'histoire des cloches de la 
cathédrale. Nous avons suivi de préférence l'article (non signe) d'Ad. Seyboth, 
paru dans le Journal d'Alsace-Lorraine, et qui se trouve, aux Archives de la 
Ville de Strasbourg, dans un recueil que l'auteur avait constitué, sans doute 
en vue d'une suite à donner à son Strasbourg historique et pittoresque. 



i84 LA CATHÉDRALE DE STRASBOURG. 

pour la sonnerie des heures ; deux autres cloches, moins impor- 
tantes, l'une de 778 kilos, l'autre de 423 kilos, fondues en 1 787, 
servent à la sonnerie des quarts d'heure. La cloche qui annon- 
çait autrefois la fermeture des portes de la ville et qu'on 
sonne encore aujourd'hui tous les soirs de 10 heures à 10 i/4» 
pèse 2 225 kilos et a été fondue par César Bonbon et Jean Rosier 
à la fin du xvii" siècle. Enfin, une cloche de 5 000 kilos, fondue 
en 1 774» est munie de deux marteaux qui servent aux gardiens 
de la plate-forme, l'un pour répéter à chaque heure la sonnerie 
de l'horloge, l'autre en cas d'alarme, pour sonner le tocsin. 



LA MAISON DE L'ŒUVRE NOTRE-DAME 

La construction de la Maison de l'Œuvre Notre-Dame* 
(Frauenhaus),où sont réunis les services de l'Œuvre (sur la place 
du Château, vis-à-vis de la façade sud de la cathédrale) remonte 
à i347- Elle ne comprenait d'abord que la partie de l'est, celle 
qui est voisine du château. Quand on reconstruisit l'édifice en 
1 578-1581, on y ajouta l'aile de l'ouest : l'ensemble forme la 
Maison de l'Œuvre actuelle. De cette époque datent le por- 
tail à retrait en biais et à coquilles (dans le mur qui joint les 
deux ailes), et, à l'intérieur, le curieux escalier qui s'enroule 
en spirale autour d'un noyau transparent dessiné par trois 
minces colonnettes à chapiteaux élégants. Au sommet de l'aile 
ouest, une statue de guerrier romain appuyé sur sa lance; 
au coin de l'autre aile, une statue de la Vierge avec l'Enfant, 
qui a longtemps occupé le trumeau du portail principal de la 
cathédrale. 

I . La première acquisition d'une maison pour l'administration de l'Œuvre 
fut faite en 1374, sur ce même emplacement. Voir p. i3. 



DESCRIPTION ARCHÉOLOGIQUE. i85 

C'est ici que sont conservés, dans les locaux de l'adminis- 
tration de l'Œuvre, les anciens plans et élévations sur parche- 
min dont nous avons parlé plus haut * : moitié sud de la 
façade occidentale, y compris la rose; la même, à l'intérieur; 
moitié nord de la façade occidentale, avec la tour; l'ensemble 
de la tour octogone et de la flèche, depuis la plate-forme jus- 
qu'à la couronne; le milieu de la façade occidentale, avec 
l'indication peinte des statues : la Vierge et les Apôtres, le 
Christ, les Évangélistes, le Jugement dernier; d'autres élé- 
vations se rapportant au portail Saint-Laurent, à la chaire, 
aux orgues, etc. 

Le rez-de-chaussée de la Maison de l'Œuvre-Notre-Dame 
sert de musée ; on y voit les statues originales de l'Église et 
de la Synagogue, beaucoup de débris de sculptures provenant 
de la cathédrale, un fragment de l'inscription d'Erwin qui 
figurait sur la chapelle de la Vierge^, les pièces de l'ancienne 
horloge astronomique, et aussi une belle œuvre en bois sculpté, 
polychrome, de la fin du xv' siècle, divisée en trois scènes qui 
représentent la Naissance du Christ, l'Adoration des Mages et 
la Circoncision. 

1. Voir p. i6, 23, i36. 

2. Voir p. 22 et l'en-têtede la Table des Matières, p. i8g. 




i6. 



A 

B 
C 
D 
E 
F 
G 
H 
J 



LEGEND 



Chapelle Saint- Jean-Baptiste 
Chapelle Saint-André (p. 87) 
Chapelle Saint-Laurent (aiitrel 



Chapelle Sainte-Catherine (ou < 
Sacristie Saint-Laurent (p. 3i 
Sacristie du Chapitre (p. 45). 
Tombeau d'Erwin (^p. 22). 
Tombeau de Conrad de Lichten 
Portail roman et baptistère (p. 

K Ancien puits (p. 3 et 116). 

L Pilier des Anges (p. 85). 

M Vestibule nouveau de style goth 

N Trésor. 

O Chaire (p. 33 et 169). 

P Orgues (p. 170). 

R Horloge (p. 172). 

S Chapelle Saint-Michel et Mont-.^^ 




ù: 



ReproducUoo 
interdite. 

Atelier» D. A. Lobouft. 



L\ CATHÉDHALK 
ï^TKASBOURG 



S«o'.^V';<>?ii-s*3!fc. 




LISTE DES ILLUSTRATIONS 



PLANCHES HORS TEXTE 

1. — Vue générale. 
II. — La Galerie des Apôtres (fragment du projet original). 

III. — Vue du côté nord (d'après une ancienne gravure). 

IV. — Vue générale (une ancienne lithographie). 
V. — La Crypte. 

VI. — Le Pilier des Anges. 

VII. — Détails du Pilier des Anges (Moulages du Musée du 

Trocadéro, à Paris). 

VIII. — La Chapelle Saint- André. 

IX. — Façade du croisillon méridional. 
X. — Portail du croisillon méridional (Porte de l'Horloge). 
XI. — L'Ancien et le Nouveau Testament (Porte de l'Horloge). 
XII. — L'Ancien Testament (fragment). 

XIII. — Tympan du portail méridional : La Mort de la Vierge. 

XIV. — — — — : Le Couronnement de 

la Vierge. 
XV. — Portail du croisillon septentrional (Saint-Laurent). 
XVI. — Vue de la nef. 
XVII. — Le bas-côté sud. 

XVIII. — La Mort de la Vierge (Chapelle Sainte-Catherine). 
XIX. — Les portails de la façade principale. 
XX. — Tympan du grand portail. 



i88 LISTE DES ILLUSTRATIONS. 

XXI. — Les Prophètes (grand portail), 
XXII. — Deux Prophètes ( — — ). 

XXIII. — Deux Vertus (Portail latéral nord). 

XXIV. — Le Fiancé et la Vierge sage (Portail latéral sud). 
XXV. — - Les Vierges folles et le Tentateur ( — — — ). 

XXVI. — Le Tentateur et la Vierge folle (Détails). 
XXVII. — Le Christ aux Oliviers. 
XXVIII. — Le Baptistère. 
XXIX. — La Chaire. 
XXX. — L'Horloge. 

Plan de la cathédrale de Strasbourg (à la fin du volume). 

ILLUSTRATIONS DANS LE TEXTE 

Pages. 
Fragments de la frise symbolique des tours, i, 71, 78, 1 85, igi 

Le jubé, d'après une gravure de Brunn. 

Restitution schématique du projet d'Erwin, d'après les dessins 

de l'Œuvre Notre-Dame 17 

Monument élevé dans le chœur de la cathédrale pour la Fête 

de la Raison (3o brumaire an II), d'après une gravure du 

temps 67 

Schéma de la tour et de la flèche, d'après un dessin de Chapuy 

(1827) i47 

Fragment de l'inscription de la chapelle de la Vierge. ... 189 



TABLE DES MATIÈRES 



PREMIÈRE PARTIE 
Notice historique. 

Pages. 

I, — Les origines (jusqu'au xi* siècle) i 

IL — La construction de la cathédrale (du xi" siècle jusqu'à 

1275) 6 

ÏII. — Les travaux d'Erwin et l'achèvement de la tour (1276- 

liiSg) 12 

IV. — La cathédrale et la Réforme 3i 

V. — DeLouisXIVàlaRévoluaon(i68i-i789) 43 

VI. — La cathédrale depuis la Révolution jusqu'à nos jours. . ^9 



DEUXIEME PARTIE 
Description archéologique. 

I. — Aspect général 78 

IL — La crypte, le chœur et le transept 76 

La crypte 76 

Le chœur 79 

Le transept 81 



190 TABLE DES MATIÈRES. 

Pages. Pages. 

Le Portail roman 83 

Le Pilier des Anges 85 

La chapelle Saint- André 87 

La chapelle Saint-Jean-Baptiste 91 

Les portails du transept 9 5 

La porte de l'Horloge 96 

Le portail Saint- Laurent io4 

III. — La nef et les bas-côtés 107 

La nef ^ 107 

Les bas-côtés ii4 

Les chapelles Sainte-Catherine (ou de la 
Croix) et Saint-Martin (aujourd'hui Saint- 
Laurent) 117 

L'extérieur des bas-côtés 118 

IV. — Le narthex et la façade occidentale. — Les tours. — 

La flèche. 121 

Le narthex I3i 

La façade occidentale 122 

Le portail central 128 

Les portails latéraux 129 

Le portail latéral nord i3o 

Le portail latéral sud 182 

Les tours 187 

La frise symbolique des tours 1 38 

La plate-forme i44 

La tour du nord prolongée i45 

La flèche i49 

V. -— Les Vitraux i5* 

Crypte i54 

Choeur i54 

Croisillon sud i55 

Croisillon nord i58 

Bas-côté nord 160 

Bas-côté sud 163 



TABLE DES MATIÈRES. 19 1 

Pages. Pages. 

Chapelle Sainte-Catherine i63 

Chapelle Saint-Laurent 164 

Triforium i65 

Nef i65 

Façade occidentale 168 

VI, — Mobilier 169 

Chaire 169 

Baptistère 170 

Orgues 170 

Autels 170 

Le groupe du « Mont des Oliviers ». . . . 171 

Horloge 172 

Tapisseries 178 

Tableaux 180 

Portes. 181 

Cloches i83 

La Maison de l'Œuvre Notre-Dame .... 184 

Liste des illustrations iSt 




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